10 avril 2006
redevenir auteur de sa vie
Conversations pour redevenir auteur de sa vie |
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Lorsque les gens consultent des counselors, ils racontent des histoires. Ils parlent de ce qui les amène en thérapie et, en général, expliquent ce qui les a conduit à prendre la décision de chercher de l’aide. En général, ils partagent aussi la manière dont ils comprennent l’histoire de leur problème/situation difficile/embarras. En faisant cela, les gens relient les événements de leur vie en séquences qui se déroulent à travers le temps selon un thème/une intrigue. Simultanément, ils font systématiquement référence aux personnages/protagonistes figurant dans l’histoire et partagent avec le counselor leurs conclusions concernant l’identité de ces personnages/protagonistes. |
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Les conversations pour redevenir auteur invitent les gens à faire ce qu’ils font systématiquement –c’est-à-dire, à relier les événements de leur vie en séquences qui se déroulent à travers le temps selon un thème/une intrigue. Cependant, pour ce faire, on les aide à identifier les événements de leur vie les plus laissés de côté - les résultats uniques ou exceptions - et on les encourage à placer ces événements dans les répliques d’une histoire alternative. |
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Ces résultats uniques ou exceptions commencent par fournir un point de départ aux conversations. Ils offrent une porte d’entrée vers les répliques d’une histoire de vie alternative dont, au début de ces conversations, on ne voit que de fines traces, et qui sont pleines de blancs et pas clairement formulées. Au fur et à mesure que ces conversations avancent, le counselor construit un échafaudage au moyen de questions qui encouragent les gens à remplir les blancs. C’est un échafaudage qui aide les gens à aller chercher leur expérience vécue, à étendre et à exercer leur imagination et leur ressources de construction de sens et qui engage leur fascination et leur curiosité. En résultat, les répliques de l’histoire de vie alternative des gens s’étoffent et s’enracinent plus profondément dans leur histoire, les blancs se remplissent et ces répliques sont clairement formulées. |
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Pour construire cet échafaudage, le counselor navigue dans des questionnements sur « le paysage de l’action » et sur le « paysage de l’identité ». On peut considérer (à la suite de Jérôme Bruner) que les histoires de vie et d’identité personnelle des gens composent les « paysages de l’esprit » eux-mêmes constitués des paysages de l’action (événements reliés en séquences à travers le temps selon un thème/une intrigue) et des paysages de l’identité (conclusions identitaires façonnées par les catégories identitaires culturelles contemporaines). C’est au moyen des questions d’échafaudage que ces paysages alternatifs de l’esprit se trouvent richement décrits. |
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Les conversations pour redevenir auteur re-vivifient les efforts que font les gens pour comprendre ce qui leur arrive dans la vie, ce qui est arrivé, comment c’est arrivé, et ce que tout cela signifie. Ainsi, ces conversations incitent les gens à se ré-engager fortement dans leur vie et dans leur histoire et leur offrent des options pour habiter plus pleinement leur vie et leurs relations. Il y a des parallèles entre les compétences nécessaires aux conversations pour redevenir auteur et les compétences requises pour écrire des textes de facture littéraire (le livre « Les Moyens Narratifs au Service de la Thérapie » a été originellement publié en 1989 sous le titre « Les Moyens Littéraires au Service de la Thérapie »). Entre autres choses, les textes de facture littéraire incitent le lecteur à se ré-engager fortement dans nombre de ses propres expériences de vie. C’est par ce ré-engagement fort que les blancs dans l’histoire se remplissent et que le lecteur vit l’histoire comme si c’était la sienne. |
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Comme pour les textes de facture littéraire, l’échafaudage fourni par les questions de ces conversations permettent aux gens de répondre et de remplir les blancs dans les paysages alternatifs de l’esprit. Ces questions ne sont pas orientées vers le déjà-connu d’une manière qui précipiterait des réponses irréfléchies, résultant de l’ennui et d’une familiarité aiguë avec le sujet. Et ces questions ne sont pas orientées non plus vers ce qui pourrait être connu d’une manière qui précipiterait des réponses irréfléchies, résultant de la fatigue et de l’échec à identifier le moins familier. Comme le développement de n’importe quelle compétence, l’expression de questions d’échafaudage est une compétence qui s’acquiert par la pratique, par plus de pratique et par encore plus de pratique. |
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Au fur et mesure que les conversations pour redevenir auteur évoluent, elles offrent aux gens des conditions dans lesquelles il leur devient possible de faire un pas dans le proche avenir du paysage de l’action de leur vie. On pose des questions qui les incitent à produire de nouvelles propositions d’action, à expliciter les circonstances qui pourraient favoriser ces propositions d’action et à faire des prédictions concernant le résultat de ces propositions. Ces questions sont rarement introduites avant que de riches conclusions n’aient été développées dans le paysage de l’identité. |
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Au début les gens ont tendance à répondre aux questions du paysage de l’identité en produisant des conclusions identitaires basées sur les catégories structuralistes de l’identité bien connues –besoins, motivations, attributs, traits, forces, déficits, ressources, propriétés, caractéristiques, pulsions, etc. Ces conclusions identitaires structuralistes offrent invariablement une base faible pour savoir comment avancer dans la vie. Au fur et à mesure que les conversations évoluent, les gens ont l’occasion de produire des conclusions identitaires basées sur les catégories non-structuralistes de l’identité bien connues –intentions et buts, valeurs et croyances, espoirs, rêves et visions, engagement dans des façons de vivre, etc. C’est en développant des conclusions identitaires non-structuralistes que les gens trouvent l’occasion de prendre progressivement de la distance par rapport à leur vie, et c’est de cette distance qu’ils apprennent à savoir comment avancer. C’est de cette distance qu’ils trouvent l’occasion d’engagements forts plus significatifs dans leur propre vie, et peuvent faire les pas suivants pour habiter leur existence. |
23 mars 2006
thérapie narrative
Prendre soin des conséquences des traumas par Michael White Il y a des manières contemporaines de comprendre la douleur psychologique et la détresse émotionnelle résultant de traumas qui éclipsent les nombreuses complexités et particularités de l'expérience traumatisante vécue par les gens et l'expression de leur expérience. Certaines de ces manières de comprendre relient de façon "naturelle" et linéaire le trauma et la douleur psychologique/détresse émotionnelle, et ceci peut mener à ne pas saisir pleinement les conséquences des conversations thérapeutiques. Les conversations thérapeutiques sous-tendues par ces manières contemporaines de comprendre les choses peuvent contribuer à construire un sentiment de soi sensiblement fragile ou vulnérable, et à laisser les gens avec l'impression vive que leur personne est toujours susceptible d'être offensée d'une manière contre laquelle on les presse justement de se défendre. Ceci ferme les options d'action que les gens pourraient avoir concernant les situations difficiles de leur vie et diminue leur sentiment de savoir se diriger dans la vie en général. D'autres façons de prendre en compte... Il y a d'autres manières de comprendre la douleur psychologique et la détresse émotionnelle résultant de traumas qui prennent en compte ces complexités et particularités, et qui portent l'attention sur la responsabilité qu'ont les thérapeutes à façonner des conversations thérapeutiques qui contribueront à construire un sentiment de soi "robuste" plutôt que "fragile". Il s'agit de développer un sentiment de soi qui : de l'avis des gens, est plus respectueux de leur vie ; ouvre des options d'action pour les gens concernant les situations difficiles de leur vie ; et renforce leur sentiment de savoir se diriger dans la vie en général. 5 points seront évoqués : 1. La douleur comme témoignage 2. La détresse comme hommage 3. La douleur et la détresse comme proclamation de réaction 4. L'expression de la douleur et de la détresse comme mouvement 5. La douleur psychologique et la détresse comme éléments d'héritage 1. La douleur comme témoignage La douleur psychologique permanente résultant d'un trauma dans l'histoire de vie des gens peut être considérée comme un témoignage de l'importance de ce que la personne tenait pour précieux et qui a été violé pendant l'expérience du trauma. Cela peut inclure : des buts de vie chers ; des valeurs et des croyances prisées concernant l'acceptation, la justice et l'équité ; des aspirations, des espoirs et des rêves estimés ; des visions morales de comment les choses pourraient être dans le monde ; des promesses, vœux et engagements importants concernant les attitudes dans la vie, etc. Si la douleur psychologique peut être considérée comme un témoignage de tels buts, valeurs, croyances, espoirs, rêves, visions morales et engagements, alors l'intensité de cette douleur peut être considérée comme un reflet du degré de préciosité de ces états intentionnels chez les gens. Les conversations thérapeutiques offrent un contexte qui permet d'identifier, de ressusciter et de reconnaître richement ces compréhensions. C'est dans ces conversations que les gens ont l'occasion d'expérimenter le fait de faire un avec un éventail de conclusions identitaires positives qui supplantent nombre de "vérités" identitaires négatives dans lesquelles ils s'étaient laissés entraîner en conséquence des traumas qu'ils avaient subis. 2. La détresse comme hommage La détresse émotionnelle quotidienne résultant d'un trauma dans l'histoire des gens peut être considérée comme un hommage à leur capacité à maintenir une relation avec tous ces buts, valeurs, croyances, aspirations, espoirs, rêves, visions et engagements tenus pour précieux -avec leur refus d'abandonner ou d'être séparé de tout ce qui a été si puissamment maltraité et avili dans le contexte du trauma, de ce qu'ils révéraient et continuent de révérer. Si une telle détresse émotionnelle peut être considérée comme un hommage à la détermination des gens à maintenir une relation avec ce qui a été puissamment maltraité et avili dans le contexte du trauma, alors l'intensité de cette détresse peut être considérée comme un reflet du degré de préciosité de ce que la personne a continué à révérer et avec quoi elle a maintenu une relation. Les conversations thérapeutiques offrent aux gens un contexte pour reconnaître leur refus d'abandonner ce qui a été si puissamment maltraité et pour explorer leurs compétences à maintenir une relation avec ces états intentionnels, ce qui peut sensiblement rehausser leur sentiment de qui ils sont et de quoi il est question dans leur vie. 3. La douleur et la détresse comme proclamation de réaction Explorer la description précise de ce témoignage et de cet hommage peut fournir une base pour identifier les réactions des gens au trauma qu'ils ont subi. Les gens réagissent toujours aux crises dans leur vie, même quand ces crises sont le résultat d'un trauma, dans des circonstances où ils sont relativement impuissants à échapper au contexte ou à mettre fin à ce qu'ils sont en train de subir. Ces réactions, que l'on peut considérer comme des actes de réparation façonnés par les états intentionnels des gens, sont rarement repérées et reconnues, et souvent ridiculisées et diminuées dans le contexte du trauma. En conséquence, les gens accordent rarement de valeur ou de sens à ces réactions qu'ils ont amorcées. Cette manière de comprendre les choses peut fournir une base pour explorer dans quelle mesure la douleur et la détresse des gens est aussi une proclamation de leur réaction au trauma qu'ils ont subi. Dans les conversations thérapeutiques, ce que la personne tenait pour précieux et a continué de révérer peut devenir connu, et ceci fournit la base d'un recueil d'information sur ce qui a façonné sa réaction à l'épreuve qu'elle traversait. Ce type de recueil d'information met l'emphase sur les actions que les gens entreprennent et qui reflètent l'exercice de leur influence personnelle en accord avec leurs états intentionnels et c'est parfois, de prime abord, complètement hypothétique. 4. L'expression de la douleur et de la détresse comme mouvement Dans notre monde contemporain, les manières de comprendre l'expression humaine sont invariablement façonnées par une longue tradition de pensée dualiste. Par exemple, les considérations sur l'expression humaine sont systématiquement façonnées par des dualités sensation/signification, affect/cognition, émotion/pensée. Lorsqu'on remet en question cette tradition de pensée, il devient possible d'accueillir l'idée que toutes les expressions de vie sont des unités de sens et d'expérience, et que toutes ces expressions façonnent ou constituent la vie. Les expressions de vie peuvent être considérées comme des mouvements qui transportent la vie, des mouvements par lesquels les gens deviennent autres qu'ils étaient. Quand l'expression de la douleur psychologique et de la détresse émotionnelle est prise dans le type de compréhension dualiste décrite ci-dessus, ces mouvements de vie sont rarement repérés et reconnus et il en résulte qu'ils prennent la forme d'une série « d'à-coups ». Dans ce cas, la possibilité que ces mouvements aient des effets significatifs et durables dans la vie des gens est perdue et il est très probable que les gens vont en tirer un sentiment que leur vie est gelée dans le temps. Quand l'expression de la douleur psychologique et de la détresse émotionnelle peut être comprise comme une unité d'expérience et de sens qui façonne ou constitue la vie, la porte s'ouvre pour un recueil d'information qui identifie et décrit richement le lieu où cette expression amène les gens dans leur mouvement de vie. C'est au moyen de tels recueils d'information que l'aspect « transportant » de cette expression peut être reconnu et que ce qui ne serait autrement qu'une série d'à-coups, peut être introduit dans des thèmes qui ont des effets durables. C'est dans le contexte d'un tel recueil d'information que les gens tirent un sentiment que leur vie se déroule dans le sens de leur direction préférée. 5. La douleur psychologique et la détresse comme éléments d'héritage La douleur psychologique et la détresse émotionnelle peuvent être comprises comme des éléments d'un héritage exprimés par des gens qui, face au manque de réceptivité du monde qui les entoure, restent déterminés à ce que le trauma qu'eux-mêmes et d'autres ont traversé ne soit pas pour rien -les choses doivent changer en raison de ce qu'ils ont traversé. Grâce à cette compréhension, malgré l'absence d'une reconnaissance plus étendue que les choses doivent changer, ces gens deviennent des gardiens qui ne laisseront pas tomber le sujet et qui restent en garde contre des forces visant à atténuer leur expérience et risquant de reproduire le trauma dans la vie d'autres personnes. Dans le contexte des conversations thérapeutiques, et en engageant la participation de témoins extérieurs dans ces conversations, il est possible d'honorer de manière significative l'héritage exprimé par la doubleur psychologique et la détresse émotionnelle et de le partager avec d'autres. La manière dont les gens s'appuient sur leur expérience intérieure du trauma lorsqu'ils reconnaissent ce que d'autres ont traversé et qu'ils leur répondent avec une compassion qui touche leur vie et qui fait émerger un sentiment de solidarité, peut aussi être reconnu de manière significative. De plus, ces conversations thérapeutiques peuvent fournir un contexte pour reconnaître fermement comment ces gens, par l'expression de leur douleur et de leur détresse en relation avec le trauma, invitent les autres à être plus déterminés dans les positions qu'ils prennent vis-à-vis de ce qui est équitable et juste et de ce qui ne l'est pas. Michael White -------------------------------------------------------------------------------- Michael White est, avec David Epston, le créateur de la Thérapie Narrative. La thérapie narrative est le dernier né du courant dit de la troisième vague des thérapies brèves qui inclut également la thérapie orientée vers les solutions. Michael White et David Epston, sont deux psychologues australiens. Bien que pratiquée depuis le début des années 1980, la thérapie narrative n'a été connue publiquement qu' à partir de leur livre "Narratives Means to Therapeutic Ends" publié en 1990. L'essentiel du présent texte est tiré du livre "Narrative Therapy" de Freedman et Combs, deux américains qui ont contribué à vulgariser cette approche en Amérique du Nord
16 mars 2006
le post-modernisme en psychothérapie
Vers une thérapie familiale ultra-moderne Pr Juan Luis Linares
22 février 2006
Von Foerster
Auto-référence et émergence
de l’observateur
Heinz Von Foerster au dernier congrès de bruxelles
émerge lentement apparaissant progressivement derrière le pupitre,
s’élève de plus en plus haut, reste comme suspendu un instant,
redescend lentement, puis s’exprime:
Mesdames et
messieurs :
Comme vous pouvez le constater
j'ai pris le titre de cette session
au sérieux : "auto-référence
et émergence de l'observateur".
Je l'ai pris tellement au sérieux
que j'ai même regardé "émergence"
dans le dictionnaire.
Qu'est-ce que cela signifie?
D'où vient ce mot ? J'ai appris dans le dictionnaire de
l'héritage Américain de la langue anglaise que "émergence"
est une notion secondaire. La notion primaire
est d'être sub-mergé. Cela veut dire, que nous sommes
d'abord dans le terme "merge" duquel nous émergeons.
Maintenant, qu'est-ce que ce "merge" ?
Ceci n'était pas facile à découvrir, mais après une
recherche étymologique approfondie je crois que
nous pouvons dire que le terme "merge" comprend un
état de brouillard indéfini, impersonnel et nébuleux
dans lequel nous sommes tous submergés, et dont
nous devons émerger pour devenir celui que
nous décidons d'être.
Avec ma démonstration introductive de l'émergence
je pense ne pas trop parler de ce processus miraculeux,
étant donné que notre jury comporte les émergéologistes
les plus compétents qui vont nous illuminer
sur ce sujet.
De façon plus technique
bien sûr je devrais parler
de nos orateurs, comme
d'ontogénéticiens, ou
comme ils préfèrent
s'appeler : "de constructivistes",
"des constructivistes
radicaux", "d'accoucheurs",
etc... ; Où
alors, s'ils viennent de
l'école de la pensée de
Prigogine, on pourrait
les appeler ceux "qui
vont l'être ou devenir".
Dans ma version, si on
ne veut pas se prendre pour quelqu'un qui va de soi
comme étant un être humain, mais comme un être
qui devient, c'est à dire un "être devenant".
Ceci est, bien sur, la perspective des existentialistes,
qui sont partis de la signification de la racine
latine "exsistere" : prévenir, survenir, apparaître.
Pour moi, José Ortega y Gasset le dit de façon plus
remarquable:
"L'Homme n'a pas une nature, mais une histoire...
L'Homme n'est pas une chose, mais un drame... Sa
vie est quelque chose qui doit être choisie, inventée
alors qu'il progresse, et un homme est dans ce
choix et cette invention. Chaque homme est son
propre auteur, et bien qu'il puisse choisir entre être
un auteur original et un plagiaire, il ne peut échapper
à ce choix... Il est condamné à être libre".
Effectivement, nous sommes
condamnés à être libre ! Des trois concepts : "autoréférence",
"émergence",
et "observateur" qui
composent le thème de cette session,
permettez moi de traiter maintenant
de celui "d'observateur". Si
nous prenons la perspective existentialiste,
nous comprenons que
quand un observateur émerge finalement,
toute observation est déjà
faite. Donc, nous devons nous
concentrer sur le fait d'observer, et
nous pourrions appeler notre session
"observer l'auto-référence en
émergence". Je pense, que cette
paraphrase du titre original peut
suggérer plus explicitement l'interaction
de nos trois concepts, dont
chacun doit son existence (émergence)
aux deux autres.
Il y a 400 ans le sceptique français
Michel E. De Montaigne avait constaté
que l'essence même de l'observateur
n'était pas tellement servare
(de servir), animadversare
(d'attendre), spectare (de regarder),
contemplare (de contempler),
conservare (de conserver), etc...,
mais est distinguere (de séparer,
de diviser).
Il y a dix ans le logicien anglais G.
Spencer Brown a écrit un petit livre
de grande importance dans lequel
il dit : "le thème de ce livre est que
l'univers nait quand un espace est
séparé ou démonté". Il appela son
livre "Les lois de la forme" et le premier
paragraphe du premier chapitre
"Forme" se lit ainsi :
"Nous prenons comme acquit l'idée
de distinction et l'idée d'indication,
et que nous ne pouvons pas faire
une indication sans faire une distinction.
Nous prenons donc la
forme de distinction pour la forme".
Et la première directive du deuxième
chapitre "les Formes sorties de
la Forme" est :
"Construction
Faites une distinction".
Il est facile de noter qu'ici à nouveau
nous avons une triade de
concepts mutuellement dépendants
quand nous permettons
qu'"observer" s'associe "à distinguer"
et "indiquer", où chaque
concept a besoin des deux autres
pour apparaître.
Francisco Varela a appelé les
développements logiques fascinants
de G. Spencer Brown un
"calcul d'indication". Mais il a aussi
remarqué un aspect encore plus
fascinant de pareilles constellations
de concepts qui ont besoin
les uns des autres pour exister,
notamment que ces constellations
ont besoin elles aussi d'ellesmêmes
pour exister. Aussi, il a
élargi ce "calcul d'indication" à un
"calcul d'auto-référence".
Laissez-moi maintenant dire
quelques mots sur le fait de s'auto-
référencer en tant que composant
inévitable d'observer et, bien
sur, d'émerger.
L'approche orthodoxe
appliquée aux références
qui se ramènent à la référence
est, comme vous le savez
tous, d'éviter une telle référence
comme la peste. Cette phobie se
justifie habituellement par la crainte
que ces réflexions permettent aux
paradoxes d'apparaître. Et je suis
sûr que vous pouvez tous vous rappeler
les dégâts occasionnés par
les propositions paradoxales aux
catégories logiques d'orthodoxie
soigneusement répertoriées. Dans
ce classement, la Vérité et le
Mensonge sont soigneusement
séparés : si nous regardons ces
termes sous l'intutilé "vrai", nous
trouvons le terme "faux", si nous
chercons "faux", nous trouvons
alors "vrai". Rappelez-vous le barbier
du village qui ne rase que les
habitants qui ne se rasent pas euxmêmes
? Et le barbier alors ? Il ne
peut pas se raser, puisqu'il ne rase
que ceux qui ne se rasent pas euxmêmes
; et s'il ne se rase pas il doit
se raser lui-même, car précisément
il fait partit de ceux qui ne se rasent
pas.
Je trouve fascinant que la beauté
des dynamiques créées par les
paradoxes n'ait pas été perçue par
nos plus grands penseurs des 2
700 dernières années, et ce depuis
l'invention par Epiménide de ses
énigmes logiques. Ross Ashby, le
psychiatre cybernéticien, Gregory
<< L’homme n’a pas une nature, mais
une histoire... L’homme n’est pas une
chose qui doit être choisie, inventée alors
qu’il progresse, et un homme est dans ce
choix et cette invention. Chaque homme
est son propre auteur , et bien qu’il puisse
choisir entre être un auteur original ou
un plagiaire, il ne peut échapper à ce
choix ... il est condamné à être libre>>.
José Ortega y Gasset
Bateson, l'anthropologue épistémologue,
et G. Spencer Brown le
logicien poétique furent les premiers,
il y a à peine 30 ans, a attirer
notre attention sur la richesse
d'une logique qui ne contient pas
uniquement des propositions qui
peuvent découler d'autres propositions,
mais également des propositions
qui en engendrent des nouvelles
, c'est à dire, ils ont indiqué
la voie pour un calcul d'ontogénétique,
un calcul de l'émergence.
Ici l'accent est mis sur le processus
et non sur le produit, autrement dit,
sur les processus par lesquels
nous établissons la vérité ou le
mensonge, et non pas les produits
"vrai" ou "faux". Avec cette nouvelle
perspective on ne se demande
pas comment éviter les paradoxies
du "soi", mais on se
demande qu'est-ce qu'e
le "soi" pour qu'il puisse
se référer à lui-même?
Bien sur, la nature régénératrice
de ce processus
ne peut être vu quand
cette machine est arrêtée
par la nominalisation :
quand un verbe es castré
pour devienir un nom, un
objet, une commodité. En
faisant cela on peut parler
de termes comme "je", un
"moi", "ça" ? Et donc éviter
la question "qui parle
?"
Par ailleurs, la nature régénératrice
de ce processus n'est pas très visible,
car contrairement aux propositions
paradoxales, quand on la
comprend d'une façon, par exemple,
par "vrai", donne une autre
façon, à savoir "faux", et vice
versa, on peut comprendre "soi"
comme on veut et il donne une
autre façon. Ceux qui connaissent
les charmes des nouvelles mathématiques
appelés "la théorie
chaos", ont pu reconnaître dans la
nature illusoire de "soi" le personnage
de "l'attracteur chaotique". Je
crains, néanmoins, que ces nouveaux
mathématiciens n'aient pas
réussis à faire apprécier les idées
incroyables à un auditoire de thérapeutes
familiaux.
Je voudrais donc faire appel
à un ami qui, en toute probabilité,
est connu de nous
tous, Ludwig Wittgenstein,
de m'aider à clarifier le point que
souhaite développer.
La proposition 5.631 dans son
Tractatus logico-philosophicus se
lit :"Si j'écrivais un livre intitulé le
monde tel que je l'ai trouvé, je
serais obligé d'inclure un rapport
sur mon corps, et dire quelles parties
étaient subordonnées à ma
volonté, et celles qui ne l'étaient
pas, etc..., ceci étant une méthode
d'isoler le sujet, ou plutôt de montrer
d'une manière notable qu'il n'y
a pas de sujet; car tout seul il ne
pourrait être mentionné dans ce
livre".
Maintenant, si moi,
Heinz Von Foerster,
devait écrire un livre
intitulé le Monde tel
que je l'ai trouvé, je serais aussi
obligé d'inclure un rapport sur
mon corps, etc., etc., mais je
devrais aussi inclure un rapport
sur l'aspect des autres qui me ressemblent
et qui peuplent le
monde tel que je l'ai trouvé. A
cause de ceci je ne peux voir à
travers les yeux des autres. C'est
Victor Frankl, le psychothérapeute
Viennois qui m'a appris cela.
J'ai rencontré le Dr Frankl après la
deuxième guerre mondiale. Il sortait
de l'enfer des camps de
concentration, il était le seul survivant
de sa famille. Dans la Vienne
d'après guerre, conquit par les
Russes, alors occupée par les quatre
puissances Alliés, sa présence
et sa pratique comme thérapeute,
comme guérisseur des expériences
traumatiques avait une importance
vitale. Un jour on lui amena
un homme souffrant d'une grave
dépression. Son épouse et lui
avaient été dans des camps d'extermination
différents, et par miracle
ils avaient survécus et vivaient
alors à Vienne. Seulement après
quelques mois de vie commune,
elle mourrut d'une maladie contractée
dans le camp. L'homme est
devenu dépressif. Il s'arrêta de
manger, il cessa de participer
à la vie autour de lui.
Ses amis l'ont amenés
chez Frankl, et ils parlèrent
pendant longtemps.
Finalement, Frankl lui
demanda : "Supposons
que Dieu veuille me donner
le pouvoir de créer une
femme identique à la vôtre.
Vous ne pourriez constater
ou sentir aucune différence
; l'apparence, le goût, les
conversations, les souvenirs,
tout serait identique à
votre épouse. Me demanderiez-
vous de créer une
telle femme ?" Il y eut un
long silence. Puis l'homme répondit
: "non".
Frankl dit : "Merci"; et l'homme
reparti chez lui et commença à
revivre.
Quand j'ai demandé au docteur
Frankl: "Que s'est-il passé ?
Qu'est-ce que vous avez fait ?" il
répondit : "Toute sa vie, dans l'union
de ces deux êtres humains,
l'homme voyait à travers les yeux
de sa femme. Quand elle mourrut,
il fut aveugle. Mais quand il a vu
qu'il était aveugle, il revoyait ! C'est
pareil pour nous ! Nous voyons à
travers les yeux de l'autre".
Je vous prie d'accepter ceci
comme métaphore du thème de
notre session : "Auto-référence et
émergence de l'observateur".
Chef de file
de l’école stratégique
<<strategic family
therapy>>,
Jay haley est
co-fondateur
et co-directeur
du <<Family Therapy
Institute
of Washington , D.C.
09 février 2006
revue résonnances
extrait de http://www.therapie-familiale.org/resonances/pdf/soi.pdf