QU’EST-CE QUE LA DOUBLE CONTRAINTE ? « Pour qu’il y ait double contrainte, il faut [1] : 1. Deux personnes ou plus, l’une étant désignée comme la “victime” ou le “bouc émissaire” ; 2. Une expérience répétée qui fait que la double contrainte revient avec régularité dans la vie de la “victime” ou du “bouc émissaire” ; 3. Une injonction négative primaire qui peut prendre deux formes : “Ne fais pas cela ou je te punirai”, “Si tu ne fais pas cela, je te punirai” ; 4. Une injonction secondaire, qui contredit la première à un niveau plus abstrait tout en étant comme elle renforcée par la punition ou par certains signaux menaçant la survie. Cette injonction secondaire est transmise par des moyens non verbaux : attitudes, gestes, ton de la voix, actions significatives, implications cachées dans les commentaires verbaux ; 5. Il faut une injonction négative tertiaire qui interdit à la victime ou au bouc émissaire d’échapper à la situation ; 6. Pour finir, il convient de noter qu’il n’est plus nécessaire que ces éléments se trouvent réunis au complet lorsque la victime ou le bouc émissaire a appris à percevoir son univers sous la forme de la double contrainte. À ce stade, n’importe quel élément de la double contrainte ou presque suffit à provoquer panique et rage. L’effet de la double contrainte : dans le bouddhisme zen, le but à atteindre est l’état d’illumination. Le maître zen tente d’y amener son disciple par plusieurs moyens. Il peut, par exemple, tenir un bâton au-dessus de la tête de son élève, en lui disant brutalement : “Si vous dites que ce bâton existe, je vous frappe avec. Si vous dites qu’il n’existe pas, je vous frappe avec. Si vous ne dites rien, je vous frappe avec. » Nous supposons que, devant une situation de double contrainte, tout individu verra s’effondrer sa capacité de distinguer les types logiques. Les caractéristiques d’une telle situation sont les suivantes : 1. L’individu est impliqué dans une relation intense, dans laquelle il est, pour lui, d’une importance vitale de déterminer avec précision le type de message qui lui est communiqué, afin d’y répondre d’une façon appropriée ; 2. Il est pris dans une situation où l’autre émet deux genres de messages dont l’un contredit l’autre ; 3. Il est incapable de commenter les messages qui lui sont transmis, afin de reconnaître de quel type est celui auquel il doit répondre ; autrement dit, il ne peut pas énoncer une proposition métacommunicative. » 4. Extrait de G. Bateson, D.D. Jackson, J. Haley, et J.H. Weakland, « Vers une théorie de la schizophr...