systemique

systemique. thérapie familiale. contributions. archives personnelles. Les textes présentés sont extraits de mes lectures sur Internet. Ils sont à usage privé. Dans la mesure du possible, je mets les liens des sites originaux. Commentaires bienvenus.

08 août 2006

coaching et auto-évaluation

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“NORMES POUR UNE METHODOLOGIE QUALITATIVE

RATIONNELLE ET ADAPTATIVE (MQRA)” CRITERES DE

QUALITES ET DE COHERENCES.

Écrit en avril 87, modifié en mars 93, en déc. 95 et en janvier 96, revisité en 2004

Évaluation qualitative, évaluation quantitative des psychothérapies et du coaching

L’évaluation quantitative ou l’évaluation qualitative ouvrent pour moi le débat sur la méthode d’analyse

que je vais utiliser pour évaluer les psychothérapies et les scéances de coaching. Ce modèle me permet à

tous les instants d’un entretien de savoir où se situe mon client, où je me situe, et donc de plus facilement

venir en aide à mon client.

Le premier texte sur les méthodes, sur lequel j’ai réfléchi remonte à avril 19871. J’ai par la suite approfondi

ma réflexion à plusieurs reprises, notamment en mars 1993, en décembre 1995, en janvier 19962 et durant

les années 2003 et 2004.

En me relisant, j’ai trouvé qu’il convenait assez bien à la recherche relative à l’évaluation des

psychothérapies opposant les méthodes quantitatives et les méthodes qualitatives. Je l’ai complété, en y

ajoutant mes considérations actuelles sur le sujet, et en vous détaillant la méthode qualitative que je me

suis créée pour évaluer le travail thérapeutique que je fais dans mon cabinet. Je propose un modèle qui

peut être utilisé pour l'analyse de toutes les activités humaines, aussi bien économique , écologique,

sociale, scientifique. Ma réflexion propose une méthodologie générale. Un tel modèle permet plus

facilement de différencier les éléments analysés et ensuite d'établir des liens entre eux.

Je vous livre sur le site, le texte d’introduction ainsi que le modèle élaboré. Les personnes désirant en

savoir plus, peuvent prendre contact avec moi.

1 Elaboration d’un cours sur la systémique à l'Ecole Sociale de Lausanne

2 Pour un cours donné à la Migros

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1. APPROCHE SYSTEMIQUE ET APPROCHE ANALYTIQUE (ET

EXPERIMENTALE) : DIFFERENCES FONDAMENTALES

Deux manières philosophiques de voir les méthodes, déterminant des visions différentes du monde.

1.A. APPROCHE NOMMÉE ANALYTIQUE

La méthode analytique, qui étudie avant tout un objet en l’isolant du reste du monde, se différencie de

l’analyse systémique, en simplifiant utilement, mais idéalement les données. La méthode analytique ne

s’appuie ainsi que sur des situations presque jamais rencontrées dans la nature. En sciences, ce sont toutes

les expériences qui ont besoin d’un environnement précis et identique pour être reproduites, mesurables et

comparables. Elles s’appuient sur la science des statistiques qui permet de mesurer et de considérer des

choses ou des situations approximatives de manière précise (moyenne, etc.). C’est ainsi qu’est construite,

dans l’ensemble des disciplines, toute la recherche expérimentale. On essaie de reproduire les mêmes

phénomènes dans des environnements et dans des conditions identiques selon Descartes3:

a) pour toute chose, faire la preuve de sa véracité,

b) diviser les difficultés en parcelles pour mieux les résoudre,

c) partir du général pour arriver au particulier,

d) analyser les objets les plus simples en les isolant,

e) dénombrer et classer afin de ne rien omettre.

Ces présupposés donnent l’illusion de maîtriser la dimension du temps en l’immobilisant, ou plus

exactement d’évacuer la dimension de l’évolution, et donnent à penser qu’il existe des choses

définitivement immobiles et acquises. Ils donnent l’illusion que nous sommes dans un environnement

stable, qui se perpétue toujours de la même manière; un environnement que l’homme ne pourrait pas

modifier, mais qui est à son service.

Certains pensent que ce monde sera un jour connu définitivement, lorsque les sciences auront découvert

toutes les causes à effet que comporte la réalité du monde. Cette philosophie postule qu’il y a une réalité

objective, et qu’un jour les scientifiques sauront la décoder sans erreurs. On pourra alors tout décoder de la

réalité, le hasard n’existera plus. Cette philosophie postule la linéarité de la cause à effet.

Descartes fut un élève Jésuite de 1606 à 1614. Il fut influencé par le livre, les « Exercices spirituels »,

d’Ignace de Loyola, fondateur de l’ordre, qui préconise « de conduire par ordre ses pensées pour atteindre

la vérité et lui permettre de se rendre maître et possesseur de la nature » dans le but de servir Dieu.

Cette philosophie sera considérée durant longtemps comme la seule valable pour les sciences exactes, mais

aussi pour les sciences sociales, qui considèrent le monde comme quelque chose de définitif. Cette

conception du monde mécaniciste fut, tout au long de l’histoire, opposée et confrontée, à la conception

finaliste. Depuis deux siècles, ce n’est qu’épisodiquement que le discours sur la méthode fut remis en

question, mais jamais avec succès et de manière aussi fondamentale qu’aujourd’hui. L’approche

analytique est de plus en plus contestée par les nouveaux philosophes scientifiques. Une des critiques

fondamentales qu’ils émettent à l’encontre de la méthode analytique est qu’elle est trop simpliste et

simplificatrice, qu’elle ne représente que l’exception, car les expériences dans la nature ne se renouvellent

jamais deux fois de la même manière4. Ils pensent que le monde évolue en se modifiant et que deux

situations exactement identiques ne peuvent jamais se reproduire si ce n’est de manière artificielle. (De là,

l’aspect aléatoire de la sécurité des centrales atomiques).

3 Descartes, Discours de la Méthode, 1637

4 J. de Rosnay, "le macroscope", Voir tableau p.108 ,comparaison entre approche analytique et approche systémique

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1.B. APPROCHE NOMMÉE SYSTÉMIQUE

Ces nouveaux scientifiques ont adopté une troisième conception du monde qui est celle de l’évolution

créatrice5. Il s’agit de l’approche systémique. Selon Atlan6, cette troisième conception du monde dispose

aujourd’hui du langage et des outils conceptuels adéquats, la thermodynamique des systèmes ouverts, la

théorie de l’information, la cybernétique. Le concept du hasard « bruit » y est intégré, alors qu’il est

évacué dans l’approche analytique. Il est un des éléments importants de ce courant philosophique. Il n’est

pas seulement un élément désorganisateur, mais il peut aussi contribuer à créer de la complexité

organisationnelle. L’homme, notamment devient créatif lorsqu’il arrive à intégrer « le bruit » et le hasard.

À travers la créativité, il s’auto-organise.

Les nouvelles sciences postulent une philosophie de la subjectivité, du hasard et de la créativité. Elles

considèrent le monde en évolution et considèrent que cette évolution comporte un certain nombre

d’incertitudes, d’imprévisibilités. S’il y a bien des causes et des effets aux phénomènes ou à la réalité que

nous pouvons appréhender, il est plus que probable que chaque effet a de multiples causes, et que pour

chaque effet, que nous considérons comme semblable, il y a un certain nombre de causes dissemblables,

non identiques, voire même des causes fondamentalement différentes.

La théorie de l’évolution verra dans chaque réalité, une réalité différente des réalités précédentes, c’est à

dire que chaque réalité comportera des éléments différents qui la détermineront différemment de cas en

cas, même si on a l’impression de répéter quelque chose d’identique à une précédente fois. Par exemple, la

personne qui ne modifie pas son comportement devra malgré elle adapter, c’est à dire modifier ce dernier à

toutes les nouvelles situations de son existence en fonction de son âge (vieillissement biologique) et en

fonction des changements du contexte (de la société et de la nature). Elle devra intégrer à un

comportement considéré comme inchangé et rigide, une flexibilité d’adaptation de ce comportement à

l’environnement sans quoi elle sera de plus en plus décalée par rapport à la réalité qui, elle, évolue. La

difficulté psychique, ou la maladie psychique peut, dès lors, être considérée comme justement une

difficulté d’adaptation partielle. Cette philosophie comporte en elle les points analysés précédemment sur

les théories. Elle est tellement mouvante, qu’elle a besoin de constamment adapter sa méthodologie, sa

manière d’analyser la réalité. A chaque situation correspond une manière, une méthode particulière

d’analyser.

Les différences fondamentales d’approche scientifique entre ces deux méthodes (mécaniciste c’est à dire

analytique et évolutionniste créatrice c’est à dire systémique), sont philosophiques et épistémologiques7.

Elles peuvent être représentées par deux manières de voir le monde.

le mur

(construit logique et linéaire en 2 dimensions)

le nuage de points aléatoires

(construit non linéaire en 3 dimensions)

5 Evolutionniste avec un temps créateur, qui est à la fois mécaniciste et finaliste, voir Bergson

6 H. Atlan, Entre le cristal et la fumée.

7 Epistémologiques: Etude critique, origine logique, valeur et portée des sciences.

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1.1. Les principes MÉTHODOLOGIQUES concernant les deux méthodes analysées

1.1.A. Expérimentale/clinique.

Le praticien définit précisément le problème à

analyser.

Il développe la problématique avec ses idées, des

apports théoriques. Il définit des hypothèses

théoriques et opérationnelles, des variables

opérationnelles, indépendantes et dépendantes,

ainsi que, d’éventuelles variables parasites qu’il

devrait neutraliser.

Dans le cadre d’une recherche, il passe à

l’expérimentation (si possible reproductible, en

milieu fermé identique) et à la récolte des

données.

Il obtient des résultats qu’il analyse en fonction

des hypothèses. Ces dernières seront alors

infirmées ou confirmées. Le praticien arrivera à

formuler des conclusions.

Cette méthode semble très efficace, car repose

sur des résultats chiffrés (quantitatifs et

qualitatifs) précis, sur des formules

mathématiques et des statistiques. Elle rassure

beaucoup les praticiens et les scientifiques, permet

d’affirmer, d’être sûr de soi et de ce qu’on fait.

Elle donne l’illusion de la précision et de

l’exactitude, mais les résultats ne seront

qu’indicatifs dans un contexte mouvant.

1.1.B. Empirique (modélisation et

simulation)

Le praticien définit le problème à analyser tout

en considérant le problème comme un ensemble

d’éléments en interaction, évoluant dans le

temps, organisés en fonction de

l’environnement et de ses buts (finalités)8.

La méthodologie se construira au fur et à mesure

de l’évolution de la recherche de manière

pragmatique, rationnelle et en cohérence avec

l’objet analysé. Le praticien privilégiera l’analyse

qualitative à l’analyse quantitative. Les sciences

mathématiques, statistiques, etc. y seront

intégrées, si le besoin s’en fait ressentir, mais au

profit de la qualité.

Les hypothèses s’adapteront à l’évolution de la

recherche. On prendra toutes les variables en

compte en déterminant leur effet sur l’objet

analysé. Le praticien n’écartera pas l’inanalysable.

La méthodologie doit rester adaptative.

Le praticien observera et analysera les données,

fera des différences et des liens. Il formulera des

conclusions en considérant l’équilibre de l’objet

analysé et son intégration dans son

environnement. Il optera davantage pour des

estimations que des affirmations. Il aboutira

souvent à des consensus. L’analyse ne sera jamais

sûre, restera toujours approximative, il n’y aura

pas de Vérité. Ce modèle empirique est imprécis,

semble très théorique, idéaliste, difficilement

concrétisable, car il n’est jamais fini.

8 G. Ausloos, (voir bibliographie)

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1.2. Dans les sciences humaines

Les deux méthodes se basent sur l’observation des signes, mais l’interprétation que l’on va en faire sera

différente selon la méthode choisie.

Le diagnostic, les traitements ainsi que les processus de guérison reposent essentiellement sur la récolte de

données et signes produits par l’humain et observés par un tiers spécialiste, soit :

1) L’observation et le constat de signes dits « objectifs ».

2) La lecture, si possible dans la continuité et dans le mouvement de ces signes dits « objectif », c’est à

dire inscrits dans un processus, une stratégie. Ils forment des mouvements, des comportements. Ils font

partie de relations.

3) L’interprétation de signes en fonction de la, ou des théorie(s) de l’observateur, du soignant ou du

thérapeute.

En règle générale, les signes suivants sont observés :

a) Les signes du corps (son, langage, vue, image, goût, essences, odorat, odeurs, sensations tactiles,

ressenti corporel) interprétés en sentiments, affects, émotions, défenses, raisonnements.

b) Les comportements qui sont des ensembles de signes corporels.

c) Les relations qui sont des ensembles de comportements.

d) Les informations de la mémoire qui sont des ensembles de pensées, de souvenirs objectifs/subjectifs,

retraçant une histoire objective/subjective (ensembles aléatoires de pensées ou d’actions vécues et qui

ont été retenues dans la mémoire).

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1.3. Les deux principes méthodologiques appliqués aux sciences humaines, plus

particulièrement à la psychologie et la médecine.

1.3.A. Analytique

Les fonctionnements défectueux sont déterminés,

un diagnostic est établi, la normalité est

différenciée de l’anormalité, et la maladie ou

l’anomalie sont diagnostiquées, l’objectif étant de

guérir la personne malade, c’est à dire d’éliminer

l’anormalité.

Le praticien restera spécifique, spécialiste, et

essaiera de cerner les problèmes en fonction de sa

profession ou de sa spécialité. Il ne mélangera pas

le somatique avec le psychologique ou le social. Il

isolera l’élément étudié et ne soignera que ce qui

dépend de son domaine. Il simplifiera donc au

maximum l’objet étudié et cherchera une solution

aux problèmes, à la maladie.

Son raisonnement et son analyse seront logiques et

chronologiques, il cherchera à établir la relation

de cause à effet. Le patient ne sera que rarement

abordé dans sa complexité, globalement sous tous

les aspects de sa personne.

Le spécialiste établira des hypothèses vérifiables

qui se révéleront justes ou fausses. L’objectif sera

de rétablir la « normalité » soit de guérir en ce qui

concerne la santé. Le spécialiste se considérera

comme un praticien ou un observateur neutre,

objectif. Il considérera les règles et les lois,

établies selon les règles dominantes, comme

vraies (absolues). Cette véracité sera justifiée par

l’expérience historique.Cette manière de pratiquer

est la plupart du temps trop rigide.

Si on prend l’exemple de la médecine ou de

certaines thérapies, le patient sera sujet, assujetti,

soumis à la volonté et au savoir du spécialiste. Il

obéira. Un échec ne remettra pas en cause le

spécialiste ni la méthode utilisée, la cause en sera

presque toujours le patient (il ne répond pas

correctement au traitement ou ne l’aura pas suivi

correctement).

En psychanalyse, le praticien aura un rôle passif,

entrecoupé d’interprétations ne concernant que son

patient. Le patient sera laissé le plus souvent à luimême.

Le praticien ne prendra aucune

responsabilité, il restera « neutre », ancrée dans sa

théorie et insistera sur le respect strict et rigide du

cadre. Il ne s’occupera que du processus mental du

patient.

1.3.B. Systémique

On regarde le fonctionnement global ou partiel de

la personne sa cohérence et sa capacité d’adaptation

alors on soigne et on favorise le développement

humain, l’objectif étant d’obtenir un mieux-être de

la personne.

Le praticien procèdera par différentiations,

associations pour établir des liens, par cercles

concentriques. Il recherchera la cohérence des

choses, il analysera les phénomènes

simultanément sans les isoler et essaiera d’en

déterminer toutes les dimensions. Il cherchera à

faire des liens entre le spécifique et la globalité du

problème (et réciproquement).

Il considérera la situation problématique et le

patient comme indissociables et intégrés dans

leur environnement en tenant compte de la

complexité des éléments analysés. Il fera évoluer

ses hypothèses, les adaptera en fonction de ses

recherches (plusieurs niveaux) ou de ses

investigations. Il considérera les résultats dans leur

subjectivité. Il se considérera comme un praticien

ou un observateur engagé avec sa propre

subjectivité, capable d’erreurs. Il considérera les

règles et les lois comme relatives. Il recherchera

des consensus. Il considérera sa pratique comme

insérée dans le flux du temps (valable ici et

maintenant).

Cependant, cette manière de pratiquer est trop

complexe et est difficilement applicable. Elle

permet des approximations, des réductions de

problèmes.

Parfois, elle permet tout et n’importe quoi (de tout

justifier). Pour être efficace, cette méthode

demande une grande rigueur, une vue générale, une

grande pratique, une souplesse d’esprit, de grandes

connaissances générales et une excellente culture. Il

faudrait être « superman » pour s’en sortir

correctement. Lorsqu’elle est utilisée en thérapie de

famille, elle ne prend presque jamais en compte les

systèmes plus vastes et refuse de considérer le

patient comme un système dysfonctionnant.

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Ces deux courants sont exposés ici de manière schématique, il y a de nombreux courants annexes ou

intermédiaires qui reprennent certains des éléments de chacune de ces philosophies.

Pour exemple, et de manière grossière, le comportementaliste ferait partie du courant de la philosophie

analytique (relation de cause à effet logique), la psychologie humaniste et la thérapie de famille feraient

partie du courant de la philosophie systémique.

Les deux méthodes sont utiles et peuvent se compléter si on les utilise en fonction de leurs spécificités et

des objectifs de recherche. A mon sens, elles sont les deux insatisfaisantes. C’est la raison pour laquelle

j’ai essayé durant ces années de définir un procédé, une méthode de travail plus efficace, basé sur la

cohérence.

Mon premier objectif a été de me situer en tant que chercheur, praticien, observateur, dans mon

environnement et de situer mon analyse afin d’en clarifier les niveaux. A cet effet, j’ai élaboré une grille

d’analyse en trois dimensions me permettant de me localiser dans n’importe quelle situation. Donc

également, de me positionner en tant que thérapeute, de positionner le patient, puis de situer la

problématique de la thérapie.

Bibliographie:

Une logique de la communication, Watzlawick, Beavin, Don D. Jackson , 19 6 7, Ed. Seuil 1972

Le macroscope, vers une vision globale, J. de Rosnay, Edit. Seuil, coll. Points, 1975

La nature et la pensée, G. Bateson, 1979, Edit. Seuil 1984

Entre le cristal et la fumée, H. Atlan, Edit. Seuil, 1979

Le soldat conquis par Dieu. article de A. Longchamp, Journal de Genève du 29.12.1990

Discours de la Méthode, Descartes, Garnier-Flammarion, Paris, 1966.

Introduction à la pensée systémique et l'approche familiale, Ausloos G., FPSE, Genève, année 83-84, notes

de cours.

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2. ELABORATION D’UN MODELE SOUS FORME DE GRILLE

D’ANALYSE

2.0.0.1. Introduction

Au sein de la Fédération Suisse des Psychologues en collaboration avec les association de médecins

psychiatres, un débat a lieu concernant le problème de la validation de la psychothérapie et de son

efficacité. Un congrès a été organisé avec intervention de spécialistes. Deux expertises ont déjà été

produite à ce sujet en Suisse, celle du Prof. Dr. Jürgen Kriz9 et celle de la Dresse Ehlert10. Dans le modèle

que je vous propose, les principes dont parle le Prof. Dr. Jürgen Kriz11 dans son expertise sont, à mon sens,

respectés. Ces principes sont les suivants : se considérer et rester subjectif et consensuel (unscharf),

multidimensionnel et complexe tout en ayant à disposition des critères relativement simples qui permettent

de faire une analyse qui va du plus simple au plus complexe, du plus petit au plus grand. Les principes

défendus par la Dresse Ehlert12 dans son expertise pour la FSP, tels des statistiques, des normes ou des

critères quantitatifs peuvent également être intégrés dans la grille proposée. Pour le modèle que je vous

propose, je m’efforcerai de définir des critères discutés sur le plan épistémologique.

Définitions

Modèle : ce qui sert ou doit servir d’objet d’imitation pour faire ou reproduire quelque chose. Plan ;

représentation simplifiée d’un processus, d’un système.

Épistémologie : étude critique des sciences, afin d’en déterminer leur origine logique, leur valeur et leur

portée.

Critère : « caractère, signe qui permet de distinguer une chose, une notion ; de porter sur un object un

jugement ». Concept, ensemble de signes qui sert de base à un jugment

Axiome: Assertion intellectuellement évidente ; hypothèse dont on tire des conséquences logiques en vue

de l’élaboration d’un système (postulat, lemme, prémisse, principe, hypothèse)

Ci-après, vous trouverez l’ensemble du texte avec les explications inhérentes à chaque critère d’analyse

choisi ainsi que les fondements épisthémologiques sur lesquelles ces critères reposent. Vous trouverez

également l’ensemble de la bibliographie sur laquelle j’ai travaillé. Le texte fait environ 17 pages.

9 Expertise Prof. Dr. Jürgen Kriz

10 Dr. Ehlert dans son expertise pour la FSP

11 Expertise Prof. Dr. Jürgen Kriz

12 Dr. Ehlert dans son expertise pour la FSP

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2.1. LA GRILLE,

ou, « À la recherche de la cohérence perdue »

Mes premiers objectifs en travaillant sur cette grille étaient de me situer, situer l’autre, situer le problème.

Afin d’atteindre cet objectif, il m’a fallu tout d’abord dissocier les éléments de l’analyse, de manière à

pouvoir ensuite refaire des liens qui prennent du sens. Tout le problème consistait à trouver des critères me

permettant de faire des liens du plus petit des systèmes au plus grand, et vice-versa, de replacer les choses13

dans la globalité, de faire des liens entre les ensembles, et parfois entre les choses qui ne semblent pas en

avoir. La grille devait également me permettre de détecter rapidement les conflits entre éléments

(incohérences) analysés, pour ensuite pouvoir introduire d’avantage de cohérence dans leurs relations et de

ce fait être efficace et rationnel.

Afin de procéder à une analyse satisfaisante, il m’a donc semblé indispensable :

- de pouvoir me situer dans le champ de la réalité dont je fais partie ;

- de me donner les moyens d’évaluer les relations qui me lient aux autres éléments du champ en

déterminant des critères ;

- de me donner la possibilité de comprendre comment je fonctionne moi-même (c’est à dire. mon

propre système) ;

- de comprendre comment fonctionne l’autre (en l’occurrence mon patient) ;

- de voir comment notre fonctionnement conjoint pouvait dégager une dynamique positive.

2.1.1. Premiers critères de qualités et de cohérences pour une épistémologie du modèle

La réalité est la réalité

Il y avait une fois, le soleil, l’atmosphère, la terre, l’eau et le temps. Ce qui permit à la cellule de naître et

d’évoluer. Puis la nature a fait son travail. Longtemps très longtemps après notre planète s’est recouverte

de sa faune et de sa flore. En ce temps, les choses11 étaient « un », car il n’y avait pas d’intelligence pour

les nommer et les dissocier, en ce temps, la réalité était la réalité. Quelques accidents d’évolution plus loin

une chose bizarrement complexe apparaît : c’est l’humain.

L’humain acquit peu à peu la capacité de dissocier les choses, de les assimiler, de les accommoder, de se

les représenter pour enfin pouvoir les nommer. Sans sa capacité de se représenter et de nommer les

choses, la réalité resterait la réalité. Cependant depuis que l’humain se la représente et la nomme, la

réalité est devenue le concept « monde » et n’est donc plus qu’une représentation inexacte de la réalité.

La réalité ainsi nommée n’est donc, selon Bateson12-13, qu’une carte de la réalité dont l’humain est le

centre.

L’humain est le centre.

Axiome : L’humain est à la base de toute activité intelligente, de toute communication, il n’y a pas de

science sans humain, pas d’économie, pas de société, pas de croyance, pas de religion, etc. C’est l’humain

qui est à la base de toutes considérations, de toutes recherches telles que nous les connaissons. L’humain

ne peut être écarté. Il n’y a pas d’activité intelligente élaborée en dehors de l’humain (jusqu’à preuve du

contraire). Il en est le centre, même si certains de ces humains le refusent et voudraient mettre un dieu au

centre, écarter les humains dérangeants et soumettre ceux qui ne pensent pas comme eux.

Principe : L’humain est donc au centre, au centre de la grille, c’est à partir de lui que je situe les autres

humains et les choses. C’est à dire que c’est à partir de moi, puisque je suis humain et que j’analyse. Tout

chercheur devrait amorcer ses considérations à partir de lui-même et de sa position puisque c’est lui qui

énonce la problématique, qui cherche et qui retranscrit ce qu’il a trouvé.

13 Toute réalité concrète ou abstraite conçue comme une unité, un objet unique

14-13 Pauzé Robert, Gregory Bateson itinéraire d'un chercheur

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Subjectivité, valeur fondamentale première.

L’activité mentale de notre cerveau, les capacités qui en résultent sont présentes grâce au développement

de notre système biologique, plus spécifiquement de notre système nerveux. Notre système nerveux nous

permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Nous percevons ce monde à travers lui. Les

informations sont perçues par ce système (biologique), y entrent, y sont traitées, transformées pour

ressortir dans une codification digitale et analogique particulière, sous forme de paroles, de textes écrits,

dans une langue spécifique à notre état d’humains. Notre système nerveux biologique médiatise toutes ces

informations, c’est ce que nous appelons communiquer. Il est impossible de communiquer sans médiatiser,

ce qui m’amène à énoncer l’axiome suivant:

Toute communication a passé par un système nerveux ; la communication est donc une information

médiatisée par un système nerveux. Autrement dit, pour qu’un signe ait du sens il aura dû être médiatisé

par un système vivant intelligent.

L’information aura été soumise au traitement des trois systèmes nerveux de notre corps. Le système

nerveux central(SNC), le système nerveux autonome ou végétatif (SNA) et le système nerveux effecteur

(SNE). Elle aura été transformée et finalement restituée sous forme de langage digital et analogique15. Les

processus de perception, de transformation et de restitution de cette information ne sont que très

partiellement maîtrisés. (Nous n’avons aucune maîtrise sur la codification interne. Nous n’avons qu’une

maîtrise partielle sur les informations retenues ou non retenues par notre mémoire, etc.).

15 Watzlawick, Helmick, Beawin, Don D. Jackson, Une logique de la communication .

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2.2. DIVISION DU CHAMP DE LA RÉALITÉ

en trois axes (I,II,III)

Division du champ de la réalité en trois axes qui s’interpénètrent, afin de pouvoir différencier, relier

et situer.

L’axe des emboîtements systémiques,

L’axe de critères de cohérence et d’équilibre,

L’axe de l’évolution, du mouvement et de l’histoire, soit celui du temps qui s’écoule.

GRILLE D’INTÉGRATION

AXE DES EMBOÎTEMENTS

SYSTÉMIQUES

AXE DU TEMPS ET

DE L’ ÉVOLUTION

AXE DE LA COHÉRENCE ET DE L’ÉQUILIBRE

J’ai complété les axes du champ avec des critères simples. Cette division en critères permettra

(notamment au thérapeute) de se repérer et de situer soi-même, sa recherche, sa théorie, mais aussi l’autre,

le client, le patient, etc. ... Ces critères permettront ensuite d’établir des liens entre les éléments du champ

et d’évaluer s’il y a cohérence ou non entre l’axe de la cohérence et de l’équilibre, celui des

emboîtements systémiques et celui du temps et de l’évolution.

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I. AXE 1 PLAN VERTICAL

Les emboîtements systémiques16

Du plus petit au plus grand, mais aussi « nous, dans notre environnement » ou « possibilité de se situer

dans son environnement ».

Axiome : Observer, différencier, faire des liens, ordonner, sérier, assembler, construire, transformer,

programmer, déprogrammer, reprogrammer, faire des opérations logiques et analogiques, soit

accommoder les informations, sont des capacités mentales propres à l’humain. C’est ce qui nous

caractérise et fait que nous sommes dissemblables des autres systèmes vivants.

L’élaboration des niveaux systémiques est le résultat de ces facultés. J’ai ainsi pu définir cinq niveaux

systémiques toujours emboîtés les uns dans les autres. Ces cinq niveaux systémiques se retrouvent tous

dans l’activité quotidienne humaine et permettent une meilleure compréhension psychique de l’humain.

Ces niveaux sont directement en lien avec les activités de tous les jours. Le système humain en est le point

de départ.

Je les répartirai sur un axe, afin de pouvoir en tenir compte bien qu’ils s’emboîtent les uns dans les autres à

la manière des « poupées russes ». Bien que l’énumération des niveaux systémiques ne soit pas exaustive

et qu’elle puisse commencer plus en amont et continuer en aval, je n’utiliserai pour ma démonstration que

cinq niveaux systèmiques (A à E).

- Le niveau des gênes de l’ADN15

A) Le niveau des systèmes cellulaires dont je ne tiendrai que peu compte à ce stade, mais qui a,

selon mon avis, une grande importance dans la somatisation des conflits psychiques.

B) Le niveau des systèmes humains et de ses composants. Il représente l’élément de base des

systèmes sociaux et dépend clairement des autres systèmes cités ci-après, notamment jusqu’au

système solaire. Il influence directement les systèmes cellulaires.

C) Le niveau des systèmes sociaux et leurs sous-systèmes dont le système vivant est l’élément de

base.

- Les sous-systèmes sociaux les plus petits sont les couples ou la relation à deux ;

- Le système social traditionnel, la famille ;

- Les systèmes sociaux non traditionnels, les petits groupes à partir de 3 personnes, les groupes

moyens et les groupes larges, telles les assemblées ;

- Les systèmes sociaux complexes, telles les institutions (la famille étant également incluse à ce

niveau) et les entreprises ;

- Les systèmes de société, de nations, clans, tribu, ethnies, etc. ;

- Le système social terrien représenté par les Nations Unies ;

D) Le système naturel (terrien) de notre planète terre englobant tous les autres sous-systèmes

naturels et tous les autres systèmes vivants.

E) Le système solaire englobant notamment la terre, la lune et les autres planètes.

- L’univers dont les influences directes sur l’humain restent encore à démontrer, notamment au plan

de la psychologie.

16 J. de Rosnay, L’aventure du vivant

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système solaire

système terrien

systèmes sociaux

système « vivant » humain

systèmes cellulaires

Il existe des différences essentielles entre ces niveaux et ils ne peuvent être confondus17. Ils s’emboîtent les

uns dans les autres. Les différences sont dues à des sauts systémiques trop importants tels que le système

plus petit est l’élément de base du système supérieur. Dans ce sens, une cellule ne peut être comparée à un

système humain (exemple au niveau de sa complexité), ni un être humain à un système social, ni les êtres

humains et les systèmes sociaux au système naturel, ni le système naturel au système solaire. Chaque

système a des caractéristiques spécifiques qui le différencient fondamentalement des autres.

Ce qui les relie par contre, et les rend interdépendants, c’est que la cellule est l’élément de base du système

humain, l’être humain l’élément de base des systèmes sociaux humains, le système social humain est

devenu un élément incontournable du système naturel qui auparavant a généré, ou rendu possible, les

cellules et les systèmes vivants. Sans la nature, l’humain n’existerait pas, c’est le système dans lequel nous

vivons et sans lequel nous disparaîtrions. La nature, telle qu’elle est sur notre planète est une

caractéristique particulière et spécifique du système solaire.

Tout au long de notre vie nous vivons continuellement, souvent sans en être conscient, dans l’interactivité

des systèmes. Il est certainement plus juste encore de parler de l’interpénétrabilité des systèmes (de la

cellule à l’univers). C’est une vision verticale de l’activité vivante qui se vit également dans le temps. « Le

soi n’est pas une entité séparée. Le soi émane de la relation entre l’humain et l’environnement »18

(Bateson).

Le lien étroit des humains avec tous ces systèmes, est qu’ils en sont

DÉPENDANTS,

au point que leur vie en dépend.

De là, leur importance et leur influence sur le psychisme humain.

Tous les systèmes peuvent être analysés avec les mêmes critères de cohérence.

17 Robert Pauzé p. 112 et suivantes et Bateson G. La nature et la pensée.

18 Batson

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II. AXE 2 PLAN HORIZONTAL

Les critères de cohérences et d’équilibre.

Quatre critères m’ont semblé essentiels pour pouvoir évaluer mon action, mon propre système (vivant),

ainsi que celui des autres, mais aussi pour évaluer des systèmes sociaux ou naturels.

1) Structure, organisation et matérialité. L’aspect matériel sur lequel se base l’analyse, inclut la

structure organisationnelle et matérielle. Les structures ont des souplesses et des adaptabilités

diverses. Entre la rigidité du squelette et la très grande souplesse et mobilité du cerveau qui produit

des idées, le système humain est composé de différentes structures organisées spécifiquement, les

structures solides, les structures molles, les structures et organisations veineuses, nerveuses, etc. Ces

organisations et structures matérielles sont ordonnées et obéissent à certaines règles et à des

fonctionnements spécifiques.

2) Fonctionnement dynamique, principe d’action. Une des spécificités du fonctionnement est la

transformation de matière en énergie. Le fonctionnement des systèmes humains permet de produire

des actions, des idées, ce qui nécessite un système nerveux. Le fonctionnement des systèmes sociaux

est notamment déterminé par la manière qu’ont leurs systèmes de base d’interpréter leurs rôles, leurs

manières d’interagir, de collaborer, etc., en résumer de travailler, dans le but de produire. Le

fonctionnement des systèmes doit être considéré de manières diverses. Le fonctionnement des

systèmes naturels et planétaires est aléatoire et phénoménologique. On y retrouve notamment des

phénomènes identiques s’y répétant, qui ne sont dirigés par aucune volonté. Les fonctionnements

sociaux sont élaborés par les systèmes vivants, et, plus spécifiquement, les systèmes humains.

3) Production, consommation et besoins. L’aspect productivité inclut toutes les productions propres à

l’humain ou celles propres aux systèmes sociaux, dont, pour les humains les signes, les actions, les

comportements, qui sont éventuellement mesurés, observés classés ainsi que la production de bien et

de déchets. Toute production à un coût (notamment financier). La production des systèmes naturels

serait par exemple la chaleur et le rayonnement pour le soleil. Les systèmes naturels produisent des

systèmes vivant de manière aléatoire. La production est un aspect d’une boucle de rétroaction

phénoménologique, c’est un aspect incontournable de l’activité humaine.

4) Finalités affirmées/induites, conscientes/inconscientes. Les objectifs doivent être analysés en

cohérence avec ceux des autres niveaux (à court, moyen, long terme). Les finalités sont propres aux

systèmes vivants dotés d’un cerveau performant, mais plus spécifiquement à l’humain et servent à

orienter son action. En plus de ces propres objectifs, l’humain définit également des objectifs et des

finalités aux autres systèmes. La finalité identique à tous les systèmes pourrait être qu’à plus ou

moins long terme ils meurent, dépérissent.

II.1. Équilibre, homéostasie et cohérence

La synthèse des 4 critères fixés ci-dessus, devrait permettre d’évaluer rapidement dans le présent, s’il y a

cohérence ou incohérence entre les éléments d’un même système. Pour les systèmes vivants, une bonne

cohérence devrait signifier qu’il y a un bon équilibre systémique, peu de souffrance et qu’il s’agit d’un

système en harmonie avec lui-même. Si la cohérence existe avec le système social dans lequel le système

vivant demeure, cela signifierait qu’il y a une bonne intégration sociale. De manière identique, si la

cohérence existe avec le système naturel (terrien) dans lequel le système vivant vit, cela signifierait qu’il y

a une bonne intégration écologique.

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système solaire

système terrien

systèmes sociaux,

système « vivant

humain »

système cellulaire

matérialité fonction- production finalité

structure nement

organisation

II.2. Autres critères et axiomes de qualités et de cohérence pour une épistémologie du modèle.

L’Univers et nous : critère des finalités. Rien n’a de sens sans médiatisation humaine. Si nous nous

plaçons dans une perspective darwinienne sur le plan des finalités et des objectifs, il est impossible que

l’univers se fixe des objectifs ou des finalités, sinon l’univers devrait avoir la capacité de penser. Dès lors

nous devrions y réintroduire un dieu ou quelque chose de la sorte. Il est plus probable que l’univers soit

aléatoire bien que réagissant ou se développant selon certains phénomènes, parfois selon certaines lois. Ce

n’est pas parce qu’il y a des phénomènes et des lois qu’il y a pour autant de l’intelligence et donc des

finalités. Selon mes observations, seuls les systèmes vivants doués d’intelligence et de capacités

mémorielles ont la possibilité de se fixer des objectifs et des finalités. Ce qui leur permet également, en

observant leur environnement, de trouver des finalités aux choses physiques et d’observer qu’il existe chez

les autres systèmes vivants biologiques des finalités induites naturellement, c’est à dire des finalités dites

biologiques.

La biologie se comporte comme si « les signes », c’est à dire des éléments de 1a nature qui se situent dans

un environnement favorable, se développaient avec le temps, et atteignaient un point de rupture qui leur

permettent de passer d’un équilibre donné à un équilibre différent, plus complexe. Les finalités biologiques

induites ont été une condition sine qua non au développement de l’humain. Nos ancêtres y ont tous été

soumis et nous le sommes actuellement toujours. Bien sûr, l’humain a réussi à ordonner, à sérier et

assembler les choses en fonction de finalités qu’il leur a données et ainsi de construire des objets, de

nouvelles réalités, mais aussi un sens à sa vie. En acquérant de la mémoire, il élabore une capacité de

projection ce qui lui a permis de se projeter dans l’avenir, de prévoir les dangers, mais aussi, d’angoisser.

Pour surmonter cette angoisse due aux phénomènes naturels dangereux se répétant et pour les expliquer et

les comprendre, il a commencé par créer des dieux, puis un dieu à son image (encore cette capacité de se

projeter). Avec le temps, il a réussi à avoir un regard réflexif sur lui-même, à analyser les phénomènes, à

les éviter, voire à les contrôler, à les maîtriser et ainsi à créer la science.19,20

Lorsque nous trouvons des finalités à l’univers, nous les avons créées pour lui, en observant par exemple

les phénomènes qui s’y produisent. Nous l’avons fait à partir de notre état de vivant intelligent. Ce sont des

finalités déduites, imaginées, inventées, créées par l’humain pour les humains, la plupart du temps sous la

19 Albert Jaquard, Dieu ?

20 Paulo Coelho, L’Alchimiste,

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contrainte de la nécessité 21. En dehors de l’humain il n’y a que des phénomènes aléatoires, certes

organisés et répétitifs, mais aléatoires quand même.

Les finalités induites ou décidées sont donc propres aux systèmes vivants humains et ne sont valables que

pour celui-ci.

Matérialité : la Matérialité humaine, critère de matérialité, structure et organisation biologique.

La matérialité biologique, la structuration de cette matérialité et son organisation qui caractérise tous les

systèmes humains, sont élémentaires en psychologie. Sans cette matérialité organisée pas d’intelligence,

pas d’affect. Piaget notait déjà que « Les éléments perçus dans un même champ sont immédiatement reliés

en structures d’ensembles obéissants à des lois précises qui sont les « lois d’organisation » 22 .

« Ces lois d’organisation, qui régissent tous les rapports d’un champ, ne sont autre chose, dans l’hypothèse

« gestaltiste », que des lois d’équilibre régissant à la fois les courants nerveux déclenchés par le contact

psychique avec les objets extérieurs, et par les objets eux-mêmes, réunis en un circuit total embrassant

donc simultanément l’organisme et son milieu proche. » 23 La matérialité humaine pose la question de

l’âme lorsque celle-ci est identifiée à la pensée ou à une quelconque énergie.

La vie et la conscience de la vie : critères dynamiques ou le fonctionnement biologique humain.

La psychologie est la compréhension du fonctionnement intégré de l’humain sur le plan affectif, mental et

corporel. La psychologie permet de comprendre qu’il est impossible de dissocier le corps du mental, le

mental de l’affect, l’affect du corps. Le fonctionnement humain suppose que nous ayons une hypothèse du

fonctionnement nerveux du corps qui régit les affects et les cognitions. Piaget nous dit encore : « Les

rythmes caractérisent les fonctionnements qui sont au point de jonction de la vie organique et de la vie

mentale, et cela est si vrai que, même dans le domaine des perceptions élémentaires ou des sensations, la

mesure de la sensibilité met en évidence l’existence de rythmes primitifs, échappant entièrement à la

conscience du sujet ; le rythme est également à la base de tout mouvement, y compris de ceux dont est

composée l’habitude motrice. » 24 Dans l’esprit de Piaget, le fonctionnement ne peut pas se concevoir sans

matérialité organisée, ni sans la notion de temps. La conscience du temps qui passe est en rapport étroit

avec la conscience noyau et la conscience étendue.25 Le fonctionnement des différents niveaux

d’organisation (corporel, affectif, mental) permet une grande souplesse d’adaptation aux situations, à

l’environnement, mais donne aussi la capacité de transformer l’environnement.

Nous et nos besoins : critères de la production.

La production humaine instinctive (appelée ainsi car automatisée) répond essentiellement et avant tout aux

besoins du corps. Les premiers objectifs dans la cohérence de notre fonctionnement, dans l’environnement

dans lequel nous vivons, seront de satisfaire nos besoins réguliers fondamentaux, qui sont inhérents à notre

état de système biologique vivant, pour assurer la survie et la continuité de la vie à travers la reproduction.

Les productions qui vont au-delà de la production fondamentale de survie mentale, auront pour but, entre

autres selon mes observations, d’améliorer cette vie 26

Les productions sociales et culturelles sont plus particulièrement et massivement propres aux humains,

bien que d’autres systèmes vivants aient des productions sociales (les nids des oiseaux ; la chasse en meute

des loups, leur organsiation hiérarchisée ; la production de miel des abeilles, etc.).

Les productions naturelles (terriennes planétaires et universelles) sont des processus phénoménologiques

qui obéissent à des lois physiques qui se produisent de manière aléatoire au fur et à mesure que les

conditions nécessaires à leur avènement sont réunies.

21 Jacques Monod, Le hasard et la nécessité

22 Jean Piaget, La psychologie de l’intelligence

23 Jean Piaget, La psychologie de l’intelligence, p.64-65

24 Jean Piaget, La psychologie de l’intelligence, p. 180

25 Damasio Antonio R., le sentiment même de soi

26 Maslow A.H, Vers une psychologie de l'être

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III. AXE 3 PLAN DE LA PROFONDEUR

Le temps et l’évolution.

Nous avons pris l’habitude de dissocier, avec la conceptualisation et l’apprentissage du langage, le temps

qui passe en 3 parties distinctes :

- le passé, donc l’Histoire.

- le présent, soit le « ici et maintenant ».

- le futur, donc les projections.

Sur l’axe du temps, il nous faut inclure l’analyse des démarches, des stratégies, des tactiques, des

processus, ainsi que l’analyse des rythmes et des mouvements, de la souplesse et de la flexibilité ; mais

aussi le développement des transformations, des adaptations, des accommodations ; ce qui donnera une

idée de l’évolution. C’est à partir de ces éléments (sélectivement retenus) que l’Histoire se construit.

PASSE

système solaire

Rythmes

système terrien Mouvement souplesse

et flexibilité

systèmes sociaux, PROCESSUS, cycles

Construction

système « vivant histoire

humain » tactiques et stratégies

système cellulaire

PRESENT

matérialité fonction- production finalité

FUTUR structure nement

organisation

III.1. La cohérence temporelle

C’est à partir de ces éléments que je peux me faire une idée dans le temps de la cohérence, de

l’incohérence ou de la gestion de l’incohérence. La cohérence temporelle me permet d’appréhender

l’évolution au niveau planétaire, naturel, social, mais aussi au niveau de l’humain et des autres systèmes

vivants. Elle permet d’analyser et de comprendre l’histoire, la vie, de comprendre qu’il y a un

commencement et une fin à toutes choses, du moins aux êtres vivants. Elle nous met devant une évidence

que nous avons beaucoup de peine à accepter, la mort, et l’impuissance de l’humain devant cette mort. La

mort est, pour beaucoup de personnes, inimaginable puisque nous nous dissolvons dans la nature. La mort

pose la question de ce qu’il y a après la mort ? La personne en quête d'absolu et d'idéal aura tendance à

détacher l'âme du corps et de postuler la transcendance de l’esprit, pour retrouver sa maîtrise des choses. À

ce propos, G. Bateson postule, que « l'esprit est immanent et non transcendant. Il ne peut exister en dehors

d'une structure physique à l'intérieur de laquelle il se produit » 27. Ce qui suppose que l’humain doive

27 Robert Pauzé "Grégory Bateson, itinéraire d'un chercheur"

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accepter de faire partie d'un écosystème où la vie succède à la vie, mais où la vie n'est pas transcendante,

donc un écosystème dont l’humain ne maîtrisera jamais la totalité dans la mesure où il accepte de ne pas

être permanent.28

III.2. Autres critères et axiomes de qualités et de cohérences pour une épistémologie du

modèle.

Critère du temps,

Axiome : « Le critère du temps est propre aux systèmes vivants qui en ont conscience. »

« Rythme, régulation et groupement constituent les trois phases du mécanisme évolutif qui rattache

l’intelligence au pouvoir morphogénétique de la vie elle-même, et lui permet de réaliser les adaptations, à

la fois illimitées et équilibrées entre elles, impossibles à réaliser sur le plan organique »29. Piaget avait

conscience de l’évolution des humains.

Système vivant et temps, la vie est un déséquilibre en équilibre

L’évolution des systèmes biologiques inclut toujours la dimension du temps.

Axiome :Un système vivant n’est, de ce fait, jamais en équilibre, mais toujours dans un constant

déséquilibre, qu’il s’évertue par ailleurs à toujours rattraper, la plupart du temps sans faire d’effort.

L’image de la marche me semble la plus pertinente pour décrire le mouvement de la vie. Lorsque l’humain

marche son centre de gravité est en constant mouvement.

L’humain s’évertue constamment à maintenir son état, son déséquilibre, dans une marge propice à la

continuation de la vie. Il vit en cycles, dont le rythme est donné par la rotation de la terre (nuit/jour) et son

évolution ne peut se passer de l’attraction de celle-ci. La vie de l’humain se définit par le mouvement, il

n’a pas le choix, il va de l’avant. Il passe d’un équilibre aléatoire à un autre. Son équilibre est à chaque

minute remis en cause, il recherche constamment un équilibre plus propice qu’auparavant, parfois avec

succès parfois en vain. Ce mouvement de vie doit se maintenir dans des limites propices à la survie, limites

dans lesquelles la vie peut se régénérer, peut s’épanouir. Le mouvement du corps est une production qui

permet d’autres productions. La vie de l’humain est fluctuante.

La notion d’homéostasie reflète bien cet état de recherche d’un équilibre des systèmes vivants.

L’homéostasie n’est pas un équilibre, c’est une recherche de cohérence psychique dans le but de

« maintenir constants les paramètres biologiques face aux modifications du milieu extérieur »30.

La notion de fonctionnement a également besoin du temps pour se réaliser.

La notion de temps

Axiome : Il n’y a que la notion du présent qui ait une réalité, c’est un moment donné de notre vie, il est

furtif, car il ne dure pas, quand bien même nous avons la permanence de ce que nous vivons. Le futur,

c’est la prévision de ce qui va se passer, mais qui n’est pas encore réalité. Le passé est, ce que nous avons

retenu de ce que nous avons vécu et n’appartient plus à la réalité. Le passé est en partie inscrit

neurologiquement dans la matérialité du présent (vestiges somatiques).

28 Jean-François Revel, Matthieu Ricard, " le moine et le philosophe",

Gordon Wheeler de l'Institut de Gestalt de Cleveland, séminaire

Rolf Stauffer,Autopsie, la confrontation avec la mort, l'incertain, le vide chez les préparateurs en pathologie

Elisabeth Kübler-Ross "les derniers instants de la vie"

29 Jean Piaget, La psychologie de l’intelligence, p. 186

30 Homéostase: selon le dictionnaire physiologique: Tendance des organismes vivants à maintenir constants leurs paramètres

biologiques face aux modifications du milieu extérieur

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Les notions de passé et de futur, en ce qui concerne les systèmes vivants, sont essentiellement dues à nos

capacités mentales :

1) La capacité de nous souvenir tout en gardant à l’esprit que le souvenir est une trace mnésique inscrite

dans notre cerveau ici et maintenant (soit dans le présent). Les passés proches et lointains ont laissé

des traces, certaines transmises par nos ascendants, l’inné ; d’autres construites au cours de notre

enfance et d’autres encore acquises par ailleurs. Le psychologue peut aider à la décodification de ces

traces.

2) La capacité de projeter une réalité plausible de ce qui devrait arriver, mais qui n’est pas encore

arrivé. Cette projection est également une trace mnésique existant dans notre cerveau, donc dans la

réalité. (Les hypothèses, les prévisions, les paris, les pronostics sont des projections qui doivent être

vérifiées dans un présent futur pour s’avérer être concordantes avec la réalité)

Le passé immédiat est le plus vivace bien que petit à petit il s’estompe, se transforme, et devienne en

grande partie inconscient. Le futur immédiat est le plus prévisible, car les éléments concrets pour le

prévoir sont en principe les plus stables (à moins que les éléments essentiels soient imprévisibles).

Le passé éloigné est le plus instable, car susceptible d’avoir été modifié par les expériences vécues entre le

moment de l’enregistrement du souvenir et le présent. Le futur éloigné est le plus imprévisible, car

l’imprévisibilité des éléments essentiels qu’il faudrait maîtriser, augmente.

Les marques (traces) laissées par le passé et le futur dans notre cerveau :

- sont subjectives car, d’une part, elles ont été médiatisées par nos codifications neurologiques et,

d’autre part, elles ont été inscrites sans que nous n’en maîtrisions vraiment ni la codification ni

l’inscription.

- ont toujours une partie affective (car à chacune de ces marques correspondent des sensations, voir

des émotions) et une partie cognitive, sans toutefois qu’il y ait forcément une cohérence entre

l’inscription émotive et l’inscription cognitive.

- auront été transformées au cours du temps passé et ne correspondront plus à l’inscription première.

Le continuum 31

Le continuum intègre mieux la notion de temps et donne du mouvement aux éléments que nous avons

tendance à fixer (tel un film plutôt qu’une photo). Le concept intègre le mouvement, les rythmes, les

processus, les démarches, etc. comme le préconise Piaget.

Bien que par commodité nous ayons tendance à arrêter le temps, à fixer le temps, à isoler les éléments

dans le temps, à limiter dans le temps les variables nécessaires à nos analyses, nous ne devrions jamais

oublier de replacer ces variables dans le mouvement du temps et dans leur environnement.

Pour bien comprendre, différencier et analyser l’humain, il m’a semblé pratique et utile de distinguer

certaines activités qui font partie du fonctionnement continu humain, donc de définir les continuums

suivants :

Le continuum du comportement. Il est impossible de ne pas se comporter. Du début de la vie à la fin de

la vie nous nous comportons. Notre comportement peut être conscient, inconscient, semi-conscient,

actif ou passif. C’est une activité corporelle que nous maîtrisons parfois, mais que souvent nous ne

contrôlons pas. Le comportement prend à chaque instant une signification dans la relation à son

environnement (dont les autres font partie). Il est partie intégrante du langage analogique et constitue de

ce fait un message.32

31 Godefroi J., P. Mardaga, Les chemins de la psychologie

32 Watzlawick, Helmick, Beawin, Don D. Jackson, Une logique de la communication .

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Le continuum des sensations corporelles : Toute notre vie, du premier jour au dernier, nous percevons

des sensations, pour autant que notre système nerveux fonctionne. La spécificité de ce continuum est

qu’il passe, en alternance, par des états soit inconscients, soit semi-conscients, soit conscients et qui

sont de fréquences et de durées différentes. Ce continuum nous permet, si nous apprenons à nous en

servir, d’avoir en tout temps la possibilité d’être conscients de l’état affectif dans lequel nous vivons

(état interne et état du corps « limite», en fonction des capteurs sensitifs neuronaux).

Le continuum des images mentales : L’activité mentale varie en intensité, mais ne s’arrête jamais.

L’image est une des productions de nos neurones. La spécificité, pour nous humains, est identique à

celle du continuum des sensations, selon que cette activité est consciente, semi-consciente ou

inconsciente.

Les continuum des comportements, des sensations et des images mentales nous permettent d’avoir « le

sentiment même de soi » 33.

Les concepts utilisés pour décrire des évolutions dans le temps.

Les termes sont nombreux pour décrire l’évolution de la réalité. Entre les évolutions mathématiques telles

des algorithmes et les changements aléatoires, nous pouvons trouver un nombre élevé de termes reflétant

l’évolution dans le temps. Les termes reflètent souvent des types particuliers d’évolution. Les uns sont plus

près d’une représentation symbolique et subjective de la réalité (spirale négative), les autres d’une

description minutieuse, rigoureuse et plus scientifique d’une partie de la réalité (ex. courbe de rétroaction

positive). Néanmoins, les deux types de termes me paraissent utiles et pertinents pour décrire l’évolution

dans le temps, car plus les réalités sont complexes et plus il est difficile de décrire des évolutions précises

et scientifiques. Il va de soi que ces termes peuvent et doivent être utilisés selon leur spécificité pour

analyser une situation dans le temps. À tous les niveaux systémiques, nous les retrouverons. Ils peuvent

aussi être utilisés pour décrire des états, mais semblent toujours indissociables du temps écoulé. Par

exemple, le rythme du squelette induit chez Piaget une dimension du temps, soit la vie et donc le

mouvement.

J’ai relevé quelques termes qui incluent, selon ma perception, le temps qui s’écoule :

Un des plus utilisés est le processus.

Puis les courbes de rétroactions positives, les cercles vicieux ou vertueux, les spirales négatives ou

positives, les dérives, les montées symétriques.

Les ruptures, les révolutions, les mutations, etc., soit les changements brusques, soudains et parfois

violents.

Les courbes de rétroactions négatives, les cycles, les fluctuations, les biorythmes, etc.

Les mouvements, les rythmes, la ou les mesures, les vagues, les courbes, les ondulations, les flux.

Les phénomènes répétitifs, aléatoires, etc..

Les démarches, les constructions, la méthodologie, etc.

L’usure, la régénération, la souplesse, la flexibilité, etc.

Les tactiques et les stratégies, dont la spécificité est qu’ils sont des projections dans le futur, etc.

Le développement, les transformations, les adaptations, les accommodations, les mutations et les

transformations.

L’évolution, l’Histoire.

33 Damasio.

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2.3. NORMALITÉ/ANORMALITÉ

(pathologie) ou analyse intégrative

Pour maintenir l’harmonie d’un équilibre en mouvement, il faut rassembler un certain nombre de facteurs

indispensables: se mouvoir, se nourrir, dormir, rêver, sentir, produire des émotions, maintenir la

température du corps, respirer de l'oxygène, etc.

2.3.1. Normalité

La normalité dépend des critères utilisés dans le cadre d'une culture donnée, c’est à dire d'une société et

d'une époque donnée.

Ce qui hier était normal peut être anormal aujourd'hui, et vice-versa ;

Ce qui est anormal ici peut être acceptable ailleurs (dans une autre civilisation).

Les critères qui permettent de déterminer le normal et l'anormal sont souvent multiples, subjectifs et ne

sont valables que pour une situation donnée. Les frontières restent floues entre le normal et l'anormal.

Est considéré comme anormal, ce qui n'est pas fréquent statistiquement ; selon les contextes, les données

statistiques peuvent changer totalement.

2.3.2. Anormalité

L'anormalité est ce qui se situe hors des normes généralement admises par la majorité de la population,

mais qui ne sont pas forcément déterminées par celle-ci. Ce qui va à l'encontre des valeurs, attitudes,

habitudes, mythes, etc. admis par la société.

L'anormalité en psychologie recouvre notamment les maladies dites psychiques. Elles sont répertoriées

dans deux livres (CIM 10 et DSMIV).

Cependant, l’anormalité ou la maladie psychique sont des notions aléatoires, car plus elles se rapprochent

de la notion de normalité plus elles sont difficilement déterminables. La limite entre normalité et

anormalité est subjective et non définissable, c’est une zone floue. Il est tout aussi correct de dire, que plus

une maladie ou une anormalité est proche de la normalité, plus elle a de chance d’évoluer vers une

« normalité » donc une « guérison ». Il serait donc bien plus efficace de ne s’occuper que des maladies

psychiques légères, voire très légères, car le taux de rechute sera presque nul et le taux d’efficacité n’en

sera que plus grand.

2.3.3. Analyse intégrative

Cette manière de réfléchir est naturellement peu productive. Il nous faut donc trouver une méthode

intégrative qui puisse amener une amélioration pour toutes les formes d’anormalité ou toutes les maladies

psychiques sans se laisser enfermer par des concepts ou par une normalisation statistique ou de tests figés.

Sortir de ces concepts trop rigides peut en partie se résoudre en évaluant dans un premier temps chaque

situation, chaque humain pour lui-même en fonction de sa cohérence interne, puis de sa cohérence externe

soit de ses capacités d’intégration dans la société qui est la sienne. L’efficacité peut alors se mesurer en

fonction du changement effectué par la personne (son point de départ, son point d’arrivée), en fonction de

son évolution et non plus en fonction d’une normalité, d’une maladie. Le but n’étant plus d’éradiquer une

maladie, mais de faire évoluer une personne aux maxima de ses possibilités, quand bien même elle

resterait dans un état « pathologique », donc malade.

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Conclusion

3.GRILLE, MODELE ET REALITE.

La grille incluant le modèle proposé, permet-elle l’augmentation de la cohérence individuelle ?

3. 1. Nous, dans un environnement en mouvement. Critère du temps et du mouvement

La difficulté de l’opération, est de vouloir analyser une réalité qui est dans un constant mouvement

aléatoire. Non seulement l’environnement est constamment en mouvement, mais celui qui l’analyse

également. Idéalement, nous devrions donc analyser en tenant compte de tous ces mouvements donc avoir

des critères d’analyses en mouvement, ce qui me semble impossible. Par contre, la grille rend possible une

analyse dans laquelle le mouvement est possible.

3.2. Utilité d’une grille

La grille élaborée permet de s’adapter au mouvement et de l’analyser Elle est adaptable et mobile à la fois,

car les critères qui la composent sont souples et permettent de tenir compte des mouvements. Elle permet

d’intégrer les mesures (dans le temps). Elle peut être déplacée dans le champ de la réalité à l’endroit où on

le désire. Afin de pouvoir déplacer la grille aisément, il est nécessaire de considérer l’ensemble des choses

(facteurs) que l’on analyse comme des systèmes. Si l’humain en est le centre et le point de départ, elle

permet aussi d’analyser les autres systèmes (biologiques, sociaux, naturels) faisant partie de son

environnement.

Si nous reprenons la représentation symbolique du nuage de points, nous pouvons l’utiliser pour chaque

point, pour chaque groupe de points ou pour le nuage dans son entier. Il est naturellement nécessaire de

définir si tous les points font partie du même niveau systémique, s’ils font partie de sous-systèmes (la

définition des sous-systèmes peut être un consensus). Si cela n’est pas le cas, nous devons définir leur juste

niveau et les y placer. La grille permet d’examiner rapidement, sans rien omettre, s’il y a cohérence

verticale, horizontale et temporelle. Elle permet de définir une cohérence générale du système analysé, soit

de voir s’il se trouve dans un équilibre satisfaisant pour lui.

3.3. Qualité et efficacité

L’analyse ainsi effectuée à partir de la grille permet de définir si une personne, un patient, est en cohérence

(relative) avec lui-même et son environnement, s’il est conscient de ses incohérences et s’il les gère. Les

souffrances physiques et psychiques sont des incohérences du système vivant humain. L’analyse permet de

détecter et de nommer rapidement des conflits internes ou relationnels et d’imaginer ce qu’il y a à faire

pour trouver une solution augmentant la cohérence du système. De voir par exemple en thérapie, comment

peut s’emboîter un problème personnel dans une dynamique familiale ou dans une dynamique

professionnelle.

L’évaluation des incohérences permet de définir si une personne a besoin ou non d’une thérapie. Une

diminution des incohérences permet de diminuer les souffrances, donc de produire une thérapie efficace et

de bonne qualité. Pour ce faire, il est nécessaire de considérer et de travailler sur les trois axes de

cohérences proposés ainsi que sur au moins trois niveaux systémiques.

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®Rolf Stauffer 2004 contact : http://www.psy-coach.ch Genève, le1.12.03/25.6.04

3.4. Accord sur l’unicité de concept

L’avantage de se mettre d’accord sur des critères, serait de pouvoir comparer les analyses de situations, de

méthodes, de détecter rapidement et facilement les différences qui les caractérisent, de faire des

différences et des liens. Une telle grille ne suppose aucunement l’abandon de ses convictions ou de sa

méthode thérapeutique. Elle permet de mettre en évidence les différences, éventuellement les insuffisances

d’une méthode, puis de la réorienter. Elle permet de faire des liens verticaux, horizontaux et dans le temps.

Je pense qu’une méthode est efficace si elle remplit les conditions de cohérence définies ci-dessus,

autrement dit, chaque méthode qui remplit ces conditions serait efficace, et de bonne qualité.

Rolf Stauffer

Genève, début juin 2004

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®Rolf Stauffer 2004 contact : http://www.psy-coach.ch Genève, le1.12.03/25.6.04

BIBLIOGRAPHIE

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DSM IV, Masson, Paris, 1996 traduct., 1995

Entre le cristal et la fumée, Atlan H., Edit. Seuil, 1979

La nature et la pensée, Bateson G., Edition Seuil., Paris, 1984 traduit de l'américain, 1979

La décision, Berthoz Alain, Odile Jacob, Paris, 2003

L'homme neuronal, Changeux Jean-Pierre, Hachette/Pluriel, Paris, 2002

L'Alchimiste, Coelho Paulo, Edit. j'ai lu, Paris, 1994 traduction, 1988

L'acteur et le système, Crozier M., Friedberg E., Seuil, coll. points 1977

Le sentiment même de soi, Damasio Antonio R., Edition Odile Jacob sciences, Paris, oct. 1999.

Discours de la Méthode, Descartes, Garnier-Flammarion, Paris, 1966

Ehlert Dr, expertise pour la FSP

Les chemins de la psychologie, Godefroi J., P. Mardaga, Liège - Bruxelles, 1988

Le pouce du Panda, Gould Jay, Edit. Grasset, Paris, 1982 traduit de l'anglais, 1980

Atlas de notre cerveau, Hampden-Turner C., d'Organisation, Paris, 1990 traduit de l'anglais, 1981 carte 47

p.165 La holarchie de la Nature vivante : Koestler Arthur

Dieu ? , Jaquard Albert, Stock/Bayard, France, 2003

Le cerveau intime, Jeannerod Marc, Odile Jacob, Paris, oct. 2002

Wissenschaftlichkeit in de Psychotherapie , Kriz Jürgen Prof. Dr. , Druckerei Peter & Co. , Zürich , mai

2003, Gutachten expertise

Les derniers instants de la vie, Kübler-Ross Élisabeth, Edition Labor et Fides, Genève, 1975

La colombe assassinée, Labori H., Ed. Grasset, Paris, 1983

Le soda conquis par Dieu, Longchamp A., Journal de Genève, Genève, 29.12.1990

L'analyse institutionnelle, Lourau René, Edit. de Minuit, Paris, 1970

En ce qui concerne les trois cerveaux : , Mac Lean Paul : , the Neurosciences The Second Study

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Vers une psychologie de l'être , Maslow A.H. , Edit. Fayard , 1972 traduit de l'américain, 1968

Le hasard et la nécessité, Monod Jacques, Edit. Seuil, Points, Paris, 1970

La méthode 1. La nature de la nature, Morin E., Seuil, collect.Point, Paris, 1977

La méthode 2. La vie de la vie, Morin E. , Seuil, collect.Point, Paris, 1980

L'unité de l'homme 2. Le cerveau humain, Morin E. /Piattelli-Palmarini M., Edit. Seuil, Point, Paris, 1974,

Béjin A. p.215

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La psychologie de l'intelligence, Piaget J., Edit.A. Colin, Paris, 1967

La nouvelle Alliance, Prigogine I. & Stengers J., Edit. Gallimard, Poitiers, 1979

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®Rolf Stauffer 2004 contact : http://www.psy-coach.ch Genève, le1.12.03/25.6.04

Le moine et le philosophe, Revel Jean-François, Matthieu Ricard, Edit. Nil, Paris, 1997

L’aventure du vivant, Rosnay de J., Edition Seuil, Paris, 1988

Le microscope, vers une vision globale, Rosnay de J. , Seuil, Point, Paris, 1975

Physiologie, Schmidt Robert F., De Boeck Uni, Paris, Bruxelles, 1999 traduct., 1995

Autopsie, la confrontation avec la mort, l'incertain, le vide chez les préparateurs en pathologie, Stauffer

Rolf, 24 sept. 1999, 6è Congrès de l'EAPC N0 1433.

Une logique de la communication, Watzlawick, Helmick, Beawin, Don D. Jackson, Seuil, coll. Point,

Paris, 1972 traduit de l'américain, (1967)

La réalité de la réalité (Confusion, désinformation communication), Watzlawick P., Seuil, Point, Paris,

1978 traduit de l'américain, 1976

Le langage du changement, Watzlawick P., Seuil , Paris, 1980 traduit de l'américain, (1978)

The voice of shame, Wheeler Gordon et Robert Lee, éd. GIC Publication Jossey-Bass Publishers, San

Francisco, 1998

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Table des matières

“Normes pour une méthodologie qualitative rationnelle et adaptative (MQRA)”

Critères de qualités et de cohérences.

Évaluation qualitative, évaluation quantitative des psychothérapies et du coaching

1. Approche systémique et approche analytique : différence fondamentale

1.A. Approche nommée analytique

1.B. Approche nommée systémique

1.1. Les principes méthodologiques concernant les deux méthodes analysées

1.1.A. Expérimentale/clinique.

1.1.B. Empirique (modélisation et simulation)

1.2. Données dans les sciences humaines

1.3. Les deux principes méthodologiques appliqués aux sciences humaines, plus particulièrement à la

psychologie et la médecine.

1.3.A. Analytique

1.3.B. Systémique

Bibliographie:

2. Élaboration d’un modèle sous forme de grille d’analyse

2.0.0.1. Introduction

2.1. La grille, ou, « À la recherche de la cohérence perdue »

2.1.1. Premiers critères de qualités et de cohérences pour une épistémologie du modèle

La réalité est la réalité

L’humain est le centre.

Subjectivité

2.2. Division du champ de la réalité en trois axes (I,II,III)

I. Axe 1 plan vertical Les emboîtements systémiques

II. Axe 2 plan horizontal Les critères de cohérences et d’équilibre.

1) Structure, organisation et matérialité.

2) Fonctionnement dynamique

3) Production, consommation et besoins.

4) Finalités

II.1. Équilibre, homéostasie et cohérence

II.2. Autres critères et axiomes de qualités et de cohérence pour une épistémologie du modèle.

III. Axe 3 plan de la profondeur Le temps et l’évolution.

III.1. La cohérence temporelle

III.2. Autres critères et axiomes de qualités et de cohérences pour une épistémologie du modèle.

2.3. Normalité/anormalité (pathologie) ou analyse intégrative

2.3.1. Normalité

2.3.2. Anormalité

2.3.3. Analyse intégrative

Conclusion

3. Grille, modèle et réalité.

3.1. Nous, dans un environnement en mouvement. Critère du temps et du mouvement

3.2. Utilité d’une grille

3.3. Qualité et efficacité

3.4. Accord sur l’unicité de concept

Bibliographie

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10 mai 2006

le harcèlement moral

ur Appréhender le harcèlement moral par une approche systémique et constructive La physique a été la première discipline scientifique à reconnaître qu’il n’y a pas d’observations, ni de données extérieures indépendantes des observateurs qui les font. Nous ne pouvons agir que sur notre représentation de la réalité, et non sur la réalité réelle même si nous avons l’intime conviction de pouvoir la percevoir. Si le besoin de classification correspond à une demande considérable, il découle aussi de nos modes de pensée analytiques. Paul Watzlawick, dans son ouvrage «L’invention de la réalité» raconte à cet égard l’expérience suivante très instructive : des psychologues ont simulé la schizophrénie pour être hospitalisés. Une fois admis à l’hôpital, ces faux patients ont immédiatement repris des comportements normaux, mais leurs comportements demeuraient toujours interprétés comme des signes de leur maladie. Et lorsqu’ils ont pu enfin sortir de l’hôpital, tous reçurent comme diagnostic «schizophrénie en rémission». Dans le domaine des interactions et donc des comportements, les diagnostics comme les jugements sur autrui se révèlent non seulement inutiles mais encore peu fiables. Et pourtant nous continuons la plupart du temps à les pratiquer. Lorsqu’une personne parle d’une autre personne, en fait, elle parle de sa relation à l’autre, de la représentation qu’elle a construite à partir des expériences vécues avec celui-ci ou encore empruntées. Ainsi il est impossible de parler objectivement de l’autre. Le phénomène de l’influence entre les êtres humains s’exerce au niveau des représentations. Tout salarié au sein d’une entreprise peut être victime d’une étiquette qui lui collera d’autant mieux à la peau qu’elle influencera aussi les comportements de ses collaborateurs à son égard. Ainsi, une fois établi le diagnostic selon lequel il y aurait «harcèlement moral», on risque fort de considérer un comportement même normal de la personne étiquetée «harceleur» comme étant d’une certaine manière pervers. La victime finit par interpréter tout comportement de ce dernier comme étant celui d’un harceleur et interagit donc en fonction de cette hypothèse. Sa peur, son hostilité, sa suspicion et sa crainte qui découlent de cette représentation se traduiront dans ses comportements et micro-indicateurs non verbaux qui influenceront en retour les comportements du présumé «harceleur». Sa façon de le regarder ou de ne pas le regarder témoigne de la façon dont elle le considère et provoque en retour les comportements de celui-ci. Ce diagnostic concourt surtout à l’impuissance de la personne qui se vit comme la «victime» et contribue à limiter considérablement ses potentialités comportementales de réponses. Sur le plan interactionnel, le diagnostic «harcèlement moral» entrave la résolution du problème car il donne une représentation piégeante de la situation, non seulement pour celui qui pose le jugement mais, plus grave encore, pour celui qui la subit et aura à le gérer. Les étiquettes contribuent à entretenir les pathologies de la communication et empêchent d’y remédier. Offrant le flanc aux accusations de machiavélisme et de manipulation sordide, elles laissent réellement la victime démunie et impuissante, sans apporter aucune solution opérationnelle. Il ne reste alors pour la victime que de recourir à l’arsenal juridique pour se défendre, mais encore les preuves objectives du harcèlement moral sont extrêmement difficiles à montrer. Il ne s’agit ni de complaisance à l’égard du harceleur, ni de faire porter à la victime la responsabilité de ce qui ne va pas Pour aborder et résoudre les problèmes de communication, il est largement préférable de prendre le point de vue de l’anthropologue qui doit examiner toute culture avec un minimum de notions préconçues. L’anthropologue essaie de voir ce que les porteurs d’une culture sont en train de faire sans avoir d’idées a priori prétendant expliquer pourquoi ils sont en train de faire ce qu’ils font. L’approche systémique diffère radicalement de l’approche psychologique classique qui fonctionne sur un modèle théorique du comportement et de l’esprit humain. Elle permet de comprendre que le comportement d’une personne ne peut être appréhendé qu’en fonction du comportement de son vis-à-vis. Elle invite à changer d’épistémologie et à passer à une approche cybernétique des relations humaines - alors que l’approche psychologique classique ou orthodoxe demeure une approche monadique qui consiste à réfléchir sur une causalité linéaire du type «ce harceleur se comporte ainsi parce qu’il a à l’origine des problèmes non résolus. L’explication de ces problèmes présents se trouve dans son passé.». Ce raisonnement analytique ne fournit strictement aucune solution à la victime, au contraire l’enfonce. Pour changer une situation, il ne suffit pas de l’expliquer au moyen d’une analyse du passé. Les explications sont des suppositions théoriques qui donnent rarement de solutions pertinentes pour résoudre les problèmes complexes ; bien au contraire, elles ne font que les justifier. La résolution des problèmes complexes implique avant tout un nouveau regard, c’est-à-dire un peu de créativité. Ce qui est important dans la résolution des problèmes interactionnels, c’est de réfléchir à ce qui est désirable et à ce qui est possible. Dans le cas du harcèlement, il est pertinent de faire l’hypothèse que la difficulté affrontée par la victime provient d’une hypothèse erronée qui fait le lit du pouvoir du persécuteur. Le choix des hypothèses de la victime peut ouvrir ou limiter le champ de ses possibles La personne, qui se plaint d’être harcelée, a besoin en priorité de sortir de la vision qu’elle a d’elle-même et de son harceleur car cette vision limite le choix de ses possibles et la conduit dans une impasse. La question est alors de savoir quel pouvoir elle donne au harceleur, consciemment ou inconsciemment. Voilà l’un des aspects central pour pouvoir l’aider dans l’exercice de son influence. Un changement radical d’optique Cette approche est théoriquement et méthodologiquement différente de celles basées sur les théories des processus intra-psychiques. L’objectif est de comprendre comment cette situation insoutenable persiste et de réfléchir ensuite à ce qu’il faut provoquer pour la changer. Il faut donc : - D’abord définir le problème et le replacer dans la description des contextes interactionnels. - Se focaliser sur la dernière interaction plutôt que sur les anciennes. - Identifier les difficultés vécues et écouter rigoureusement les solutions tentées - Montrer en quoi les expériences douloureuses passées, qui ont bâti sa vision de son persécuteur, ont limité le champ de ses possibilités, ont rétréci la vision de son pouvoir d’influence et fait surestimer le pouvoir qu’elle attribue à son persécuteur. - Négocier un objectif de changement concret, spécifique, réaliste, accessible et écologique. - Utiliser le langage et la logique du plaignant afin qu’il soit conforme à sa logique et qu’il ait des résonances. Ce qui importe est de donner d’autres éclairages aux expériences passées de la victime afin de lui ouvrir de nouvelles possibilités interactionnelles et comportementales. Le plus souvent celle-ci grossit tellement l’emprise de son persécuteur qu’elle se paralyse face à lui, ce qui renforce encore le pouvoir de ce dernier à la faire douter d’elle-même ; consciemment ou inconsciemment il lui permet de vérifier les suppositions qu’elle fait à son égard. Les suppositions remplissent en effet la fonction de prophéties qui s’auto-réalisent. Replacer le problème dans son contexte interactionnel Pour comprendre un problème complexe, notamment celui du harcèlement moral, il faut l’appréhender dans son contexte interactionnel. En effet, notre conception monadique sur laquelle s’appuie la longue tradition de la pensée classique occidentale repose sur un schéma linaire de causalité. Mais le concept de causalité linéaire s’avère particulièrement impropre pour résoudre les problèmes interhumains. En effet, celle-ci conduit inéluctablement à l’imposition d’étiquettes de boucs-émissaires et de persécuteur qui confère précisément un pouvoir qui est particulièrement redouté . Ainsi considérons-nous la cause et l’effet comme s’ils se produisaient selon des séries linéaires. Ce modèle de pensée méconnaît un concept essentiel, celui de rétroaction ; il aboutit à réfléchir et à agir dans un cadre non opérationnel qui constitue le piège dans lequel il s’agit de sortir. L’erreur est d’attribuer une causalité linéaire de type mécaniste à un phénomène interactionnel, par définition complexe. De même qu’on ne peut comprendre la relation entre l’émetteur et le signe qu’il utilise sans tenir compte du destinataire et de sa réaction, de même ne peut-on étudier la relation entre le destinataire et les signes qu’il utilise en faisant abstraction de l’émetteur. Chaque signe, en tant que réaction chez l’émetteur, induit la production d’un autre signe qui en induit à son tour un autre et ainsi de suite. Les relations humaines ne peuvent être considérées comme des données pourvues d’une existence indépendante, objective en quelque sorte. Nous n’avons, en effet, jamais affaire à des réalités intrinsèques mais uniquement à des images ou représentations de la réalité qui s’imposent à nous comme l’évidente représentation de la réalité, comme une réalité réelle. Voilà l’une des raisons majeures pour laquelle les gens s’acharnent, face à une situation problématique, «à faire toujours plus de la même chose» ou strictement l’inverse, ils sont simplement les victimes d’un point de vue unique et fixe qui les privent de tout autre possibilité d’interaction. Le recadrage, l’outil majeur du changement Le recadrage demeure l’ultime moyen de sortir d’une situation vécue sans issue. Il revient à sortir du cadre dans lequel aucune solution ne semble possible, il consiste à travailler sur les restrictions mentales et comportementales dans lesquelles la victime se trouve coincée. Le recadrage a pour fonction de modifier le cadre inopérant dans lequel est emprisonnée la personne afin de lui permettre d’accéder à d’autres possibles. Toutefois, un recadrage ne relève pas de la simple technique ou recette ? A cet égard, il ne peut être prévu à l’avance, ni fabriqué de toutes pièces, mais il doit être construit à partir de la logique de la personne concernée par le problème, il implique une écoute parfaite de celle-ci ; c’est-à-dire qu’il doit être rigoureusement adapté à sa logique et à son système de valeurs pour être conforme à son écologie et être ainsi adopté par celle-ci. Recadrer, consiste avant tout à suggérer de nouvelles interprétations de façon à apporter un nouvel éclairage à des faits qui ont été rapportés et interprétés, pour leur donner une autre signification, afin de modifier radicalement le contexte interactionnel pour susciter des comportements différents, et surtout plus efficaces. L’univers des relations reste un univers de perceptions et de significations. Pour parvenir à changer un type de conduite, il s’agit non pas d’intervenir directement sur la conduite comportementale, comme cela se pratique généralement, mais de modifier d’abord le sens des comportements incriminés et redoutés ou encore de modifier la perception qu’a le plaignant du contexte. La performance d’un recadrage s’évalue sur le fait qu’il parvient à réorganiser le système interactionnel dans lequel la personne est piégée et dans lequel elle perd son espace d’autonomie, son identité, et reste assujettie. Il n’est donc pas question d’agir directement sur les interactions mais de les éclairer de façon nouvelle afin d’élargir le champ des possibles pour sortir du problème. Les solutions de la victime alimentent le problème Les problèmes interactionnels sont le plus souvent aggravés et perpétués par des solutions correctives, elles sont inadéquates pour produire un changement. Bien des problèmes de société à une échelle plus vaste relève du même phénomène. Ainsi, lorsque les processus interactionnels de régulation se sont avérés inefficaces et que le système interactionnel est devenu un cercle vicieux dans lequel la victime, la personne harcelée, se trouve enfermée, une personne extérieure doit arbitrer, à savoir susciter dans le système interactionnel entre le persécuteur et la victime un changement de type 2. Le recours à la position basse stratégique La victime pour sortir de sa position insoutenable doit redéfinir la relation en se plaçant elle-même, volontairement et stratégiquement, dans la position basse afin de désarmer son vis-à-vis. Le harceleur a en effet besoin de rabaisser sa victime pour disposer d’une bonne estime de lui-même. Mais il est très difficile de défier une personne qui se place de façon stratégique et consciente dans une position volontairement d’extrême faiblesse. Par exemple la victime pourrait par exemple tenir le discours suivant : “ Voilà la façon dont je vois les choses : vous voulez m’anéantir, me détruire mais je sais que je peux me tromper. En effet, comme vous êtes rationnel, vous savez que si c’était votre intention réelle, vous prendriez alors des risques que vous n’avez pas intérêt à prendre dans l’entreprise. Je sais que vous êtes lucide, et que vous avez conscience que les salariés disposent aujourd’hui de multiples possibilités pour se défendre. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que vous voulez ma perte et ma déchéance. En fait, vous seul pouvez me sécuriser et me faire sortir de ces craintes peut-être infondées. Si vous ne me rassurez pas par des preuves concrètes que je suis dans l’erreur, alors cela signifie que vous me donnez raison sur vos intentions perverses que j’imagine à mon égard. Dîtes-moi concrètement ce que vous attendez de moi, et même consignez cela par écrit. Voilà ce que j’ai besoin de savoir pour corriger mes propres comportements et rétablir des relations plus sereines et plus productives ”. Françoise KOURILSKY (France) Docteur en Psychologie, Spécialiste de l’approche de Palo Alto et du coaching en entreprise. Auteur du livre «Du désir au plaisir de changer» préfacé par Paul Watzlawick.

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10 avril 2006

effet papillon

L'apport de la théorie de l'Ordre et du Chaos au paradigme de la complexité juridique Serge DIEBOLT IDL - CNRS, Mars 1995 Un jour, un météorologue a regardé le vol désordonné d'un papillon, et il lui est venu l'intuition que ce désordre n'était peut-être qu'une expression subtile de l'ordre diffus de tout l'univers. Et si ce papillon, d'un autre coup d'ailes (ou d'un coup de pied), déclenchait une tempête sur un droit bien agencé entre normes supérieures et inférieures, primaires et secondaires ? Longtemps négligé car assimilé au désordre, le " bruit " prend de nos jours une éclatante revanche dans tous les domaines des sciences de la nature. Sous l'impulsion de l'" effet papillon ", il devient un signal clair, l'ordre se change subitement en désordre, et la simplicité devient complexité. C'est pourquoi, après un bref rappel des théories données par les sciences de la nature pour montrer les rapports étroits qui existent entre chaos et complexité (1), nous aborderons la question des rapports entre le droit et la complexité à la lumière des théories proposées par le paradigme de l'ordre et du désordre (2), en s'appuyant sur un exemple concret. L'Ordre et le Chaos sont vus par les sciences de la nature comme les fruits de la complexité Rappel des théories Il sera fait ici un bref rappel des éléments essentiels qui sous-tendent la théorie que nous utiliserons, avant d'évoquer les conséquences qu'elle est susceptible de produire. La nécessité d'un système temporalisé Pour mémoire, nous évoquerons rapidement la première exigence posée par le paradigme chaotique : l'existence d'un système. Nous entendrons par là tout ensemble d'éléments distincts comportant entre eux des liens. Cet ensemble peut être plus ou moins structuré et hiérarchisé, fixe ou mobile. Le droit comporte tous ces attributs, excepté celui de la fixité (s'entendant de celle des éléments, pour la distinguer de l'homéostasie). Le système doit en second lieu comporter une dimension temporelle, ou diachronique. Cette dimension est nécessaire pour pouvoir parler, non seulement en termes de liens, mais aussi en termes de flux. Le flux se caractérise comme un échange d'information entre les éléments par le biais des liens. Nous donnerons en annexe un exemple de schéma éléments-liens-flux que l'on peut donner du système juridique français (considéré toutefois avec une certaine hauteur de vue). Quand les flux qui traversent ce système sont linéaires, le système est totalement déterminé, quantifié et prévisible. Mais au moindre bouclage des flux, les résultats deviennent stochastiques, et l'ordre initial s'effondre. C'est donc la rétroaction, produit de la boucle des flux, qui engendre ce phénomène que l'esprit humain, dérouté, a qualifié de complexité. La rétroaction, mère de la complexité Les rétroactions sont de deux nature : directes et indirectes. Les rétroactions directes désignent les autoactions des éléments, c'est-à-dire l'influence immédiate d'un élément sur lui-même. Les rétroactions indirectes désignent, elles, l'action d'un élément sur un autre, qui l'influence lui-même en même temps et de manière non symétrique. L'existence de rétroactions au sein d'un système, quel qu'il soit et quelle que soit sa structure, rend ce système non linéaire. Ce paradigme de la non linéarité connaît un succès d'autant plus mérité que l'on peut trouver dans à peu près n'importe quel système issu du monde vivant des termes non linéaire. Ce sont eux qui engendraient ce phénomène d'écho, de parasite, qui venait troubler la pureté du bel ordonnancement du système que les scientifiques tentaient de mettre sur pied. Il est cependant et dorénavant acquis qu'une pureté n'est que virtuelle, une régularité qu'artificielle et qu'un ordonnancement qu'intellectuel. Mieux, les scientifiques ont désormais conscience que le chaos est l'expression des forces créatrices de la nature, et que si un éventuel ordre émerge, ce n'est de rien d'autre que du désordre. Comment en arrive-t-on à ces conclusions ? La réponse se trouve partiellement dans l'étude de la seconde nature des rétroactions : la polarité. Les rétroactions positives Une rétroaction est dite positive quand elle tend à amplifier un flux entre deux éléments. Cela peut se traduire par un gain de tension entre deux pôles, à une augmentation d'influx entre deux neurones, de différences entre deux crêtes, d'individus dans une population, etc. Elles ont bien entendu lieu quand, de part et d'autre de la boucle, l'information reçoit un traitement similaire. Le signal est ainsi constamment alimenté, et augmente jusqu'à ce qu'un nouvel équilibre se fasse ou se rompe au sein du système. Un ballon qui éclate, un événement qui survient quand tout semblait stable, un pneu qui part en aquaplanning, un krach boursier, nombreux sont les exemples des effets produits par les rétroactions positives. Nous verrons en 2.2 comment utiliser cette métaphore pour le droit. Inversement, les rétroactions peuvent être négatives, mais leurs conséquences ne sont pas moins nombreuses. Les rétroactions négatives Produites, elles, par la neutralisation de deux éléments connectés, les rétroactions négatives sont le principe de fonctionnement de tous les types de régulateurs : thermostats, carburateurs, condensateurs, vases d'expansion, tous ces mécanismes mettent en jeu des rétroactions négatives. Pas plus que leurs soeurs, les rétroactions négatives n'impliquent un renversement de hiérarchie. Elles en sont un effet, mais pas une cause. De même, elles sont comme elles un facteur de complexité. Il ne faut en effet pas se fier à l'apparente simplicité comportementale d'un système régulé par une rétroaction positive. Il peut s'y produire des micro-variations qui, négligées au départ, peuvent engendrer une instabilité imprévisible. La linéarité fait produire aux mêmes causes les mêmes effets. La non linéarité crée des franges d'interférences, des coupures, des irrégularités qui, derrière une apparente diversité, renferment un ordre caché. Il est une autre combinaison qui va à coup sûr tendre le système vers la complexité : c'est la combinaison des rétroactions. La complexe combinaison Nous venons de voir qu'un système à deux éléments peut se comporter de manière quasi-linéaire. Mais si nous ajoutons un ou plusieurs éléments à notre système, la linéarité disparaît. La complexité s'amplifie d'elle-même, faisant échec à toute tentative de prévision. Car, et c'est un fait à souligner, autant le cerveau humain a un fonctionnement non linéaire et désordonné, autant il n'accepte facilement et intuitivement que des relations linéaires de cause à effet bien ordonnées à titre d'explications. Il en résulte qu'un problème qui lui est soumis, faisant intervenir trois (ou plus) éléments liés réciproquement et interdépendants les uns des autres l'égare rapidement, et que l'on voit très rapidement poindre des facteurs subjectifs dans la prise de décision. Ces facteurs seront d'autant plus volontiers pris qu'il est souvent malaisé de se représenter mentalement les interactions qui peuvent lier les objets, leur sens et leur effet. Pour couronner le tout, il est quasi-impossible de dresser un raisonnement quand on est soumis à un problème faisant intervenir des éléments liés par des rétroactions positives d'autres négatives. Il s'ensuit en effet tout un jeu subtil de combinaisons qui peuvent aboutir, soit à un basculement rapide, soit à une stabilité durable, en passant par tout un tas de nuances. Notons enfin qu'une stabilité, même durable, est soumise à variation. Il est cependant, et peut-être est-ce le plus déroutant, des systèmes qui assurent eux-mêmes leur propre stabilité, selon le même processus rétroactif, et ce quelle que soit la valeur que l'on y introduit en entrée : ce sont les systèmes autopoïétiques. A la recherche de l'homéostasie Les scientifiques se sont depuis quelques années déjà penchés sur le cas de systèmes, vivants pour la plupart, qui semblent faire preuve de la plus grande des autonomies. La typologie des systèmes autopoïétiques va de quelques modèles mathématiques simples aux des êtres les plus complexes comme nous-mêmes. La particularité remarquable de ces système est leur complète endogénéité. Tout en eux est interne, même leur cause. Ce trait implique qu'ils soient doués d'une faculté de reproduction, afin de se régénérer quand leur niveau vital tombe en-dessous d'un seuil critique. Cette faculté de clonage assure la naissance d'un autre système vivant, ayant ses propres caractéristiques et sa propre autonomie, c'est-à-dire n'ayant aucun lien (hormis généalogique) avec le précédent. Pour assurer leur existence, les systèmes autopoïétiques sont pourvus d'éléments et d'une organisation préétablie " génétiquement ". Ce même patrimoine génétique renferme également les règles de fonctionnement de ce système, et comment il doit compenser les chocs venus de l'extérieur. Il possède donc les facultés d'auto-organisation et d'auto-réparation. Or, et c'est là le point capital, un tel modèle ne peut se concevoir, et ce fait a été mathématiquement démontré, d'un point de vue entièrement hiérarchique et linéaire. La hétérarchie est une condition sine qua non de l'évolutivité d'un système soumis à des contraintes exogènes, même si un sens favori est donné au cheminement des informations. Ces propriétés découlent de la structure fondamentalement rétroactive et non linéaire du système. Ce sont ces propriétés qui ont fait rêver les scientifiques de robots se réparant eux-mêmes, de métros se conduisant tous seuls quels que soient les cas de figure, etc. Cependant, après des années d'exaltation, la vague des recherches en systèmes de ce genre semble de nos jours marquer le pas et connaître un bilan plutôt mitigé. Ordre, chaos et complexité La complexité issue des rétroactions, nous l'avons vu, change comme par un coup de baguette magique tout en son contraire. Ses conséquences sont donc les mêmes en ce qui concerne l'évolution d'un système. • Dans un système linéaire, les petites causes ont de petits effets, dans un système complexe, elles en ont des gros, à certaines valeurs ou dans certains cas de figure. • Dans un système linéaire, la structure est hiérarchisée et droite, dans un système complexe, elle est faite de relations en boucles et enchevêtrées. • Un système linéaire a un comportement déterminé, c'est-à-dire rationnel et prévisible, un système chaotique est imprévisible et non rationnel. • Un système linéaire est ordonné quand un système complexe est désordonné. • Un système linéaire est désordonné quand un système complexe est ordonné. La complexité est donc pour la théorie du chaos la garantie qu'il existe pour le chaos un ordre, que ces deux notions n'en sont qu'une, et que les systèmes linéaires n'ont d'intérêt que leur simplicité qui les rend faciles à comprendre. La complexité est un paradigme qui rend toute étude systémique infiniment plus riche et fascinante, car elle joint la diversité empirique à la simplicité théorique. Nous venons, au cours de ce bref panorama, d'évoquer l'importance des rétroactions dans une étude systémique. Ces rétroactions ont une influence tant sur la structure que sur le comportement du système. Dans tous les cas, elles transforment la linéarité en complexité et dans tous les cas elles rendent nécessaire l'approche d'un système de manière bien plus qualitative que quantitative. Conséquences pratiques Les conséquences de ce mode de pensée pour le moins importants : les sciences de la nature connaissent une véritable révolution, entraînant les sciences économiques et sociales, et peut-être un jour, qui sait, les sciences du droit. Conséquences sur les sciences de la nature L'ordre et le chaos sont devenus pour ces sciences une occasion d'effectuer un dépoussiérage de tous les vieux dogmes qui régentaient dictatorialement leur domaine depuis des décennies. Il n'est pas un article actuel qui ne fasse à mots plus ou moins ouverts référence aux théories du chaos, ou aux conséquences d'un système envisagé de façon non linéaire. Plus qu'un constat, la complexité est en train de devenir une véritable religion, et ce n'est pas un constat d'échec, mais un véritable nouveau domaine qui s'ouvre aux scientifiques. Les outils modernes de simulation révèlent en effet que les paradoxes apparents de la complexité recèlent une logique cachée, et que le bruit n'est qu'un méta-signal qui se retrouve à toutes les échelles du système. La théorie du chaos ,maîtresse de la complexité, est donc un pôle de développement et de renouvellement pour les scientifiques d'aujourd'hui. Conséquences sur les sciences économiques et sociales Les sciences économiques se sont toujours donné pour but de prédire les évolutions et les tendances des économies de nos pays. D'innombrables théories ont été échafaudées, dont aucune n'a pu prétendre, ni à l'universalité, ni même à une fiabilité considérée comme satisfaisante. Les économistes ont donc été parmi les premiers à s'intéresser aux théories de la non linéarité, d'autant plus tôt que les phénomènes économiques sont éminemment cycliques, ce qui laissait présager de relations avec certaines propriétés répétitives des ensembles apparemment chaotiques. De nombreuses théories ont été soit affinées soit repensées par l'introduction de termes non linéaires dans les équations de simulation. Il en est résulté des modèles qui, à défaut de pouvoir être considérés comme définitivement fiables, sont comportementalement bien plus intéressants que leurs collègues linéaires. Il a par exemple été démontré que c'était la linéarité des programmes des ordinateurs qui avait provoqué le krach boursier de 1989, toutes les machines s'étant mutuellement entraîné au même moment (explosion d'une rétroaction positive). Certains sociologues semblent emboîter le pas, reconsidérant les implications économico-sociales sous un angle autrement plus critique : le progrès n'est pas forcément un bien pour le collectif ni pour l'individu, la vitesse ralentit, la productivité fait perdre du temps, etc. La complexité a recentré les sciences sociales sous le paradigme de la contre-productivité pour donner du monde une image turbulente et brouillée, mais loin de la virtuelle cristallinité dans laquelle on cherchait auparavant à la faire rentrer. Complexité et chaos sont donc pour les sociologues également des facteurs de renouveau. Conséquences sur les sciences juridiques Le droit semble moins perméable que les autres sciences aux paradigmes issus de l'ordre et du chaos. Il n'est néanmoins un secret pour personne que la complexité existe en droit. Même si la théorie s'en défend, la pratique dément au quotidien l'affirmation que le droit est un ensemble sagement hiérarchisé et ordonné. Hans Kelsen aura en vain cherché pendant vingt ans à apporter une démonstration en ce sens, qui sera par la suite plus critiquée que prolongée. Un second constat s'impose cependant : les théories actuelles du droit sont inadaptées au paradigme chaotique. Sans aller jusqu'à prétendre qu'une théorie est fondamentalement stipulative, comme le sont souvent les ontologies, il faut reconnaître que celles que nous connaissons actuellement ont surtout été construites sur des modèles fondamentalement linéaires. Positivisme, quasi-positivisme, jusnaturalisme, réalismes, toutes ces théories ont tendance à poser le droit comme une construction plane, dans laquelle les hétérarchies et les rétroactions sont exceptionnelles et facteurs potentiels d'un désordre perturbateur. La théorie du chaos, aux bases simples mais impératives, se présente donc à la science du droit comme un défi pour recentrer son paradigme sous l'angle de la complexité. Nous allons maintenant tenter d'en donner sommairement les grandes lignes. L'Ordre et le Chaos sont vus par la science du droit comme, avant tout, une méthode pour mieux appréhender sa propre complexité L'approche chaotique du droit n'en étant qu'à ses débuts, nous nous entourerons de quelques précautions méthodologiques préliminaires avant de donner l'embryon d'une méthodologie qui nous permettra de commenter un petit exemple, puis d'évoquer certains avantages et inconvénients entrevisibles de la complexité pour le droit. Introduction : Les difficultés d'une approche purement réflexive Il est périlleux pour un élément de donner une description de son système. Nous mettrons donc en garde le lecteur avant d'avancer une théorie " chaos-oriented ". Le risque d'autosuggestion Partons de la conjecture selon laquelle " plus les éléments d'un système sont trivialement connectés - au sens qu'ils sont univoquement et rigidement déterminés par leurs voisins -, plus le comportement global du réseau est global et prévisible pour un observateur extérieur, mais plus il apparaît " contre-intuitif " et non maîtrisable pour ces observateurs intérieurs que sont les éléments du réseau ". Cette conjecture nous suggère que toute théorie se doit d'être définie selon un point de vue qu'Hart qualifierait d'externe radical. Toutefois, on voit mal comment un observateur, faisant lui-même partie du réseau social supportant le système juridique qu'il étudie, et ayant de plus ses propres conceptions du système, pourrait se targuer de posséder un point de vue véritablement externe. Le danger est donc double : choisir une méthode a priori, et y infléchir sa vision objective de la réalité. Courant ces deux risques, la conception proposée ci-après sera donc à prendre de la part du lecteur avec l'approche la plus critique possible. Quelle théorie du droit pour les métaphores naturelles ? L'application des métaphores issues des sciences de la nature faisant intervenir les phénomènes non linéaires impose une définition (rapide mais) précise du système considéré. Les éléments du système : concepts, normes et institutions Nous pouvons définir les atomes du système juridique comme étant constitué de notions et de concepts, c'est-à-dire d'entités linguistiques plus ou moins élémentaires, qui réfèrent de manière plus ou moins directe à la réalité. Ces unités linguistiques s'insèrent dans des ensembles qui constituent des normes. Les normes sont distinctes de leurs composants car elles peuvent signifier plus que la somme des signifiés de leurs composants (présence de sens implicite). Ces normes sont des actes de langage émanant de certaines entités : les institutions, qui édictent (output) ou appliquent (input) les normes, modifient ou reçoivent les notions et concepts. Ces éléments définis, nous pouvons établir leurs liens. Les liens internes Les concepts et notions sont liés entre eux par des liens sémantiques (est un, est une sorte de, etc.). Ils forment ainsi une structure, un réseau sémantique. Les normes sont liées selon les auteurs, soit par des liens de supériorité-infériorité (Kelsen), soit par des liens de primarité-secondarité (Hart). On peut aussi y trouver des liens de généralité-spécialité, conformité-exceptionnalité, etc. Ce qui est intéressant dans les liens internormatifs, c'est qu'ils lient des ensembles qui véhiculent des notions et concepts, et ces flux vont donc interférer sur les structures conceptuelles même. Nous assistons donc maintenant à un système à deux dimensions interconnectées. Les institutions sont également liées par des relations de supériorité à infériorité, généralité et spécialité. C'est cette dernière structure qui est la plus apparente, et qui, en ce qu'elle est organique, prime toutes les autres. Le système prend donc une troisième dimension, interconnectée aux deux précédentes. Ces liens entre ces dimensions sont définis par des normes (constitutionnelles) dont les concepts font partiellement partie des objets de la dimension inférieure. Ces méta-normes sont édictées par des méta-institutions (Conseil constitutionnel, et tout organe constituant), selon des méta-méta-normes (règles organiques de la Constitution). Les méta-niveaux internes s'arrêtent là. Ils sont prolongés de façon exogène par des décisions qui en définitive reviennent au peuple, c'est-à-dire au système social. La troisième dimension est voulue supérieure aux premières, mais ce n'est pas une règle absolue. On entend par là qu'une institution donnée (maire, par exemple), ne pourra édicter une norme que d'une portée bien définie. Nous avons donc entre les diverses dimensions des relations théoriques de symétrie. L'ordre interne : structures et hiérarchies Nous pouvons d'ores et déjà discerner un ordre intrinsèque à une telle construction : ces éléments sont connectés selon une structure comportant des degrés graduels de rigidité, représentables sur une échelle factuel-conceptuel. Les liens entre les éléments de toutes ces structures peuvent donc ainsi être valués, formant de fait une hiérarchie, ce qui permet de retrouver aisément la place d'une norme, d'un concept, et d'apprécier la conformité de tel ou tel acte avec les méta-normes régissant l'ensemble. Ces méta-normes ne sont cependant que supplétives, et sont régies par des méta-normes implicites de niveau supérieur (nous le verrons dans notre exemple) qui régulent tout le système. Ces " super-méta-normes " sont hétérarchiques, donc non linéaires, et rendent le système complexe. Les liens externes : adéquations et inadéquations On ne peut expliquer l'existence de ces normes suprêmes implicites que si l'on considère que le système juridique est une émanation, donc un sous-produit, du système social. Une nombreuse littérature a été produite pour et contre cette conception. Nous nous placerons résolument en faveur du pour, notre modèle devenant inopérant dans le cas contraire. Cette position a pour conséquence de nous contraindre à définir les liens qui unissent le sous-système juridique avec son système parent. Considérant que le système juridique est téléologique, c'est-à-dire qu'il a été créé dans un but précis, nous le placerons dans des rapports d'adéquation ou d'inadéquation avec ce but. Posons l'hypothèse que le droit serait un régulateur social. Nous insérerons alors le droit à l'extrémité d'une boucle de rétroaction positive reliant le phénomène social à lui-même. Le flux d'informations émanerait du social, remonterait vers le juridique (phase de qualification), puis, une fois la décision inférée, redescendrait vers le social (phase d'application). Nous assistons alors à des phases d'interaction entre les deux systèmes, l'un rétroagissant avec l'autre au fil des itérations, pour aboutir à une stabilité d'ensemble : stabilité du social grâce au juridique (régulation), stabilité du juridique malgré le social (compensation). Ces deux processus sont de nature différente mais leur action est complémentaire, et permet d'assurer une continuité globale. Nous allons maintenant voir, à travers un petit exemple, comment ces différents systèmes interagissent. Exemple commenté Les noms des parties aux affaires dont il va être question ont été modifiés, certains litiges étant encore pendants devant leurs juridictions. Une société, PUB, a proposé à des pharmaciens de s'associer à elle dans le cadre de la convention suivante : le pharmacien souscrivait avec PUB une convention aux termes de laquelle il faisait l'acquisition d'un matériel audiovisuel qu'il installerait dans son officine et qui permettrait à PUB de diffuser des messages publicitaire, qui seraient regardés par les clients faisant la queue chez ledit pharmacien. Le matériel étant acheté en crédit-bail auprès d'une société LEASE, associée à l'affaire, les revenus de la publicités reversés au pharmacien lui permettaient de payer le loyer de son matériel, et même au-delà, lui rendant l'opération blanche immédiatement et rentable à terme. L'opération démarra rapidement et connu un succès immédiat. Mais les annonceurs furent si nombreux, le succès tel, que les spots devinrent trop nombreux et que, du jour au lendemain, plus personne ne voulut passer de publicité. Privée de toute ressource, la société PUB fut mise en liquidation, les pharmaciens restant liés à la société LEASE par un contrat au terme duquel ils faisaient l'acquisition d'un matériel qui leur était maintenant parfaitement inutile. Portées devant les tribunaux, les dizaines d'affaires engendrées par cette situation donnèrent lieu à une jurisprudence tout à fait intéressante. En effet, dans un premier temps, il fut reconnu en première instance comme en appel que le contrat qui liait LEASE aux pharmaciens était divisible de celui les liant à PUB, même si ces deux contrats faisaient partie d'une même opération commerciale : opération ne veut pas dire maîtrise d'ouvrage. Il fut donc jugé que les contrats de crédit-bail n'étaient pas annulables, en vertu du principe de la relativité des conventions, et il en résultat que les pharmaciens continuèrent de devoir acquitter leurs loyers échus et à échoir. Furieux de devoir continuer à payer un matériel inutile alors qu'on leur avait prétendu qu'ils n'auraient rien à payer, les pharmaciens saisirent leur Ordre, qui fit une pression telle que la Chancellerie s'en émut et donna des instructions pour que ses procureurs et avocats généraux ne requièrent pas dans ces cas de figure. Les résultats ne se firent pas attendre, et contre toute logique, la cour d'appel de Paris renversa complètement sa jurisprudence, prononçant l'indivisibilité des contrats et annulant donc les conventions de crédit-bail, faisant du coup supporter à LEASE un rude choc financier. Cette jurisprudence tint un certain temps, et permit à de nombreux pharmaciens de s'en tirer à bon compte, d'autant qu'ils ne se privèrent plus de déposer des recours en l'invoquant. Il arriva cependant un moment où les sociétés de crédit-bail commencèrent à s'émouvoir de cette jurisprudence qui les mettait dans une posture passablement délicate, en passant outre un principe fondamental de la théorie des contrats. C'est pourquoi, passé un certain nombre d'affaire, la Cour revint à plus d'orthodoxie juridique et fit machine arrière, se prononça de nouveau la divisibilité des contrats. Elle est à l'heure actuelle toujours fixée en ce sens. Quelles leçons tirer de ce cas ? Nous ne pouvons expliquer finement un tel revirement, qui ferait au sens positiviste échec au tiers exclu, qu'en invoquant la complexité des décisions. Revoyons donc le mouvement au ralenti. Initialement, nous assistons à des décisions " normales ". La décision suit le chemin dicté par la norme eu égard à la qualification retenue. Puis nous assistons à l'émergence d'une contrainte nouvelle émanant de l'ordre social (connexe mais pas identique à l'ordre public), modifiant le cheminement des inférences au niveau juridique. Pourquoi ? Parce que les décisions individuelles antérieures suscitées par le système juridique et appliquées dans le système social ont altéré la texture de ce corps social. Le nombre relativement faible d'affaires traitées ainsi ont nourri une boucle de rétroaction spéculative qui a amplifié une crainte (faillite ou difficultés financières pour les pharmaciens, voire simple sentiment d'injustice). Cette amplification a engendré une pression qui a fait basculer une décision à un échelon supérieur du système social engendrant par contrecoup une action supérieure sur le système juridique par le biais des institutions de l'appareil judiciaire (notes de la Chancellerie), et cette action a suffi à faire basculer une décision judiciaire dans un sens radicalement opposé. Observons plus finement ce changement, en-dehors de toute polémique ayant trait à l'indépendance de la magistrature. Il semble raisonnable de penser que dans ce cas précis la Cour d'appel , saisie de l'affaire au moment où le mécontentement des pharmaciens était à son paroxysme, était le suivant : si le principe de la relativité des contrats est appliqué, de nombreuses personnes vont se retrouver dans une situation financière difficile, ce qui revient à leur faire subir le risque de l'opération. Le sentiment d'injustice créé au niveau de centaines d'individus regroupés au sein d'un Ordre professionnel organisé et puissant risque de susciter un désordre social supérieur à celui qui résulterait de la faillite d'une simple société de crédit-bail. Donc il vaut mieux faire échec au principe pour inadaptation. Cette spéculation n'est autre qu'une rétroaction du juge sur lui-même, estimant par anticipation l'effet d'une décision sur le corps du social en général et du justiciable en particulier. Nous voyons également intervenir le facteur d'adéquation dont nous parlions supra, plus précisément le facteur d'adéquation téléologique (l'adéquation axiologique étant établie) comme générateur. C'est sous la montée d'une inadéquation que, passé un certain seuil, le système bascule et que ses inférences changent de direction. Il y a cependant des conséquences sur l'ensemble du système. Une modification aussi radicale d'un principe aussi essentiel (la solution consiste plus couramment à créer une exception) aboutit à modifier en profondeur l'entièreté du régime des contrats (n'oublions pas que les normes sont connectées selon trois dimensions). En l'occurrence, elle a plongé ce régime dans une instabilité potentielle, les contrats n'étant plus, en terme de validité, cloisonnés les uns des autres, et devenant extrêmement tributaires des conditions commerciales dans lesquelles ils avaient été passés, ce qui revenait à alourdir considérablement leur régime de preuve. Ces modifications allant à l'encontre de l'esprit général du droit civil et des contrats qui est d'assurer la stabilité des conventions, et par là des échanges commerciaux que sous-tend la confiance en la parole donnée, il fut jugé à un moment que les atteintes au système étaient suffisamment graves pour que (encore un raisonnement récursif d'anticipation) l'intérêt du commerce passe avant celui de quelques pharmaciens. La contrainte sociale initiale se vit donc occultée par une autre de niveau supérieur (nécessité des échanges commerciaux) qui aboutit à un nouveau basculement de la notion de relativité des contrats. Il est cependant à noter qu'en raison de la gravité d'une telle atteinte à la texture du droit par une Cour d'appel, il est fort improbable que d'autres mécanismes de compensation seraient entrés en jeu : cassation ou cantonnement jurisprudentiel de cette solution à ce cas de figure bien particulier (création d'une exception). Cette rapide et succincte analyse nous permet d'envisager quelques supputations concernant la complexité. Les vertus régulatrices de la complexité Aussi rapidement brossé, ce tableau ne donne qu'une idée partielle des effets régulateur des boucles de rétroaction. Leur aspect direct et largement spéculatif n'est cependant pas spécifique à la matière juridique. Il intervient dans quasiment tout processus décisionnel : à chaque fois qu'un acteur doit prendre une décision susceptible de produire de effets, et qu'il la prend en prenant en considération de ces effets, il effectue un raisonnement (dit en logique non monotone) rétroactif et, dans le cas (fréquent) où les facteurs sont multiples, sa décision prend la forme d'une décision complexe. Cette propriété permet de déduire qu'un ensemble de décisions liées rétroactivement à des systèmes connectés va mettre ces éléments en relation et les inscrire dans un processus d'interrelations régulatrices. Cette régulation reste à vérifier empiriquement, mais il suffit pour cela que les liaisons soient faites entre des mécanismes ayant une influence symétrique suffisante de l'un sur l'autre pour que la régulation soit assurée. Une autre voie consiste à considérer que les systèmes assurent seuls leur équilibre. L'autopoïèse : désir ou réalité ? Nous avons vu supra ce qu'est un système autopoïétique et comment il fonctionne. Nous avons également évoqué que deux auteurs se sont appuyés sur ces théories pour construire une théorie du droit : c'est le paradigme autopoïétique. Ce paradigme a été fort critiqué, et notre exemple semble le démentir. Il est en effet nécessaire, pour pouvoir l'appliquer, d'endogénéiser toutes les variables du système, ce qui revient à dire que le droit serait coupé de ses fondements factuels, et ne les recevrait plus qu'au travers d'une " membrane semi-perméable " en compensant lui-même l'influence de ces faits. Cette notion d'auto-organisation a suscité de nombreuses critiques, de la part notamment de ceux qui considèrent qu'un système ne peut être entièrement auto-déterminé, sont fonctionnement étant réglé par des règles elles-mêmes posées (en définitive) par quelqu'un ou quelque chose. Nous avons pour notre part déterminé le méta-niveau ultime de notre modèle. Il nous faut donc pour notre part chercher sa raison ultime ailleurs. Les partisans de l'autopoïèse la trouvent cependant en invoquant un argument tiré de la complexité. Atlan a été parmi les premiers à suggérer, dans son livre Entre le cristal et la fumée, que les systèmes juridiques connaissent un ordre qui résulte du bruit. C'est donc la complexité qui, à partir du bruit des chocs exogènes, permet une compensation endogène ordonnée. On pourra cependant faire remarquer que la complexité n'est pas qu'un facteur d'ordre. La complexité comme facteur de désordre Comme nous l'avons montré supra, les rétroactions qui engendrent la complexité sont soit positives, soit négatives. Nous avons entrevu l'action d'une rétroaction positive, déstabilisant un système qui se trouvait finalement compensé par des rétroactions négatives. Il ressort donc que le système juridique peut tout aussi bien renfermer des rétroactions positives, ou négatives qui, sous l'effet du passage d'un seuil par un facteur, vont devenir positives. Une difficulté consiste à prédire les changements de polarité, le seuil de renversement étant souvent tributaire d'autres rétroactions mettant en oeuvre d'autres seuils, et ainsi de suite. Complexité et implémentation Les boucles de rétroaction sont une difficulté certaine pour qui souhaite implémenter un processus complexe, mais elles sont aussi un remarquable outil de simulation. Toutefois, il est à noter que la plupart des outils de développement proposés jusqu'ici sont structurellement linéaires, c'est-à-dire qu'ils traitent séquentiellement les informations. On se retrouve alors confronté, dans les systèmes où les termes sont relativement nombreux, confronté à une explosion combinatoire de possibilités, ce qui révèle rapidement les limites de la puissance de calcul des machines actuelles. Pour simuler efficacement un processus itératif et non linéaire, il est souvent préférable de se tourner vers des machines parallèles. Sur le plan purement logiciel, l'expérience a mis en valeur les limites intrinsèques des systèmes traditionnellement basés sur des règles de production classiques (engendrant des inférences linéaires, car dans le cas de références cycliques, le système est incapable d'inférer). Or, il a été mis en lumière précédemment la nécessité de faire figurer ce genre de terme dans tout système se donnant pour ambition de simuler une décision judiciaire. Un bon compromis semble donc pouvoir être trouvé dans une combinaison de règles de production classique, de logique floue et de modèles neuromimétiques, tous ces systèmes travaillant en coopération. Aucun langage de programmation actuel ne permettant une telle combinaison, il serait assurément nécessaire de développer un langage spécifiquement adapté. Cette idée est renforcée par l'aphorisme suivant : à processus complexe, description complexe

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06 avril 2006

cybernetique introduction

REVUE INTERNATIONALE DE SYSTÉMIQUE Vol. 12, N° 4-5,1998, pp. 405 à 418 LA SYSTÉMIQUE : UN MÉTA-LANGAGE CONNECTIF Charles FRANÇOIS 1 Résumé La systémique, associée à la cybernétique, est devenue au fil des 40 der- nières années un méta-langage connectif, dont l'évolution se poursuit encore. Cette transformation était indispensable à la réalisation du programme initial des fondateurs. Il est utile de tenter de comprendre comment elle s'est produite et ce qu'elle signifie tant du point de vue pratique que théo- rique. Ceci ouvre la voie à une meilleure utilisation de la systémique pour l'étude des systèmes complexes, des possibilités de prévoir leurs adapta- tions et leur évolution et donc, améliorer leur gouvernance. Abstract Systemics, as associated to cybernetics, became along the last 40 years a connective metalanguage, whose evolution is still progressing. Such a transformation was necessary, if the original program of the foun- ders was to bear any results. It is useful to try to understand how it came about and which theoretical as well as practical significance it implies. Moreover such an understanding opens the way toward a better use of systemics for the study of complex systems, for the possibilities of fore- casting their adaptations and evolution and, consequently, their gover- nance. COMMENT LA SYSTÉMIQUE, ASSOCIÉE À LA CYBERNÉTIQUE EST DEVENUE UN LANGAGE ARTICULÉ Il n'est peut-être pas inutilement redondant de répéter que tout système est constitué de nombreux éléments organisés d'une certaine manière et en inte- raction dynamique. Il peut être en général facilement identifié et reconnu 1. Association Argentine de Théorie Générale de Systèmes et Cybernétique, Libertad 742, 1640 Martinez, Argentine. Rev. intern. systémique. 0980-1472 Vol. 12/98/04-05/ $ 7.00/© Afcet Gauthier-Villars 406 C. FRANÇOIS (c'est-à-dire perçu et représenté) par un ou, de préférence, plusieurs observa- teurs pendant une période relativement longue. Ses éléments sont articulés. Il est donc normal que sa description ait rapide- ment évolué vers plusieurs aspects intimement liés les uns aux autres - Comment différencier le système du « non-système » ? - Quels sont les parties du système ? - Quelles sont les relations entre ces parties ? - Quelles sont les fonctions des parties dans le système ? - Comment s'établit et se maintient la cohérence du système ? - Comment s'organisent les relations entre le système et son environ- nement ? Tant la cybemétique que la systémique ont tenté progressivement, avec un bonheur et une précision croissantes de donner des réponses à ces questions. D'autres éléments d'explication sont aussi venus de différentes disciplines spécialisées, entre autres la thermodynamique, la biologie, les mathématiques, la linguistique et la psychologie. Ils se sont introduits dans le corps de concepts et modèles en formation, du fait de leur caractère généralement trans- disciplinaire, que leurs créateurs n'ont pas toujours perçu à l'origine (pour un bref historique de ce long processus, voir C. François, 1997a et b). Toutefois, ce n'est que très progressivement que s'est manifestée une rigueur croissante dans le vocabulaire et la sémantique de ce nouveau langage. Considérons quelques exemples de réponses aux questions présentées ci- dessus et voyons ce qu'elles nous apprennent sur l'élimination progressive des ambiguïtés et le progrès vers la cohérence du discours systémique. Un premier exemple est la relative confusion qui existait au début entre les concepts de système ouvert, fermé ou isolé. Si l'on y réfléchit tant soit peu, il est clair qu'un système ne saurait être entièrement ouvert, c'est-à-dire sans frontière marquant ses limites dans un certain environnement: il se confon- drait indistinctement avec celui-ci et ne pourrait être identifié. Toutefois, il ne saurait davantage être entièrement fermé, car tous les systèmes que nous pou- vons observer dépendent pour leur survie de leurs échanges, avec ce même environnement. En fait, les contradictions ne peuvent être évitées que lorsqu'on comprend que tout système est sélectivement ouvert ou fermé selon la nature des intrants et des extrants - énergétiques, matériels ou informatifs - dont il dépend pour son existence. Dans la dimension temporelle il devient tout aussi évident que le système doit être dans une large mesure capable de s'ouvrir ou de se fermer selon ses propres nécessités et ]es circonstances qui se LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 407 présentent. Et, vu que ces nécessités varient, toute une dynamique adaptive doit être implicite et sous-entendue... et ultérieurement explicitée. Ce qui précède engendre immédiatement de nouvelles questions qui éten- dent le champ des concepts et modèles nécessaires ou utiles, comme par exemple: - Quelles sont les conditions d'environnement favorables ou délétères pour le système ? - Est-il capable de les reconnaître et de les différencier ? - Quels dispositifs lui permettront-ils de sélectionner ses intrants (et dans une certaine mesure de déterminer ses extrants) ? Et comment interpréter le troisième volet de notre triptyque : le système isolé ? Notons pour commencer que le système isolé, par définition, n'émet rien : ni matière, ni énergie, ni information. Il est donc inobservable ! Comment a pu naître un modèle aussi surprenant ? Son origine semble se trou- ver dans la thermodynamique classique. En effet, le système isolé n'absorbe pas davantage qu'il n'émet. Sans « subside » de son environnement, il se dégrade de manière irréversible et tend vers un niveau maximum d'entropie, c'est-à-dire dans l'interprétation de Boltzmann, de totale non-organisation sta- tistique. Il s'agit de toute évidence d'un modèle purement ad-hoc et d'un concept détaché de toute contingence pratique directe. Les tentatives d'application de la thermodynamique classique basée sur le modèle de système isolé, par exemple en biologie, conduisirent à la discussion sans issue pendant des décennies entre vitalistes et mécanicistes. Ce conflit conceptuel s'est poursuivi jusqu'à l'apparition de la biologie organismique de Woodger et von Bertalanffy (1962). La question ne fut d'ailleurs définitive- ment réglée que par l'apparition de la thermodynamique des systèmes ouverts de Prigogine (1982 - et nombreux textes antérieurs et postérieurs). La relation du tout et des parties fut une autre source de confusion et de controverses pendant longtemps. L'on écrit fréquemment que « le tout est plus que la somme des parties ». On pourrait tout aussi bien ajouter que « le tout est moins que la somme des parties », qu'« une partie est en tant que partie moins qu'un élément », puisque ce dernier abandonne certains degrés de multiva- lence potentielle; ou « plus que l'élément », puisque celui-ci acquiert dans le système une valeur de position et une valeur de relation. De ce point de vue certains abus de l'holisme font un remarquable pendant aux abus du réductio- nisme et provoquèrent des protestations de la part de certains épistémologues, comme par exemple M. Bunge (1979). Il convient donc de s'entendre et de s'expliquer clairement. 408 C. FRANÇOIS Ce besoin fut ressenti par exemple par H. Simon dans sa description de l' « Architecture de la complexité » (1965), symbolisée notamment par sa fameuse parabole des horlogers Hora et Tempus. Simon fut un des premiers à montrer clairement que le concept de système implique nécessairement celui de niveaux hiérarchiques, du moins dans les limites généralement admises de la signification du terme « système ». Plusieurs auteurs se sont occupés du thème des hiérarchies. Toutefois, celui qui lui a donné son sens le plus étendu et le plus pratique est sans doute, à par- tir de 1965, J. Miller, avec sa théorie - en fait une taxonomie - des systèmes vivants et des systèmes composés de systèmes vivants (1978). Cette taxono- mie - que tout systémiste devrait étudier, même si elle peut donner prise à quelques objections – distingue dans sa forme la plus récente (1995) 20 sous- systèmes critiques et 8 niveaux de complexité croissante, de la cellule à la société planétaire. Miller montre l'homologie structurelle et fonctionnelle des sous-systèmes à l'échelle des 8 niveaux hiérarchisés, précisant ainsi considérablement l'archi- tecture de la complexité. Par comparaison il découvre de nombreux aspects clairement identifiables de l'organisation des sous-systèmes, prouvant ainsi qu'il ne s'agit pas d'abstractions dépourvues de contenu pratique. En outre, il en tire ce qu'il appelle une méthodologie des « hypothèses trans- nivéliques » qui offre de vastes possibilités d'exploration et de généralisations, depuis la biologie jusqu'à la sociologie (ces possibilités sont encore loin d'avoir été sérieusement exploitées). La taxonomie de Miller n'est pas complète, de beaucoup s'en faut: il y manque par exemple une description satisfaisante des éco-systèmes et des sys- tèmes composites. Mais ces « trous » conceptuels ont pour effet de faire appa- raître des questions critiques qui, sans lui, n'auraient peut-être été posées que beaucoup plus tard et dans une perspective moins générale. Une objection considérable à la taxonomie des systèmes vivants était son caractère statique : les sous-systèmes fonctionnaient... mais on ne voyait pas ce qui les faisait fonctionner. Cette question a été en partie résolue par l'intro- duction en 1990 par J. Miller du 20e sous-système, le « timer », ou synchroni- seur. Toutefois, la connexion avec la thermodynamique de Prigogine et avec la synergétique de Haken (1983) par exemple reste à établir, afin de coordonner les divers aspects de la dynamique systémique. Une autre question qui est laissée relativement dans l'ombre est celle des régulations et contrôles en ternes cybernétiques. Ici la connexion serait à éta- LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 409 blir par exemple avec les idées de P. Vendryes (1942) et celles d'Ashby (1956) et dans un sens voisin, avec l'autopoièse de H. Maturana (1980). Le processus d'interconnexions conceptuelles se poursuit sans relâche. Mais un recensement s'impose, de caractère aussi encyclopédique que possible (François, 1997), tâche qui dépasse considérablement les limites du présent article. LA COMPLÉMENTARITÉ ET L'AMPLIFICATION DES SIGNIFICA- TIONS L'on observe fréquemment que les concepts systémiques appellent leur, ou leurs compléments, ou encore de nouveaux développements de leur significa- tion. Le système, par exemple, se différencie de son environnement. Mais cette affirmation demande à être précisée du point de vue des interrelations qui les unissent ou les distinguent. L'environnement est la source des intrants. Mais ceux-ci sont spécifiques, alors que l'environnement contient également un grand nombre d'éléments (et de systèmes) qui exercent une influence négli- geable ou pratiquement nulle sur le système. Il contient aussi des éléments potentiellement nocifs ou dangereux. Finalement, les sources qu'il offre au système sont d'accès facile ou difficile, peuvent s'épuiser ou être intermitten- tes, peuvent ou non être soumises au contrôle du système ou faire l'objet de concurrence entre plusieurs systèmes. En outre toutes ces situations peuvent être stables ou instables. Ce qui précède, à condition d'être développé et approfondi constitue en fait un programme de recherche de caractère transdisciplinaire, applicable à une grande variété de systèmes, tout en respectant la spécificité de chacun en parti- culier. De nombreux autres aspects de l'environnement, considérés du point de vue du système peuvent être également examinés. Un autre type de développement conceptuel correspond à l'examen critique de certaines notions. Prenons le cas de la « frontière ». En principe, elle est difficilement franchissable... Et cependant, dans de nombreux cas il faut qu'elle soit franchie. Elle peut donc être tout autant une zone d'échange qu'une limite d'exclusion. Cette constatation incite à l'étude plus précise de ses fonctions. J. Miller (1978) décrit un certain nombre de propriétés critiques des frontières et montre leur caractère général, mutatis mutandis. Il insiste notamment sur le fait que le franchissement de la frontière, dans un sens comme dans l'autre, implique très généralement une modification souvent 410 C. FRANÇOIS profonde de l'élément qui la franchit, en vue de le rendre propre à l'usage interne du système, ou au contraire à son retour à l'environnement. A titre d'exemple des possibilités d'applications pratiques de la notion, réfléchissons à ce que l'on pourrait en tirer en tant que ligne de recherche directrice générale en matière d'effluents contaminants : comme l'on sait, l'art de poser de bon- nes questions doit nécessairement précéder la découverte de bonnes réponses ! Voyons un autre exemple : la notion de stabilité. Le sens commun semble indiquer qu'un processus ou un système est néces- sairement stable ou instable. En fait c'est loin d'être aussi simple et il est cer- tainement utile de prendre conscience du fait. C'est un autre service que peut nous rendre la systémique. Tout au long du 20e siècle, la notion de stabilité n'a cessé de s'enrichir et de se diversifier. W. Cannon - héritier intellectuel de Cl. Bernard - a commencé (1932) par introduire la notion d'homéostasie (stabilité dynamique), qui impli- que la possibilité de fluctuations de certains paramètres, qui doivent se mainte- nir entre des limites définies pour assurer la survie du système (biologique dans le cas présent). L'existence de régulateurs devient immédiatement indis- pensable et l'idée apparaît successivement chez P. Vendryes (1942), N. Wiener (1948) et W.R. Ashby (1956). Elle devient alors une notion de base de la cybernétique et jette un pont entre celle-ci et la systémique. La stabilité dynamique se manifeste toutefois différemment dans les systè- mes en croissance et dans les systèmes parvenus à maturité. Ceci amène C.Waddington (1977) au concept de « chréode », c'est-à-dire pour les systè- mes qui n'ont pas achevé leur plein développement, à la superposition d'une tendance à la croissance positive et de fluctuations dans les limites de cette bande de croissance. De nombreuses autres variations sur le thème de la stabilité se sont manifes- tées au cours du temps. Vu qu'une étude détaillée de la question sortirait du cadre de cet article, citons seulement : - stabilité asymptotique à laquelle tendent les systèmes vers la fin de leur croissance, - stabilité dynamique de caractère cyclique, - combinaisons de cycles tendant à obscurcir la présence d'une stabilité dynamique complexe, - aspects thermodynamiques de la stabilité dynamique en relation avec la production d'entropie (Prigogine, 1982). Plus récemment, les limites conceptuelles entre la stabilité dynamique et l'instabilité sont devenues de plus en plus floues en relation avec les notions LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 411 d'attracteurs chaotiques (entrevus par H. Poincaré dès la fin du 19e siècle), de systèmes irréversibles loin de l'équilibre et de quasi-systèmes. Signalons en passant que le Santa Fe Institute gauchit à présent le sens du concept de complexité en laissant entendre qu'il s'agit (aussi ?) d'une propriété des quasi- systèmes, dont l'organisation est très partielle et intermittente. En fait, cette complexité fluctuante entre des niveaux variables d'organisation et de désor- ganisation, offre des caractères forts différents de ceux d'un organisme, par exemple. Revenant sur les concepts de régulation et de contrôle, l'on note d'autres ambiguïtés. De nombreuses régulations existent dans les systèmes concrets. Mais elles diffèrent profondément. Nombre de régulateurs biologiques ont pu être identifié et décrits d'une manière précise. Au contraire, les régulations écologiques sont de caractérisation et de localisation difficile, comme le mon- tre par exemple la dynamique des populations végétales et animales ou celles qui paraissent correspondre aux variations des climats. Ce semble être aussi le cas des régulations économiques naturelles, souvent mal comprises et manipu- lées à mauvais escient. Quant aux contrôles, il conviendrait sans doute de réserver l'usage du terme aux régulations construites intentionnellement par l'homme. Et une telle dis- tinction pourrait servir de base à des études critiques des contrôles, souvent basés sur l'ignorance et l'erreur, et qui sont loin de toujours instaurer des régu- lations satisfaisantes, surtout à long terme. L'on est tenté de conclure que la pensée systémique est une sorte de généra- teur conceptuel auto-catalytique... et pourrait le devenir bien davantage encore. LA SYSTÉMIQUE EN TANT QUE LANGAGE ET MÉTA-LANGAGE Dans un sens, la systémique est fille de la métaphore. Bertalanffy a écrit quelque part que la métaphore n'est nuisible que si elle est fantaisiste, et que le programme de la systémique devrait être le remplacement des mauvaises métaphores par de meilleures (c'est-à-dire justifiées par l'observation ou par leur efficacité pratique). En fait les métaphores sont des modèles intuitifs que nous usons tous, encore que, comme la prose de Monsieur Jourdain, souvent sans le savoir... et quelquefois fort mal à propos. 412 C. FRANÇOIS La systémique remplace la métaphore par l'homéomorphie ou l'isomorphie, lesquelles sont deux degrés différents de comparaison, qu'il convient de bien distinguer. Comme l'a signalé A. Korzybski (1950), la carte n'est pas le territoire : elle n'en est qu'un modèle extrêmement simplifié et n'en représente, en accord avec certaines conventions, que quelques caractères sélectionnés. C'est un modèle homéomorphique. En fait, à des degrés divers, tous nos modèles le sont, vu que le modèle complet et parfait ne saurait être autre que l'objet lui- même. Qu'est-ce donc alors en fin de compte qu'une isomorphie ? L'examen de deux exemples le fera mieux percevoir. Tout système possède un ou plusieurs régulateurs. Il est possible de décrire tel ou tel régulateur spécifique : un thermostat servant à maintenir une tempé- rature dans certaines limites ; ou le taux d'intérêt de base d'une banque centrale. Les deux descriptions, chacune homéomorphique, seront fort diffé- rentes, car elles correspondent à des dispositifs qui semblent n'avoir rien en commun. Et cependant elles ont des caractéristiques communes : tout régula- teur doit - entre autres choses - pouvoir percevoir et mesurer des différences, doit disposer d'un critère de comparaison ou étalon (« standard »), doit être muni d'un effecteur de corrections et disposer de moyens pour les appliquer et, finalement, doit mesurer les résultats... et recommencer sans cesse tout le pro- cessus. Ces caractéristiques se retrouvent sous des formes différentes dans tous les régulateurs et dans tous leurs modèles. C'est entre ces modèles qu'apparais- sent les isomorphies et ceci nous amène à construire un modèle abstrait de régulateur qui permet la compréhension générale de la notion et son applica- tion éventuelle à de nouvelles situations. Un deuxième exemple est celui de l'autopoièse. Le concept nous vient de la biologie. Mais la capacité d'un système de reproduire ses propres éléments et les interrelations caractéristiques qui les unissent correspond à des conditions indispensables de survie de n'importe quel système, qu'il s'agisse d'un ani- mal, d'une entreprise ou d'un langage. La systémique (comme la cybernétique) est donc une collection de modèles et concepts extrêmement généraux, chacun de caractère isomorphique. C'est précisément ce qui lui donne son sens et son utilité. Son efficacité maxima ne se manifestera que lorsqu'elle deviendra réellement un langage cohérent, arti- culé, non contradictoire qui se répandra dans tous les domaines de la pensée, de la recherche et de l'action. Disons tout de suite qu'il ne s'agit pas d'une LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 413 prétention « impérialiste », mais simplement de la création et de la mise à dis- position d'un outil d'études, de réflexion et de travail. L'ÉVOLUTION DU MÉTA-LANGAGE SYSTÉMIQUE 1. L'introduction de nouveauté significatives et leur harmonisation non- contradictoire L'on observe de temps à autre l'apparition de nouvelles notions et de modè- les originaux, le plus souvent dans une discipline spécialisée. Tôt ou tard, l'un ou l'autre systémiste se rend compte du caractère général de l'une de ces notions et commence à l'utiliser d'une manière nouvelle dans une ou plusieurs disciplines différentes. Le phénomène n'est pas nouveau, mais paraissait propre dans un passé même récent aux seuls modèles mathématiques, de potentiel isomorphique par nature. Il a maintenant tendance à se généraliser comme le montreront les exemples qui suivent. Une théorie mathématique abstraite récente est celle des fractals de B.Mandelbrot (1976). Son caractère fondamental semble être l'auto-simili- tude des formes à travers une série de niveaux hiérarchisés et l'on en trouve de nombreux exemples dans la nature... mais aussi dans beaucoup de modèles topologiques qui peuvent être créés artificiellement. En tant que modèle géné- ral de l'auto-similitude, les fractals présentent sans aucun doute un intérêt sys- témique considérable, tant en vertu de la réflexion qu'ils déclenchent sur la nature, la signification et les causes de l'auto-similitude que pour les compa- raisons nouvelles et originales qu'ils engendrent entre des objets ou des phé- nomenes jusqu'à présent sans relations apparentes. Les fractals semblent donc en bonne voie de s'incorporer au méta-langage systémique, mais le processus de leur intégration est sans doute encore loin d'être achevé. Un second exemple récent est la théorie des attracteurs chaotiques et un troisième, la théorie des catastrophes de R. Thom (1974), sur lesquelles la pré- sente note ne s'étendra pas. On peut partir de la notion d'auto-similitude pour retourner au concept de cycle, fort malmené tant en théorie qu'en ce qui concerne ses applications pra- tiques. Économistes, écologistes et biologistes ont déouvert un nombre consi- dérable de cycles réguliers... plus ou moins. On a même découvert des cycles fort douteux ou inexistants, en abusant de l'analyse harmonique de Fourier. 414 C. FRANÇOIS La confusion qui règne en la matière semble provenir des superpositions très complexes de nombreux cycles de période et amplitude quelquefois extrê- mement différentes, qui interfèrent entre eux. Il n'y a toutefois guère de doutes que les cycles correspondent à des phénomènes réels. Le problème est que nous ne savons pas trop comment débrouiller ces écheveaux. La solution pour- rait bien venir d'une meilleure compréhension obtenue à partir de certains concepts systémiques et cybernétiques. L'existence de cycles suggère celles, sous jacentes, de régulations à divers niveaux hiérarchiques. Elle suggère aussi la probabilité de comportements chaotiques en cas d'existences de périodes incommensurables... et celle de certains degrés d'auto-similitude. Les récentes études de K. de Greene (1988, et ultérieures) sont de grand intérêt à ce propos. Il y a là de quoi s'occuper ! Notre troisième exemple concerne la thermodynamique des systèmes irré- versibles - surtout ceux dont l'instabilité est croissante (Prigogine, 1982). Il s'agissait au début (1940-1965 approximativement) d'une recherche purement physique et chimique. Mais le sujet impliquait en même temps un problème absolument fondamental pour tous les systèmes en évolution : celui de la dissi- pation de l'énergie et de ses conséquences structurelles et fonctionnelles. Bénard s'en était occupé au début du siècle par sa fameuse (aujourd'hui) expé- rience sur les structures dissipatives, et un peu plus tard A. Lotka avec son modèle du moteur planétaire (1924) et W.Christaller en 1933 avec son modèle hexagonal de l'occupation territoriale. Mais il manquait un concept général de la thermodynamique des systèmes recevant et dissipant de l'énergie et se structurant, tout en produisant davantage d'entropie. C'est Prigogine qui l'a découvert et l'ampleur et la diversité sans cesse croissante des recherches qui en résultent montrent bien qu'il s'agit d'un concept systémique de grande géneralité. On doit regretter que la thermodynamique des systèmes irréversi- bles loin de l'équilibre et ses conséquences telles que la structuration, l'ampli- fication des fluctuations, l'émergence, la nucléation, l'augmentation de l'entropie de l'environnement, etc. ne soient guère étudiées dans leur significa- tion systémique. Ici aussi il y a beaucoup à faire en vue de réaliser l'harmoni- sation constructive désirable. 2. L'extension des significations La systémique se construit également par l'extension des significations qu'elle engendre. Ici encore deux exemples feront mieux comprendre se pro- cessus. LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 415 Le premier se réfère aux tourbillons, un sujet de recherches établi de longue date en physique. En 1950, Ch. Laville, en France, reprenant et étendant des idées plus anciennes (Weyher, 1887 !), a montré l'importance dans leur forma- tion de l'affrontement de champs énergétiques. Sur la base de nombreux exemples physiques, chimiques et biologiques il construisait une véritable théorie générale des formes, déjà pressentie en 1916 par d'Arcy W. Thompson en Angleterre. Quarante trois ans après Laville, aux États-Unis, D. McNeil (1993) retrouve la même idée indépendamment et élabore une théorie systémique dynamique des formes basée sur le concept de « toroïde » - en somme dans son centre un tube qui peut être plus ou moins étiré - compris comme le modèle le plus général de système produit par la dynamique de champs affrontés et la circula- tion résultante des flux d'énergie. Mais les années ont passé et Mc Neil connecte son modèle avec l'idée d'attracteur au sens topologique, et avec un concept de la structure (et du sous- système), compris comme stabilisation et permanence au moins temporaire de tourbillons plus localisés. On peut soupçonner que la racine de l'auto-similitude fractale à différents niveaux doit se trouver dans les environs. Et comme les champs et les tour- billons sont des manifestations de l'énergie, les structures dissipatives de Bénard et la thermodynamique de l'irréversibilité de Prigogine ne resteront sans doute pas longtemps étrangères aux tourbillons et aux toroïdes. Quant aux formes hélicoïdales elles ont une connexion mathématique avec les séries de Fibonacci (1220 !), que l'on retrouve dans les implantations foliaires de nombreux végétaux. Le second exemple, fort différent, mais tout aussi significatif, concerne le concept d'autonomie. Dans son ouvrage de 1942, P. Vendryes définissait l'être autonome comme celui disposant ses propres lois, c'est-à-dire capable de s'affranchir dans une large mesure de toute dépendance étroite de son environ- nement. L'autonomie exige un milieu interne différent de ce dernier, des régu- lateurs pour maintenir les paramètres biologiques fondamentaux dans des limites compatibles avec la stabilité dynamique et des réserves d'intervention pour rétablir L'équilibre du milieu interne lorsqu'il est compromis de l'une ou l'autre manière. C'était de la cybernétique six ans avant Wiener ! Les années passent et en Angleterre Ashby, qui ignore l'existence de Ven- dryes, introduit les concepts de contrainte et de variété interne nécessaire... pour contrecarrer les perturbations occasionnées au système par les variations de son environnement (1956, 1960). 416 C. FRANÇOIS En 1959, Lettvin, Maturana, Mc Culloch et Pitts démontrent par une fameuse expérience sur la perception visuelle d'une grenouille que: « ... l'appareil nerveux de l'oeil lui-même est construit pour détecter certains motifs de lumière » (ce qui veut dire « pas tous ») et que... « les fibres optiques transmettent seulement une certaine information opérationnelle au sujet de ces motifs au cerveau ». En résumé, la perception visuelle (et les autres perceptions) dépendent au moins en partie de l'organisation physiologique propre de chaque être vivant, à savoir de sa variété interne et de sa capacité de réguler ses intrants. Maturana poursuivra ces études avec Varela (1980) et ils finiront par en tirer la notion de l'autopoièse, capacité du système de reproduire ses propres éléments et les interrelations qui les unissent. Il en résulte par extension une nouvelle défini- tion de l'autonomie, par la voie de ce qu'ils appellent la clôture organi- sationnelle : l'être vivant se construit et se reconstruit continuellement lui- même parce qu'il contient son propre modèle... et c'est la source de son auto- nomie parce qu'il contrôle ses perceptions et est capable de maintenir son identité. Maturana et Varela d'une part, et Vendryes de l'autre, ignoraient réciproque- ment leurs travaux et encore aujourd'hui les évidentes correspondances conceptuelles ne sont toujours pas reconnues. -. Par ailleurs, les idées des deux auteurs chiliens, entre autres, amèneront von Foerster (1981) à élaborer sa théorie de l'observateur sur la base de son concept de l'Eigen (traduction approximative de ce terme allemand : le « sien propre »), tandis que les chercheurs allemands Eigen, Winkler et Schuster (1979) développeront le modèle de l'hypercycle autopoiétique. Toutes ces lignes de pensée, manifestement voisines restent encore toujours séparées, et même quelquefois ignorées les unes des autres. Comme le demandait Marga- ret Mead il y a déjà bien des années : « Qui systématisera les systémistes ? ». LA SYSTÉMIQUE, OUTIL DE PERCEPTION ET COMPRÉHENSION DE LA COMPLEXITÉ Tout ce qui précède montre l'existence d'une trame de concepts et de mode- les qui couvrent une énorme quantité de situations et d'objets pour lesquels nous ne disposions pas d'instruments de recherches avant leur apparition. Parmi ces situations et objets, on peut signaler les phénomènes non-linéai- res, les équilibres instables, les interrelations multiples entre de nombreuses entités, la complexité interne de ces mêmes entités, l'émergence de nouveaux LA SYSTÉMIQUE: UN MÉTA-LANGAGE CONNÉCTIF 417 types en général eux aussi plus complexes, les discontinutés brusques et imprévues, les chausses-trappes de la prévision et de la planification, etc... Il faut y ajouter la découverte de l'ambiguïté de notre situation propre comme observateurs, si bien décrite par von Foerster dans ses essais sur les « Observing systems », expression dotée en anglais d'un double sens significatif : l'acte d'observer des systèmes et l'observateur en lui-même en tant qu'observateur. Ces idées ont été confirmées et par des voies différentes par R.Vallée (1995). La science, au sens traditionnel du terme, semble avoir tiré du réduction- nisme cartésien à peu près tout ce qu'il pouvait donner. Comme l'a dit encore von Foerster : « Les sciences dures s'occupent de problèmes mous, mais celles qu'on appelle molles sont celles qui doivent s'occuper des problèmes durs », c'est-à-dire complexes. Il nous faut maintenant ce que J. de Rosnay a appelé un macroscope. Il est en cours de construction comme nous espérons l'avoir montre ci-dessus. Nombreux sont déjà les matériaux disponibles. D'autres, à n'en pas douter, ne manqueront pas d'apparaître encore. Mais, à situations complexes, métho- des complexes: nous ne pouvons pas utiliser pleinement les outils systdnü- ques et cybernétiques sans les assembler toujours davantage et mieux en une structure conceptuelle cohérente, mais ductile, à revoir continuellement. Tant que nous ne le comprendrons pas, nous resterons, selon l'expression frappante de J. Fourastié, ignorants de notre ignorance, ce qui est vraiment grave dans l'état actuel du monde. Nos grands problèmes présents et futurs n'attendront pas que nous soyons disposés à les confronter. Il conviendrait donc de presser le pas. Références bibliographiques W.R. ASHBY, An Introduction to Cybernetics, Chapman & Hall, London, 1956. W.R. ASHBY, Design for a Brain (2nd edition), Chapman & Hall, London, 1960. L. VON BERTALANFFY, Modern Theories of Development, Harper Bros, New York, 1962. M. BUNGE, Treatise on Basic Philosophy, vol. 4 (II): Ontology: A World of Systems, Reidel, Dordrecht, 1979. W. CANNON, The Wisdom of the Body, Norton, New York, 1963 (réédition de l'original de 1932). K. DE GREENE, The Kondratiev Phenomenon: A Systemic Perspective, Systems Research 5 (4),1988. M. EIGEN and P. SCHUSTER, The Hypercycle, Springer Verlag, Berlin, 1979. H. VON FÖERSTER, Observing Systems, Intersystems, Seaside, CA, 1981. 418 C. FRANÇOIS C. FRANÇOIS, International Encyclopedia of Systemics and Cybernetics, K.G. Saur Verlag, München, 1997. C. 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28 mars 2006

Therapie familaile et psychothérapie

THÉRAPIE FAMILIALE ET PSYCHOTHÉRAPIE. Comment la Psychothérapie individuelle et la Thérapie Familiale peuvent co-exister ?* Résumé :L’idée de ce travail vise à présenter la manière dont la Psychothérapie individuelle analytique et la thérapie familiale peuvent s’articuler dans la pratique.Le travail clinique ne présente actuellement plus les oppositions classiques des débuts de la Thérapie Familiale mais une complémentarité. Une réflexion théorique est également ébauchée. Nous nous sommes intéressés à l'influence sur la thérapie familiale de la psychothérapie individuelle. En effet Nous travaillons dans le contexte du secteur psychiatrique public, l'équipe de thérapie familiale mit en place dans le cadre d’un centre médico-psychologique reçoit des familles ou des couples dont fréquemment l'un des membres est suivit en psychothérapie individuelle. La thérapie familiale quand elle se met en place s'intrique alors avec des modalités diverses de prise en charge psychothérapeutique. Dans beaucoup de cas c'est d'ailleurs le psychothérapeute qui à adressé la famille ou le couple, et nous nous trouvons dans certains cas dans une situation ou le patient adressé semble plus motivé par la thérapie systémique que le reste de la famille, et à aussi tendance à considérer son conjoint ou le reste de la famille comme "responsable" des problèmes," puisque lui se soigne". Souvent d'ailleurs il nous est implicitement demandé une alliance sur cette position. La situation pour le thérapeute familial n'est pas facile entre la prise en compte de cette situation qui implique à la fois un des membres de la famille, parfois aussi au-delà de la famille, le thérapeute qui nous l'a adressé avec le souhait parfois de nous "faire plaisir" s’il partage nos options systémiques. Dans d'autre cas c'est dans le cadre d'une psychothérapie, mais sans adresse du thérapeute qu'une personne souhaite entreprendre une thérapie familiale ou une thérapie de couple ; cette situation est plus facile que la précédente car l'implication du sujet est plus importante, quoique la détermination linéaire puisse être tout aussi forte que dans le cas précédent. Nous avons ainsi rencontré cette situation plus fréquemment dans des thérapies de couple. Souvent aussi la personne essayera d'installer également une relation de complicité. Dans d'autre cas, la psychothérapie individuelle n'a apparemment pas de lien avec la thérapie familiale, ce n'est ni le thérapeute, ni le patient qui ont porté l'indication, mais soit un autre membre de la famille, soit un intervenant extérieur. Dans ce cas la psychothérapie sera découverte incidemment. Enfin il nous est arrivé de recevoir des demandes de thérapie familiale, à la place d’une demande de psychothérapie individuelle, qui semblait mieux indiquée. La résistance à l’égard de la psychothérapie et d’un travail analytique nous à aussi amener à rencontrer certaines familles, et plus encore des couples. Notre attention s'est portée à ce sujet il y a quelques années alors que nous entamions notre formation en thérapie familiale. Au cours de notre formation en thérapie familiale nous avions été marqués par la position de MARA SELVINI, pour qui on ne pouvait entreprendre une thérapie familiale et conjointement une psychothérapie individuelle. La position de SELVINI était d'éviter toute forme de confrontation entre le modèle systémique et le modèle analytique. Par la suite nous avons été très sensibles à la position de R.NEUBURGER quand à l'articulation entre thérapie familiale et psychothérapie individuelle, en particulier la psychanalyse, en ce qu'elle nous semblait formuler les positions en terme de complémentarité. Selon NEUBURGER dans certains cas la famille n'autorise pas l'expression d'une demande chez un quelconque de ses membres, quel que soit le symptôme ou sa gravité. La place de la thérapie familiale serait dans ces cas de permettre par une désaliénation du groupe familial, l'expression d'une demande chez un quelconque de ses membres et pas seulement celui qui est porteur des symptômes. "Ce travail s'appelle l'INDIVIDUATION" en thérapie familiale. J'évoquerai deux situations pour illustrer ce thème: Il s'agissait d'une famille qui nous avait été adressée par une collègue pédopsychiatre qui suivait un des 2 enfants en thérapie individuelle pour des symptômes phobiques Nous avons reçu cette famille en consultation familiale Lors de la première séance nous nous sommes trouvés en présence d'un jeune couple avec deux enfants ,très à l'aise ,ils nous ont relatés les difficultés qu'ils avaient avec le plus jeune enfant ,il s'agissait de "crises" répétitives ,ou l'enfant était incapable de rester avec ses parents, il évitait alors systématiquement les pièces communes et restait le plus souvent dans sa chambre. Les parents étaient très préoccupés de ce comportement très invalidant. Ils avaient tous deux pendant de longues années suivis une analyse et connaissaient bien la thérapie Familiale Ils se posaient toutes sortes de questions sur leur "dysfonctionnement". Je présente un extrait de la première séance:. THERAPEUTE: Qu'est-ce-que vous craignez. Mère: Je ne sais pas...Je crains pour Hugo qu'il ait du mal à trouver son autonomie. Il faut être bien dans sa peau. Père: Je ne me pose pas ce genre de questions. La question pour moi est celle de notre attitude. Hugo ne supporte pas que je l'embrasse. Il a peur du contact physique Mère: Si je lui fais un bisou il recule, cela est fréquent ; mais je respecte son attitude; lorsque j'étais petite, j'étais comme lui.. THÉRAPEUTE: Pour vous protéger les enfants c'est quoi? Mère: C'est sans doute suite à notre propre enfance. J'ai été choyée jusqu'à l'âge de 5 ans, j'étais élevée par mes grands parents, ensuite mes parents m'ont reprise et alors ce fut très difficile. J 'étais livrée à moi-même, mes parents se disputaient souvent… Hugo s'approche alors de son père et lui parle tout bas. A la fin de la séance nous avions conclu que de notre point de vue nous pensions que le fonctionnement de la famille nous semblait "satisfaisant" -1- mais nous avions remercié Hugo de nous avoir amené ses parents, en s'imaginant peut-être "qu'ils avaient des problèmes". Grande fût notre surprise lors de la séance suivante lorsqu'ils nous apprîmes que leur enfant allait bien. Ils nous ont expliqué en détail que leur comportement avait changé à la suite de la première séance, et qu'ils avaient compris la séquence" répétitive "où le comportement de leur fils induisait en fait une dispute au sein du couple. Depuis ils évitaient de présenter le même comportement. Les deux parents suivaient depuis de très nombreuses années une psychanalyse, et très influencés par leur tendance à se mettre en cause, ils pensaient que les problèmes de leur fils provenaient de leur propre comportement. L'autre situation que nous voulions relater concerne un couple que nous avons suivi quelques temps ; nous avions été contactés par une jeune femme qui souhaitait qu'on clarifie sa relation avec un homme dont elle partageait la vie depuis longtemps, mais qu'elle envisageait de quitter parce qu'elle ne supportait pas son comportement. Cette femme se plaignait de l'alcoolisme de son ami, de son absence de travail. Elle suivait depuis longtemps une analyse et aurait bien voulu que son ami s'engage dans cette voie afin pensait elle de modifier son comportement. En fait au cours de la séance nous avions l'impression que le suivi analytique "protégeait" la femme de toute implication dans la vie du couple et qu'elle rendait son mari responsable de tous les problèmes. A la fin de la séance nous avons choisi arbitrairement de recadrer comme protecteur -2- le symptôme présenté par l'ami en insistant sur les avantages que présentaient pour l'homéostasie du couple, les fonctions du symptôme alcoolisme. En effet devant l'insistance de la femme vis-à-vis des problèmes de son mari nous pouvions remarquer que les problèmes d'alcoolisme, leur permettaient d'occulter les problèmes du couple. . Dans les deux cas que nous avons présenter se posent la question de l'influence du cadre analytique et systémique. Dans le cadre analytique s'articule la question du sujet et son histoire. Le paradigme systémique se définit plutôt dans l'identité du système. Dans la première histoire la question nous est d'emblée posée de confirmer le "dysfonctionnement" familial. Il s'agit d'un couple qui pose d'emblée la question en terme de culpabilité devant les problèmes de leur fils. Dans l'optique systémique le symptôme n'est l'attribut ni du patient désigné, ni du système, mais structure de la communication dans le système. La réponse des thérapeutes sera de "connoter" positivement le symptôme. Qu'avons-nous dit en fait ? : Tout en remerciant Hugo d'avoir amené ses parents parce qu'il s'imagine qu'ils ont des problèmes, nous pensions que de notre point de vue leur fonctionnement est "satisfaisant". En effet il s'agissait pour le couple de se présenter comme coupable des problèmes d'Hugo, mais en même temps, à un autre niveau ils disqualifient les thérapeutes qui ne pèsent pas "lourds "par rapport à 10 ans d'analyse; les parents utilisent leur expérience de la psychanalyse comme forme de résistance au changement. A la fois ils s'estiment responsables, mais "attention nous avons déjà beaucoup travailler sur nous", préviennent-ils. Dans cette technique nous sommes assez proches de ce que préconise ELKAIM -3- ; par cela nous résistons à la résistance du patient qui se manifeste sous la forme d'un changement. Nous introduisons à la fois un changement et un non changement, à un autre niveau. Nous les rassurons sur leur "dysfonctionnement", tout en prenant en compte la fonction du symptôme. Le passage de l'approche psychothérapique classique à l'approche systémique suppose un changement épistémologique. Il ne s'agit plus de poser l'attitude des parents comme responsables des symptômes de leur enfant Mais d'envisager l'ensemble des interactions au sein du système familial et également le système famille-thérapeute. Certains aspects de la thérapie familiale déforment ce point de vue, en évoquant par exemple le problème du pouvoir, ou encore la rigidité dans la famille. Dans une conception systémique le statut de l'observateur n'est pas neutre mais partie prenante du système observé, ainsi la relation mise en place est nécessairement interdépendante. C'est cette position que l'on trouve chez de nombreux thérapeutes comme CAILLÉ,ANDOLFI,...comme élément -4- participant de la relation thérapeutique inclus dans le processus de changement. Dans cette perspective ce n'est pas la famille qui doit changer mais le système thérapeutique tout entier. On voit la différence avec la position de SELVINI sur la neutralité du thérapeute ,en effet dans cette optique le thérapeute décrit "de l'extérieur" les règles du système ,alors que de l'autre point de vue le thérapeute établit un lien émotionnel avec le système familial. Sans négliger les enjeux en cours pour autant, le thérapeute évite de conforter les constructions du monde des membres de la famille ou les siennes propres, mais offre une autre lecture de la situation en portant à son terme logique une règle du fonctionnement familial Dans la relation psychothérapeutique, nous nous situons à un autre niveau logique au sens de BATESON. Il n'y a pas incompatibilité de notre point de vue avec la démarche systémique. Si nous prenons par exemple la question du temps et celle classique, de la causalité, qui semble opposer systémiciens et analystes, il n'y a pas forcément opposition La question du POURQUOI ? , joue sans doute un rôle central dans la psychothérapie ,cependant le thérapeute individuel travaille aussi sur "l’ici et maintenant". Nous pouvons aussi dépasser l'opposition simpliste entre une vision de l'histoire selon laquelle des éléments du passé détermineraient automatiquement des éléments futurs et une lecture qui insisterait plutôt sur "l'ici et maintenant". Pour qu'un élément du passé continue à jouer un rôle important au niveau du présent, il faut que le maintien d'un comportement ait une fonction et un sens important par rapport au système où il se perpétue. Je donnerai un exemple de la manière dont un élément du passé peut dans un contexte: particulier jouer une fonction: Il s'agit d'un patient que nous suivions et qui présentait une symptomatologie de psychose maniaco-dépréssive.. Ce patient était marié à une femme qui depuis toujours avait beaucoup d'ascendant sur lui ,c'est elle qui régulièrement se manifestait lorsque son mari n'allait pas bien. Il était depuis longtemps dans la position de patient désigné ,nous pourrions dire que la relation thérapeutique se maintenait activement inopérante Il existait une escalade symétrique entre le patient désigné et son environnement familial ou thérapeutique, chacun des partenaires tentant de contrôler l'autre. Ce patient avait à plusieurs reprises fait des tentatives de suicides graves et inquiétait beaucoup tout son entourage. Lors d'un épisode il était fréquent qu'il soit hospitalisé ou encore suivit à domicile. Une fois lors d'une de ces rechutes dépressives nous nous sommes trouvés un soir au dispensaire dans une situation très embarrassante, en effet nous ne pouvions le faire hospitaliser faute de place, ni pouvoir proposer de visites à domicile à cause d'une...grève. Nous n'avons rien pût lui proposer à cause de cela, et craint ainsi que sa femme qu'il ne passe à l'acte. Or quand nous l'avons revu quelques jour après il allait bien, et cette amélioration s'est maintenu pendant plusieurs semaines. Ce patient devait nous expliquer lors de la séance suivante une partie de son passé où militant communiste il s'était heurté à son administration lors de mouvement revendicatif. Ainsi un lien s'était établi entre un élément du passé de ce patient et le contexte relationnel de prise en charge. ELKAIM appellerait résonance-5- cette assemblage particulier constitué par l'intersection de deux systèmes. A la suite de notre intervention les relations entre le système familial et le système thérapeutique sont devenues moins symbiotiques. Les éléments du passé qui ont resurgit ont sans doute contribué à dédramatiser la relation thérapeutique et mit en place une alliance thérapeutique. .Dans le travail psychothérapique les éléments du passé s'actualisent souvent dans le présent, et ce, avec l'aide du thérapeute, mais ils ne sont pas toujours rapporter au contexte relationnel dans lequel ils surgissent En ce qui concerne notre approche nous nous servons souvent des éléments de l'histoire de la famille afin de comprendre le sens et la fonction de ce vécu dans le système familial. Un système familial n'est pas une simple réalité bidimensionnelle; c'est aussi une réalité tridimensionnelle; l'histoire des relations passées s'y concrétise au présent pour pouvoir se développer dans l'avenir. La souplesse et la rigidité d'un système ne sont pas des propriétés intrinsèques de sa structure, ce sont des caractéristiques liées à sa dynamique, à un changement d'état temporellement et spatialement déterminé. . Les manifestations pathologiques se manifesteront à l'occasion de transformation ou de pression à un moment déterminé de l'histoire de la famille. Le système va se modifier pour ne pas changer en utilisant la désignation comme réponse à une demande de changement. .Le travail psychothérapique vise à restituer les potentialités de l'individu permettant un retour à l'autonomie du sujet. Celui-ci n'est pas toujours l'objet de désignation rigide dans le système familial, ce qui facilite le travail de désaliénation de la psychothérapie.. La question de l'indication de thérapie familiale est fondamentale car si l'indication est mal posée elle aboutit à un élargissement de la désignation rigide ,de l'individu à la famille, et augure de l'escalade entre le système thérapeutique et la famille. Le système familial est la condition de l'individu, dont l'émergence comme sujet est conditionné par les règles que le système se donne. En conclusion : vouloir isoler ce qu'on doit interpréter en terme systémique ou d'une autre façon, est un peu arbitraire.. L'approche systémique consiste à supposer aucune caractéristiques comme immanentes à l'objet, mais comme interactives entre telle ou telle partie de l'objet, entre l'objet lui-même et d'autres objets parmi lesquels l'observateur lui-même qui est lié à l'objet par certaines interactions. Familles et individu constitue pour paraphraser l'Ecole de ROME -6-"deux systèmes en évolution" Dr. Patrick Bantman

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27 mars 2006

eloge de l'ouverture

Dans l’optique systémique, on considère qu’une planète, un organisme, une cellule ou une personnalité sont des systèmes, et qu’ils ont un but : durer. De plus, ils ne pourraient fonctionner si leurs éléments constitutifs n’étaient pas en étroite interaction, et si l’ensemble n’entretenait pas lui-même une relation permanente avec son environnement. On dira de tels systèmes qu’ils sont ouverts. Or, c’est cette ouverture, cette possibilité de modifier l’extérieur et d’être modifié en retour, qui les rend vivants. Les systèmes ouverts et vivants ont une très faible entropie. En d’autres termes : ils sont sains et durables. C’est ce qui les distingue des systèmes fermés. On peut dire, d’une manière générale, que plus un système est simple et fermé, moins il peut évoluer. Une famille, par exemple, connaîtra d’autant plus de crises, voire d’effondrements, qu’elle sera fondée sur des principes simplistes, et refusera d’entretenir des relations avec l’extérieur. En deux mots : un système ouvert donne autant qu’il reçoit. A l’inverse - passez-moi l’expression - un système fermé est constipé. Pour lutter sainement contre la dégradation exercée par le temps, un système doit donc se laisser traverser par un flux, admettre information, énergie et matière en provenance de son environnement, et pouvoir expulser les déchets. A défaut de quoi, il consommera son énergie interne et mourra. Ceci est aussi valable pour la société ou n’importe quel groupe, familial ou professionnel, que pour l’individu, son organisme physique, son psychisme ou son intellect...

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16 février 2006

un bon texte de base (auteur inconnu)

Au début des années 1980, la parution du livre de Paul Watzlawick «L’invention de la réalité », les travaux de Ernst Von Glaserfeld, de Heinz Von Foerster (travaux sur la 2e cybernétique) et de Humbert Maturana et Francisco Varda (travaux sur la perception) apportent une modification de certains aspects de l’épistémologie systémique.  On ne voit pas les systèmes humains comme ayant seulement une tendance à l’homéostasie mais aussi comme ayant des potentialités évolutives dans des directions imprévisibles.   

C’est le passage théorique de la première cybernétique à la deuxième cybernétique.  Les systèmes sont considérés comme étant en évolution, constamment en mouvement, influencés par les autres systèmes avec qui ils sont en interaction.  Dans la première cybernétique, le thérapeute était vu comme étant à l’extérieur du système, l’observant de façon neutre.  Dans la deuxième cybernétique, il est perçu comme faisant partie de la «réalité observée», comme participant à la «co-construction» de la réalité de ce système :  Un nouveau système se forme :« famille et thérapeute ». 

Le symptôme n’est plus perçu comme ayant comme fonction de maintenir l’homéostasie dans le système, mais comme indiquant un état de crise et un désir d’évolution.

De cette nouvelle épistémologie naît le constructivisme. Le dictionnaire clinique des thérapies familiales systémiques nous en donne la définition suivante :  «Selon cette école de pensée, la réalité sur laquelle se fonde une connaissance (épistémologie) ne préexiste pas à l’observation.  Elle est construite par l’observateur sous la forme de modèles, de paradigmes ou de cartes.  Ceux-ci entretiennent avec l’environnement un rapport lui-même soumis à une constante évolution.  On ne cherche pas ici à connaître la réalité, mais à mieux comprendre comment les modèles se construisent et de quelle manière ils peuvent servir à atteindre des finalités pragmatiques.  » (Benoit et col., 1988, p. 81)

Luidgi Onnis parle de circularité constructive entre observateur et système observé.  Il voit le rôle du thérapeute comme celui d’introduire dans le système des éléments d’une plus grande complexité, d’introduire de nouvelles informations, de lui apporter d’autres choix possibles, d’autres alternatives, de façon à remettre en marche le processus évolutif.  Selon ses dires, la famille créera elle-même les formes et les directions, tout à fait imprévisibles, de son propre changement. 

Dans son article « Le renouvellement épistémologique de la thérapie systémique », il souligne la multidimensionnalité du processus mental : la spécificité de l’individu, le système auquel il appartient, ses comportements agis dans l’ici-et-maintenant et son histoire sont des niveaux différents d’une même réalité humaine qui sont complémentaires et en corrélation. 

Le thérapeute familial doit apprendre à développer une analyse systémique.  En observant le processus interactionnel, il identifiera d’abord la structure des systèmes faite de triangles, de règles et de rôles qui rendent prévisibles les interactions familiales. 

Dans cette analyse, il devra tenir compte également des loyautés, des mythes, des secrets et des différents cycles de la vie du système. Un système familial peut en effet vivre différents stades de développement, différents cycles de vie : la formation du couple, la naissance des enfants, la période de l’adolescence, le départ des enfants, le vieillissement...  Chaque nouvelle étape demande des changements au sein des relations entre les membres.  Des réajustements doivent être faits.  Certains systèmes plus rigides vivent difficilement ces périodes de transition et ne trouvent pas une réponse adéquate face à l’exigence de changements.  C’est souvent à ce moment que des symptômes peuvent apparaître chez un des membres de la famille. 

Afin de nous aider à organiser l’information obtenue sur un système, différents instruments peuvent être utilisés, tels la carte familiale et le génogramme. Le génogramme est un graphique représentant une constellation familiale sur plusieurs niveaux générationnels.  Ce génogramme peut donner des informations concernant les noms, les prénoms et la filiation.  Il peut également indiquer des dates de naissance, de mariages, de maladies ou de décès (Benoit et coll., 1988, p. 220). 

Le thérapeute fera des hypothèses circulaires quant aux différentes fonctions du symptôme.  Elles lui permettent de faire un choix de stratégies d’intervention.

Le thérapeute est actif, interventionniste. Il favorise des transformations systémiques en utilisant différentes techniques.  Nous en présenterons quelques exemples : la prescription de tâches comportementales à effectuer durant les entrevues ou à la maison, l’utilisation du recadrage et du paradoxe et le questionnement circulaire.

Les tâches favorisent l’exploration de nouveaux patterns relationnels qui ne seraient pas apparus naturellement au cours des transactions familiales.  Elles offrent de nouvelles possibilités de restructurer la famille. 

Diverses applications sont possibles à l’intérieur du paradigme de la thérapie systémique.  L’approche systémique nous sensibilise à l’importance d’être attentif à l’influence des différents contextes sociaux sur le comportement d’un individu. Pensons par exemple à l’impact du rapport entre la famille de l’enfant et le personnel scolaire sur le comportement du jeune étudiant. 

La pensée systémique peut s’appliquer à comprendre des systèmes plus grands tels que l’organisation des différents établissements scolaires, hospitaliers, psychiatriques... Ces systèmes institutionnels ont aussi leur structure, avec des rôles, des règles, des jeux relationnels passés et présents, des finalités, une histoire.  Mara Selvini Palazzoli et son équipe fournit plusieurs lectures systémiques de différentes organisations dans ses volumes Le magicien sans magie et Dans les coulisses de l’organisation. 

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13 février 2006

Un décideur est un système, tel qu'il a déjà été défini par Bertanlanffy (68). Mais comme des auteurs plus récents tels que Varela, Maturana (Vaerala et Maturana 74) ou encore Morin (90) nous le font remarquer, un système est plus qu'un ensemble d'éléments en interaction. Avec LeMoigne(84:61/62) on dira qu'un système est "un objet, qui, dans un environnement, doté de finalités, exerce une activité et voit sa structure interne évoluer au fil du temps, sans qu'il perde pourtant son identité unique". Nous dirons qu'un système c'est:

  • quelque chose (n'importe quoi, présumé identifiable),

  • qui dans quelque chose (environnement),

  • pour quelque chose (finalité ou projet),

  • fait quelque chose (activité = fonctionnement),

  • par quelque chose (structure),

  • et qui se transforme dans le temps (évolution).

La constitution d'un système ne peut pas se faire par simple énumération de ses éléments "visibles", mais par une sorte de triangulation (Le Moigne 84:64): "...elle pondère une définition fonctionnelle (ce que l'objet fait), une définition ontologique (ce que l'objet est) et une définition génétique (ce que l'objet devient)". Cette trialectique de l'Etre, du Faire et du Devenir nous permettra seulement de construire les éléments et les interactions du système que nous désirons modéliser. Le modèle est ainsi un langage pour parler d'un système

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08 février 2006

une bonne introduction

Pour_une_approche_relationnelle_de_la_th_rapie_familiale.doc

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07 février 2006

autopoièse

Autopoïèse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

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Le terme autopoïèse vient du grec auto (soi-même), et poièsis (production, création). Il définit la propriété d'un système à se produire lui-même (et à se maintenir, à se définir lui-même). Le terme fait référence à la dynamique des structures en équilibre instable, c’est-à-dire des états organisés (appelés structures dissipatives) qui restent stables pour de longues périodes en dépit de la matière et de l’énergie qui passent à travers.

L'approche autopoïétique de Maturana et Varela est née à Santiago du Chili à partir de l'article Autopoietic Systems qui a été présenté dans un séminaire de recherche organisé par l'Université de Santiago en 1972. Notez que Varela utilise en français l'orthographe autopoièse, par exemple dans Autonomie et connaissance (traduit sous sa supervision).

Selon Varela, « un système autopoïétique est organisé comme un réseau de processus de production de composants qui

  • régénèrent continuellement par leurs transformations et leurs interactions le réseau qui les a produits
  • constituent le système en tant qu'unité concrète dans l'espace où il existe, en spécifiant le domaine topologique où il se réalise comme réseau. »

L’exemple canonique d’un système autopoïétique et l’une des entités qui ont motivé Varela et Maturana à définir l’autopoïèse, est la cellule biologique. La cellule eucaryote par exemple est faite de composants biochimiques variés, comme les acides nucléiques et les protéines, et est organisée dans des structures limitées comme le noyau de la cellule, diverses organelles, une membrane de cellule et le cytosquelette. Ces structures basées sur un flux externe de molécules et d’énergie « produit » les composants qui, à leur tour, continuent de maintenir la structure contenue, ce qui permet la croissance de ces composants.

Un autre exemple frappant est la Grande Tache Rouge sur Jupiter qui est essentiellement un tourbillon gigantesque de gaz dans la haute atmosphère de Jupiter. Ce vortex a persisté pour beaucoup plus longtemps (de l’ordre du siècle) que la moyenne de temps que n’importe quelle molécule de gaz a passé dedans.

Un système autopoïétique est à comparer avec un système « allopoïétique » comme une usine de voitures, qui utilise des composants bruts pour fabriquer un véhicule (une structure organisée) qui est autre chose qu’elle-même (une usine).

Une application du concept à la sociologie peut être trouvée dans la théorie des systèmes Luhmann. Une expérience d'interaction collective temps réel en ligne appelée le générateur poïétique permet d'observer concrètement - et de participer à - des phénomènes poïétiques; tandis que l'approche autopoïétique de Limone et Bastias a été popularisée à l'École de commerce de l'Université Catholique de Valparaiso, à partir de la thèse de Aquiles Limone (publiée en 1977) et le modèle CIBORGA (popularisé de 1998) avec la collaboration de Luis Bastias, Cardemártori et autres.

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Voir aussi

Théories Gaïa, systémique, Auto-organisation, Autorégulation, Homéostasie, Complexité, émergence, Groupe de Santa Fé.

Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Autopo%C3%AF%C3%A8se »

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