29 mars 2006
triangulation. pour en savoir plus
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La triangulation, ou l’art de dépasser les conflits du couple
en y introduisant un tiers
Contexte :
Vers la fin des années quarante, le travaux du MIT (Massachusetts Institute of Technology)
ont débouché sur ce que l’on appelé la première cybernétique avec les concepts, pour les
systèmes, d’homéostasie, d’autorégulation et de feed-back négatif.
L’homéostasie étant chez les organismes vivants, la stabilisation des différentes constantes
physiologiques.
L’application de ces concepts dans le domaine des thérapies familiales a introduit, en premier
lieu, la notion de « patient désigné », ou d’élément symptomatique du système.
Schématiquement, on pourrait dire que le rôle du patient désigné est de faire diversion par sa
symptomatologie, de permettre la stabilisation du système en évitant le changement.
Par la suite, on s’est intéressé à la structure du système familial et on a observé qu’à l’intérieur
de ce système, certaines relations diadiques (couple des parents, frères et soeurs) peuvent poser
problème ou être conflictuelles. Un moyen de trouver un équilibre sans devoir résoudre le
conflit consiste à inclure une troisième personne dans le conflit, par exemple un des enfants
dans le cas du couple.
Plusieurs auteurs ont décrit ce phénomène, placé des objectifs thérapeutiques ainsi que des
stratégies spécifiques.
Il s’agit de :
Murray Bowen, Jay Haley en parlant de Milton Erickson et Salvador
Minuchin.
Murray Bowen :
Dans « La différenciation du soi » (1978, Jason Aronson Inc., New-York), Bowen raconte
comment il est passé de l’expression « triade interdépendante » en 1956 lorsqu’il décrit
« L’intimité collante » qui existe entre le père, la mère et un enfant schizophrène, au terme de
triade puis de triangle.
Ce concept de triangle lui est venu en observant des gens au cours de danses, d’exercices
militaires ou d’autres manoeuvres réglées par avance. Selon Bowen, ceci peut s’appliquer à
toutes les formes de la vie, partout là où il y a un flux et un reflux émotif. Pour lui, le triangle
est un mode naturel d’être pour les gens et non un échec de la relation entre deux personnes.
2
Le triangle est une configuration émotive de trois personnes, il est la molécule ou l’élément de
base de tout système émotif, qu’il s’agisse de la famille ou tout autre groupement.
C’est le plus petit des systèmes de relation stable. En effet, un système de relation à deux ne
peut être stable, que pour autant qu’il reste calme.
Dans un triangle où la tension est modérée, on peut constater que deux des côtés sont à l’aise,
tandis que le troisième présente un état de conflit.
Quand l’angoisse est basse et que les conditions externes sont idéales, le mouvement de flux et
reflux des émotions dans un couple peut être calme et faire en sorte que tous deux se sentent à
l’aise.
Quand l’angoisse augmente, le flux émotif s’intensifie dans le duo et la relation devient
inconfortable. Lorsque l’intensité atteint un certain degré, le premier couple récupère
automatiquement une tierce personne dans son problème émotif. Elle va « mettre le grappin »
sur cette personne. Les émotions peuvent s’étendre à cette personne ou celle-ci peut être
émotivement programmée pour être à l’origine de cet englobement. Grâce à ce dernier,
l’angoisse décroît de niveau et se dilue. Le triangle est donc plus stable et souple qu’un couple.
Il possède une capacité de tolérance bien plus grande à l’égard de l’angoisse. Si l’angoisse
dépasse la capacité du triangle à y faire face, l’impulsion triangulaire peut déborder la famille et
englober les voisins, amis, ainsi que les services sociaux et la justice.
Pour Bowen, une relation de deux personnes est émotivement instable, car elle a des capacités
limitées d’adaptation quand elle doit faire face à l’angoisse et aux tensions de la vie. Elle se
transforme donc automatiquement en une relation triangulaire qui possède une plus grande
souplesse de fonctionnement et qui lui permet de tolérer et d’affronter cette angoisse.
Les modèles de fonctionnement n’arrêtent pas de se répéter, les gens arrivent à se fixer dans
leur rôle les uns vis-à-vis des autres, et les familles rejouent durant des années le même jeu du
triangle. A la longue, l’enfant se porte même volontaire pour occuper cette position.
Objectif du thérapeute :
La détriangulation, c’est-à-dire le contrôle de sa propre participation au processus émotif, au
moyen de la connaissance des triangles qui permet de se dégager de la famille, tout en gardant
le contact avec elle.
Dans la famille elle-même, un membre motivé qui apprend et contrôle sa réceptivité, peut
influencer les relations de l’ensemble du système familial.
Stratégie thérapeutique de Bowen :
L’objectivité absolue du thérapeute est impossible.
Par contre, si le thérapeute peut demeurer au contact émotionnel des membres les plus
importants de la famille, par exemple les deux époux, et s’il peut rester relativement à l’écart
de l’activité émotive qui sévit à l’intérieur du triangle central, la fusion qui existe de tout temps
entre membres de la famille commencera lentement à se résoudre, et ensuite tous les membres
de la famille vivant sous un même toit effectueront un changement par rapport aux parents.
3
Milton Erickson :
Il est cité par Jay Haley dans «Milton H. Erickson, Un thérapeute hors du commun »,(1973,
W.W. Norton, NY). Pour lui, dans l’histoire de la famille, c’est au moment où l’enfant entre
dans le circuit scolaire que certaines problématiques de structure familiale peuvent se révéler
au grand jour et devenir visibles. La triangulation pour lui se situe lorsqu’un des parents,
généralement la mère, se ligue avec un enfant contre l’autre parent, en général le père.
Le but de ce triangle est pour chacun des parents de protéger l’enfant, situation qui donne
aussi à l’enfant la possibilité de dresser ses parents l’un contre l’autre. Une manière commode
de décrire ce triangle est de considérer que l’un des parents a une relation trop étroite avec
l’enfant. Par exemple, la mère qui est à la fois pleine d’attention envers l’enfant et exaspérée
par lui, frustrée dans la relation qu’elle tente d’avoir avec lui. Le père est plus extérieur et la
mère lui reproche de ne pas s’occuper efficacement de l’enfant. Si cette situation se poursuit,
l’enfant devient l’intermédiaire au moyen duquel les parents communiquent, dans les cas où ils
ne veulent pas aborder directement un sujet. Lorsque l’enfant quitte la maison, l’équilibre est
menacé et les symptômes qui apparaissent chez lui sont bien souvent le signe des difficultés
éprouvées par la famille pour franchir cette étape. Le triangle peut exister même si les parents
sont divorcés, car le divorce légal ne change pas nécessairement ce type de problème.
La triangulation peut aussi survenir plus tard, lorsque les parents doivent se sevrer de leurs
enfants. Au moment où l’enfant entre dans la période de sa vie où il doit quitter ses parents,
ces derniers peuvent se rendre compte à ce moment qu’ils n’ont plus rien à se dire ni à partager
car, durant des années, ils ne parlaient que des enfants et des soucis qu’ils rencontraient pour
eux. Ceci peut être aussi l’occasion de ressortir de vieilles querelles qui ont jailli avant la
naissance des enfants, lesquelles peuvent engendrer séparation ou divorce. Si le conflit est
grave, il pourra aussi avoir menace de mort et tentative de suicide.
On peut aussi fort bien imaginer que l’apparition d’une maladie mentale grave, telle que la
schizophrénie à une période tardive de l’adolescence ou une toxicomanie, peut être comme le
moyen qu’a la famille de résoudre ce problème, car il va reporter de nombreuses années, voire
définitivement le départ de l’enfant.
La situation devient ainsi bloquée, car les parents n’ont pas à résoudre leur conflit et n’ont pas
à accéder à l’étape suivante de leur vie conjugale, soit de laisser partir leur enfant. Le risque
revient en cas d’amélioration de la symptomatologie, car elle va remettre en question la
stabilité qu’a obtenue la famille. La triangulation explique alors souvent, soit la chronicité de la
maladie, soit le nombre fréquent de rechutes.
Stratégie d’Erickson :
Eviter l’hospitalisation de l’enfant ou la prescription de médicaments, se concentrer sur toute la
famille et enjoindre l’enfant à mettre une distance physique et émotionnelle avec ses parents,
pour quitter le foyer et mener une existence normale, sans pour autant rompre les ponts avec la
famille.
4
Salvador Minuchin :
Dans « Famille en thérapie » (Harward University Press, 1974), ouvrage dans lequel Salvador
Minuchin présente l’approche structurale en thérapie de famille, il évoque la notion de soussystème
conjugal, sous-système parental et sous-système fraternel. Il insiste tout
particulièrement sur les notions de frontière. La frontière d’un sous-système étant l’ensemble
de règles qui définit qui y participe et comment. Ces frontières doivent être claires, mais
suffisamment souples pour permettre la négociation. Un problème survient lorsqu’elles sont
trop rigides.
On parle de « triade » lorsque les membres d’un sous-système utilisent toujours le même
membre d’un autre sous-système pour diffuser ses conflits. Le plus souvent, il s’agit des
parents qui utilisent un enfant pour dévier les conflits conjugaux. La frontière entre le soussystème
parental et l’enfant devient diffuse et la frontière autour de la triade parents - enfant
qui devrait être diffuse devient rigide.
Cette triangulation peut prendre plusieurs formes :
1. Chaque parent demande que l’enfant prenne son parti contre l’autre parent.
2. Coalition stable : un des parents se joint à l’enfant dans une coalition inter-générations
rigidement fermée contre l’autre parent.
La déviation : c’est-à-dire, la focalisation des deux conjoints sur les troubles de comportement
de l’enfant qui leur permet, en s’occupant intensivement de leur enfant malade, de noyer les
problèmes conjugaux dans les problèmes parentaux, le but étant de maintenir le soussystème
conjugal dans un état d’harmonie illusoire. A degré plus fort, cela peut prendre la
forme d’une attaque de l’enfant par les membres du couple qui le définissent comme la
source des problèmes familiaux, parce qu’il est méchant, qu’il est confronté à des troubles
graves du comportement, situation qui se rencontre aussi dans la toxicodépendance par
exemple.
La triangulation ponctuelle, lors de petites crises, est en soi un phénomène naturel et humain;
elle pose difficulté lorsqu’il a problème chronique de frontière dans les sous-systèmes et qu’elle
est systématiquement utilisée.
La triangulation est aussi un phénomène que le thérapeute peut rencontrer dans le setting
thérapeutique, par exemple dans des entretiens de couple où il va être utilisé comme juge, ou
témoin par l’un des membres contre l’autre et réciproquement. C’est un piège assez commun.
Objectif thérapeutique de Minuchin:
Restructurer l’organisation du sous-système selon le paradigme du fonctionnement parents -
enfant.
5
Stratégies :
· Si l’enfant fait partie du pattern transactionnel d’évitement des conflits, mettre hors circuit
sa position habituelle dans les négociations entre conjoints. On le peut faire, en empêchant
physiquement l’enfant d’entrer dans la diade mari - femme, ou également en confiant à une
tierce personne le traitement de la symptologie.
· Renforcer le couple parental en valorisant leur capacité à soigner, à soutenir leurs enfants,
ce qui consolide leur association et les aide à négocier les problèmes conjugaux sans le
concours des enfants.
· Restructurer les parents dans une coalition contre l’enfant qui a été membre de la triade, par
exemple en leur laissant voir qu’en fait par son comportement et son symptôme, c’est
l’enfant qui les domine. Le thérapeute aide alors les parents à s’unir contre cette domination
de l’enfant. On peut aussi changer les interactions en bloquant les réponses de l’un ou des
deux conjoints, ce qui oblige l’autre à adopter la position bloquée, solution permettant un
rapprochement entre les deux conjoints.
Exemple : dans une famille où la mère est trop protectrice et le père trop autoritaire, le
thérapeute attaque encore plus fortement l’enfant, bloque la réponse de la mère
qui oblige ainsi le père à protéger l’enfant et ainsi à se rapprocher de sa femme.
· Ignorer le comportement et augmenter les transactions mari - femme.
Exemple : En entretien, lorsque l’enfant fait des remarques qui semblent sans aucun
rapport avec la situation, le thérapeute ne répond pas. Il suggère aux parents de
refuser de répondre quand l’enfant fait des déclarations de nature psychotique et
il les persuade de sortir un soir par semaine sans leur fils, ce qu’ils n’ont sans
doute pas fait depuis des années.
Alain Bochud, octobre 01
extrait de noeuds de laing
Je sens que vous savez ce que je suis censé savoir mais vous ne pouvez me dire ce que c'est parce que vous ne savez pas que je ne sais pas ce que c'est Vous savez peut être ce que je ne sais pas, mais pas que je ne le sais pas et je ne peux pas vous le dire. Il faudra donc que vous me disiez tout
28 mars 2006
Therapie familaile et psychothérapie
THÉRAPIE FAMILIALE ET PSYCHOTHÉRAPIE. Comment la Psychothérapie individuelle et la Thérapie Familiale peuvent co-exister ?* Résumé :L’idée de ce travail vise à présenter la manière dont la Psychothérapie individuelle analytique et la thérapie familiale peuvent s’articuler dans la pratique.Le travail clinique ne présente actuellement plus les oppositions classiques des débuts de la Thérapie Familiale mais une complémentarité. Une réflexion théorique est également ébauchée. Nous nous sommes intéressés à l'influence sur la thérapie familiale de la psychothérapie individuelle. En effet Nous travaillons dans le contexte du secteur psychiatrique public, l'équipe de thérapie familiale mit en place dans le cadre d’un centre médico-psychologique reçoit des familles ou des couples dont fréquemment l'un des membres est suivit en psychothérapie individuelle. La thérapie familiale quand elle se met en place s'intrique alors avec des modalités diverses de prise en charge psychothérapeutique. Dans beaucoup de cas c'est d'ailleurs le psychothérapeute qui à adressé la famille ou le couple, et nous nous trouvons dans certains cas dans une situation ou le patient adressé semble plus motivé par la thérapie systémique que le reste de la famille, et à aussi tendance à considérer son conjoint ou le reste de la famille comme "responsable" des problèmes," puisque lui se soigne". Souvent d'ailleurs il nous est implicitement demandé une alliance sur cette position. La situation pour le thérapeute familial n'est pas facile entre la prise en compte de cette situation qui implique à la fois un des membres de la famille, parfois aussi au-delà de la famille, le thérapeute qui nous l'a adressé avec le souhait parfois de nous "faire plaisir" s’il partage nos options systémiques. Dans d'autre cas c'est dans le cadre d'une psychothérapie, mais sans adresse du thérapeute qu'une personne souhaite entreprendre une thérapie familiale ou une thérapie de couple ; cette situation est plus facile que la précédente car l'implication du sujet est plus importante, quoique la détermination linéaire puisse être tout aussi forte que dans le cas précédent. Nous avons ainsi rencontré cette situation plus fréquemment dans des thérapies de couple. Souvent aussi la personne essayera d'installer également une relation de complicité. Dans d'autre cas, la psychothérapie individuelle n'a apparemment pas de lien avec la thérapie familiale, ce n'est ni le thérapeute, ni le patient qui ont porté l'indication, mais soit un autre membre de la famille, soit un intervenant extérieur. Dans ce cas la psychothérapie sera découverte incidemment. Enfin il nous est arrivé de recevoir des demandes de thérapie familiale, à la place d’une demande de psychothérapie individuelle, qui semblait mieux indiquée. La résistance à l’égard de la psychothérapie et d’un travail analytique nous à aussi amener à rencontrer certaines familles, et plus encore des couples. Notre attention s'est portée à ce sujet il y a quelques années alors que nous entamions notre formation en thérapie familiale. Au cours de notre formation en thérapie familiale nous avions été marqués par la position de MARA SELVINI, pour qui on ne pouvait entreprendre une thérapie familiale et conjointement une psychothérapie individuelle. La position de SELVINI était d'éviter toute forme de confrontation entre le modèle systémique et le modèle analytique. Par la suite nous avons été très sensibles à la position de R.NEUBURGER quand à l'articulation entre thérapie familiale et psychothérapie individuelle, en particulier la psychanalyse, en ce qu'elle nous semblait formuler les positions en terme de complémentarité. Selon NEUBURGER dans certains cas la famille n'autorise pas l'expression d'une demande chez un quelconque de ses membres, quel que soit le symptôme ou sa gravité. La place de la thérapie familiale serait dans ces cas de permettre par une désaliénation du groupe familial, l'expression d'une demande chez un quelconque de ses membres et pas seulement celui qui est porteur des symptômes. "Ce travail s'appelle l'INDIVIDUATION" en thérapie familiale. J'évoquerai deux situations pour illustrer ce thème: Il s'agissait d'une famille qui nous avait été adressée par une collègue pédopsychiatre qui suivait un des 2 enfants en thérapie individuelle pour des symptômes phobiques Nous avons reçu cette famille en consultation familiale Lors de la première séance nous nous sommes trouvés en présence d'un jeune couple avec deux enfants ,très à l'aise ,ils nous ont relatés les difficultés qu'ils avaient avec le plus jeune enfant ,il s'agissait de "crises" répétitives ,ou l'enfant était incapable de rester avec ses parents, il évitait alors systématiquement les pièces communes et restait le plus souvent dans sa chambre. Les parents étaient très préoccupés de ce comportement très invalidant. Ils avaient tous deux pendant de longues années suivis une analyse et connaissaient bien la thérapie Familiale Ils se posaient toutes sortes de questions sur leur "dysfonctionnement". Je présente un extrait de la première séance:. THERAPEUTE: Qu'est-ce-que vous craignez. Mère: Je ne sais pas...Je crains pour Hugo qu'il ait du mal à trouver son autonomie. Il faut être bien dans sa peau. Père: Je ne me pose pas ce genre de questions. La question pour moi est celle de notre attitude. Hugo ne supporte pas que je l'embrasse. Il a peur du contact physique Mère: Si je lui fais un bisou il recule, cela est fréquent ; mais je respecte son attitude; lorsque j'étais petite, j'étais comme lui.. THÉRAPEUTE: Pour vous protéger les enfants c'est quoi? Mère: C'est sans doute suite à notre propre enfance. J'ai été choyée jusqu'à l'âge de 5 ans, j'étais élevée par mes grands parents, ensuite mes parents m'ont reprise et alors ce fut très difficile. J 'étais livrée à moi-même, mes parents se disputaient souvent… Hugo s'approche alors de son père et lui parle tout bas. A la fin de la séance nous avions conclu que de notre point de vue nous pensions que le fonctionnement de la famille nous semblait "satisfaisant" -1- mais nous avions remercié Hugo de nous avoir amené ses parents, en s'imaginant peut-être "qu'ils avaient des problèmes". Grande fût notre surprise lors de la séance suivante lorsqu'ils nous apprîmes que leur enfant allait bien. Ils nous ont expliqué en détail que leur comportement avait changé à la suite de la première séance, et qu'ils avaient compris la séquence" répétitive "où le comportement de leur fils induisait en fait une dispute au sein du couple. Depuis ils évitaient de présenter le même comportement. Les deux parents suivaient depuis de très nombreuses années une psychanalyse, et très influencés par leur tendance à se mettre en cause, ils pensaient que les problèmes de leur fils provenaient de leur propre comportement. L'autre situation que nous voulions relater concerne un couple que nous avons suivi quelques temps ; nous avions été contactés par une jeune femme qui souhaitait qu'on clarifie sa relation avec un homme dont elle partageait la vie depuis longtemps, mais qu'elle envisageait de quitter parce qu'elle ne supportait pas son comportement. Cette femme se plaignait de l'alcoolisme de son ami, de son absence de travail. Elle suivait depuis longtemps une analyse et aurait bien voulu que son ami s'engage dans cette voie afin pensait elle de modifier son comportement. En fait au cours de la séance nous avions l'impression que le suivi analytique "protégeait" la femme de toute implication dans la vie du couple et qu'elle rendait son mari responsable de tous les problèmes. A la fin de la séance nous avons choisi arbitrairement de recadrer comme protecteur -2- le symptôme présenté par l'ami en insistant sur les avantages que présentaient pour l'homéostasie du couple, les fonctions du symptôme alcoolisme. En effet devant l'insistance de la femme vis-à-vis des problèmes de son mari nous pouvions remarquer que les problèmes d'alcoolisme, leur permettaient d'occulter les problèmes du couple. . Dans les deux cas que nous avons présenter se posent la question de l'influence du cadre analytique et systémique. Dans le cadre analytique s'articule la question du sujet et son histoire. Le paradigme systémique se définit plutôt dans l'identité du système. Dans la première histoire la question nous est d'emblée posée de confirmer le "dysfonctionnement" familial. Il s'agit d'un couple qui pose d'emblée la question en terme de culpabilité devant les problèmes de leur fils. Dans l'optique systémique le symptôme n'est l'attribut ni du patient désigné, ni du système, mais structure de la communication dans le système. La réponse des thérapeutes sera de "connoter" positivement le symptôme. Qu'avons-nous dit en fait ? : Tout en remerciant Hugo d'avoir amené ses parents parce qu'il s'imagine qu'ils ont des problèmes, nous pensions que de notre point de vue leur fonctionnement est "satisfaisant". En effet il s'agissait pour le couple de se présenter comme coupable des problèmes d'Hugo, mais en même temps, à un autre niveau ils disqualifient les thérapeutes qui ne pèsent pas "lourds "par rapport à 10 ans d'analyse; les parents utilisent leur expérience de la psychanalyse comme forme de résistance au changement. A la fois ils s'estiment responsables, mais "attention nous avons déjà beaucoup travailler sur nous", préviennent-ils. Dans cette technique nous sommes assez proches de ce que préconise ELKAIM -3- ; par cela nous résistons à la résistance du patient qui se manifeste sous la forme d'un changement. Nous introduisons à la fois un changement et un non changement, à un autre niveau. Nous les rassurons sur leur "dysfonctionnement", tout en prenant en compte la fonction du symptôme. Le passage de l'approche psychothérapique classique à l'approche systémique suppose un changement épistémologique. Il ne s'agit plus de poser l'attitude des parents comme responsables des symptômes de leur enfant Mais d'envisager l'ensemble des interactions au sein du système familial et également le système famille-thérapeute. Certains aspects de la thérapie familiale déforment ce point de vue, en évoquant par exemple le problème du pouvoir, ou encore la rigidité dans la famille. Dans une conception systémique le statut de l'observateur n'est pas neutre mais partie prenante du système observé, ainsi la relation mise en place est nécessairement interdépendante. C'est cette position que l'on trouve chez de nombreux thérapeutes comme CAILLÉ,ANDOLFI,...comme élément -4- participant de la relation thérapeutique inclus dans le processus de changement. Dans cette perspective ce n'est pas la famille qui doit changer mais le système thérapeutique tout entier. On voit la différence avec la position de SELVINI sur la neutralité du thérapeute ,en effet dans cette optique le thérapeute décrit "de l'extérieur" les règles du système ,alors que de l'autre point de vue le thérapeute établit un lien émotionnel avec le système familial. Sans négliger les enjeux en cours pour autant, le thérapeute évite de conforter les constructions du monde des membres de la famille ou les siennes propres, mais offre une autre lecture de la situation en portant à son terme logique une règle du fonctionnement familial Dans la relation psychothérapeutique, nous nous situons à un autre niveau logique au sens de BATESON. Il n'y a pas incompatibilité de notre point de vue avec la démarche systémique. Si nous prenons par exemple la question du temps et celle classique, de la causalité, qui semble opposer systémiciens et analystes, il n'y a pas forcément opposition La question du POURQUOI ? , joue sans doute un rôle central dans la psychothérapie ,cependant le thérapeute individuel travaille aussi sur "l’ici et maintenant". Nous pouvons aussi dépasser l'opposition simpliste entre une vision de l'histoire selon laquelle des éléments du passé détermineraient automatiquement des éléments futurs et une lecture qui insisterait plutôt sur "l'ici et maintenant". Pour qu'un élément du passé continue à jouer un rôle important au niveau du présent, il faut que le maintien d'un comportement ait une fonction et un sens important par rapport au système où il se perpétue. Je donnerai un exemple de la manière dont un élément du passé peut dans un contexte: particulier jouer une fonction: Il s'agit d'un patient que nous suivions et qui présentait une symptomatologie de psychose maniaco-dépréssive.. Ce patient était marié à une femme qui depuis toujours avait beaucoup d'ascendant sur lui ,c'est elle qui régulièrement se manifestait lorsque son mari n'allait pas bien. Il était depuis longtemps dans la position de patient désigné ,nous pourrions dire que la relation thérapeutique se maintenait activement inopérante Il existait une escalade symétrique entre le patient désigné et son environnement familial ou thérapeutique, chacun des partenaires tentant de contrôler l'autre. Ce patient avait à plusieurs reprises fait des tentatives de suicides graves et inquiétait beaucoup tout son entourage. Lors d'un épisode il était fréquent qu'il soit hospitalisé ou encore suivit à domicile. Une fois lors d'une de ces rechutes dépressives nous nous sommes trouvés un soir au dispensaire dans une situation très embarrassante, en effet nous ne pouvions le faire hospitaliser faute de place, ni pouvoir proposer de visites à domicile à cause d'une...grève. Nous n'avons rien pût lui proposer à cause de cela, et craint ainsi que sa femme qu'il ne passe à l'acte. Or quand nous l'avons revu quelques jour après il allait bien, et cette amélioration s'est maintenu pendant plusieurs semaines. Ce patient devait nous expliquer lors de la séance suivante une partie de son passé où militant communiste il s'était heurté à son administration lors de mouvement revendicatif. Ainsi un lien s'était établi entre un élément du passé de ce patient et le contexte relationnel de prise en charge. ELKAIM appellerait résonance-5- cette assemblage particulier constitué par l'intersection de deux systèmes. A la suite de notre intervention les relations entre le système familial et le système thérapeutique sont devenues moins symbiotiques. Les éléments du passé qui ont resurgit ont sans doute contribué à dédramatiser la relation thérapeutique et mit en place une alliance thérapeutique. .Dans le travail psychothérapique les éléments du passé s'actualisent souvent dans le présent, et ce, avec l'aide du thérapeute, mais ils ne sont pas toujours rapporter au contexte relationnel dans lequel ils surgissent En ce qui concerne notre approche nous nous servons souvent des éléments de l'histoire de la famille afin de comprendre le sens et la fonction de ce vécu dans le système familial. Un système familial n'est pas une simple réalité bidimensionnelle; c'est aussi une réalité tridimensionnelle; l'histoire des relations passées s'y concrétise au présent pour pouvoir se développer dans l'avenir. La souplesse et la rigidité d'un système ne sont pas des propriétés intrinsèques de sa structure, ce sont des caractéristiques liées à sa dynamique, à un changement d'état temporellement et spatialement déterminé. . Les manifestations pathologiques se manifesteront à l'occasion de transformation ou de pression à un moment déterminé de l'histoire de la famille. Le système va se modifier pour ne pas changer en utilisant la désignation comme réponse à une demande de changement. .Le travail psychothérapique vise à restituer les potentialités de l'individu permettant un retour à l'autonomie du sujet. Celui-ci n'est pas toujours l'objet de désignation rigide dans le système familial, ce qui facilite le travail de désaliénation de la psychothérapie.. La question de l'indication de thérapie familiale est fondamentale car si l'indication est mal posée elle aboutit à un élargissement de la désignation rigide ,de l'individu à la famille, et augure de l'escalade entre le système thérapeutique et la famille. Le système familial est la condition de l'individu, dont l'émergence comme sujet est conditionné par les règles que le système se donne. En conclusion : vouloir isoler ce qu'on doit interpréter en terme systémique ou d'une autre façon, est un peu arbitraire.. L'approche systémique consiste à supposer aucune caractéristiques comme immanentes à l'objet, mais comme interactives entre telle ou telle partie de l'objet, entre l'objet lui-même et d'autres objets parmi lesquels l'observateur lui-même qui est lié à l'objet par certaines interactions. Familles et individu constitue pour paraphraser l'Ecole de ROME -6-"deux systèmes en évolution" Dr. Patrick Bantman
un éléphant, ca trompe
Un éléphant, çà trompe, çà trompe ..., un éléphant… çà trompe énormément ! Un jour, sept aveugles voulurent savoir ce qu'était un éléphant. Ensemble, ils allèrent consulter le cornac pour qu'il les emmenât toucher un éléphant. C'est une arme de guerre, un sabre, dit le premier aveugle en tremblant. Il avait touché une défense froide et lisse. C'est bien un objet, mais un objet utile au travail, une corde, dit le second. Il avait touché la queue de l'éléphant. Oui, dit le troisième c'est un objet... de luxe et de plaisir, c'est un chasse-mouches. Il avait touché une oreille et il avait senti le vent de son mouvement. Pas du tout, c'est une construction de l'homme, un mur, dit le quatrième aveugle. Il s'était cogné contre le flanc de l'éléphant. Est-ce un mur de prison ou un mur de maison ? Mais non, dit le cinquième aveugle, c'est un être vivant, un animal, c'est un gros serpent. La trompe de l'éléphant s'était enroulée sur son bras. Le sixième se mit à rire. Oui, c'est bien un être vivant, mais c'est un arbre ! J'en ai palpé l'écorce et j'ai entouré le tronc de mes bras. Il avait touché une patte de l'éléphant. Je ne comprends pas, dit le septième aveugle, l'éléphant c'est de la terre chaude et humide. Il avait marché dans une crotte de l'éléphant. Sommes-nous fous ?, dirent-ils au cornac, qui ne leur répondit pas car il était muet. Tous ensemble, aucun des aveugles ne sût jamais qu'un éléphant était à la fois un animal utilisé par l'homme à la guerre mais utile pour son travail, une bête de somme et un signe extérieur de richesse, un auxiliaire de l'homme capable de détruire ou d'aider à construire des maisons, un être vivant qui, à l'état libre, vit sur terre au milieu des arbres. (Adapté d'un conte hindou)
27 mars 2006
eloge de l'ouverture
Dans l’optique systémique, on considère qu’une planète, un organisme, une cellule ou une personnalité sont des systèmes, et qu’ils ont un but : durer. De plus, ils ne pourraient fonctionner si leurs éléments constitutifs n’étaient pas en étroite interaction, et si l’ensemble n’entretenait pas lui-même une relation permanente avec son environnement. On dira de tels systèmes qu’ils sont ouverts. Or, c’est cette ouverture, cette possibilité de modifier l’extérieur et d’être modifié en retour, qui les rend vivants. Les systèmes ouverts et vivants ont une très faible entropie. En d’autres termes : ils sont sains et durables. C’est ce qui les distingue des systèmes fermés. On peut dire, d’une manière générale, que plus un système est simple et fermé, moins il peut évoluer. Une famille, par exemple, connaîtra d’autant plus de crises, voire d’effondrements, qu’elle sera fondée sur des principes simplistes, et refusera d’entretenir des relations avec l’extérieur. En deux mots : un système ouvert donne autant qu’il reçoit. A l’inverse - passez-moi l’expression - un système fermé est constipé. Pour lutter sainement contre la dégradation exercée par le temps, un système doit donc se laisser traverser par un flux, admettre information, énergie et matière en provenance de son environnement, et pouvoir expulser les déchets. A défaut de quoi, il consommera son énergie interne et mourra. Ceci est aussi valable pour la société ou n’importe quel groupe, familial ou professionnel, que pour l’individu, son organisme physique, son psychisme ou son intellect...
ou est le problème ?
Nasrudine avait une maladie bizarre dont personne n’a jamais entendu parler dans tous le pays. En effet il croyait qu’il était un grain de blé et avait ainsi développé une peur bleue de se voir manger par ses poules. Ayant malgré ça, comme tous les gens du village, une grande prédilection pour l’élevage des poules, il ne pouvait éviter de se trouver seul face à face avec ces créatures. Et c’est là que Nasrudine et les poules provoquent des scènes hystériques qui dérangeaient beaucoup les habitants du village. A la longue, ses bons gens n’en pouvaient plus et décidèrent alors de forcer Nasrudine à aller consulter un psy dans la ville la plus proche. Le psy commença une analyse avec Nasrudine qui se déroula de la manière suivante :
Test 2 :
23 mars 2006
virilio
Du risque d’ « externalisation » de la pensée...par Paul Virilio, le 27 janvier 2005. La 7ème livraison de Transversales nouvelle formule marque, je crois, une rupture historique majeure, puisqu’à l’industrialisation de la Mort dans ces laboratoires où sévissait un certain Mengele, s’apprête à succéder l’industrialisation de la Vie, avec cette future « biologie synthétique »... En fait, la boucle fatale de la militarisation de la science au siècle dernier se referme ; après la mise en œuvre d’un possible suicide planétaire grâce à la première bombe (énergétique), la deuxième bombe (informatique) entr’ouvre la possibilité inouïe du suicide humanitaire de notre espèce, grâce à cette troisième bombe (génétique) que préfigure déjà la biologie de synthèse. Étrangement cependant, depuis le déclenchement de la première « Guerre Totale » au cours du XXème siècle, on assiste impuissants ou presque à la progressive « délocalisation » de la pensée scientifique voire même à son externalisation du champ de la sagesse et de la rationalité savante -un peu comme si la Terreur l’emportait, définitivement cette fois, sur la Révolution des lumières -comme si, au cours de l’histoire de la modernité occidentale, l’HOMO SAPIENS avait peu à peu cédé sa primauté à l’HOMO DEMENS. Tous les articles qui suivent l’avertissement de Jacques Robin illustrent ce séisme majeur : la naissance de la Philo-folie, avec son absurde logique « post-génomique »... Finalement le « Terrorisme » n’est pas seulement politique, économique ou religieux, il est devenu scientifique, et son Tsunami submerge l’insularité de ces savoirs autrefois parcellaires mais si patiemment acquis. « L’humilité c’est la vérité » (Thérèse d’Avila) : cette vérité-là n’est pas seulement éthique, mystique ou philosophique, elle est aussi, du moins je le crois, scientifique. Oublier, ou pire volontairement omettre cette VIRTUS, et c’est l’UBRIS, la démesure d’un délire démiurgique où la science se dope grâce à la stupéfiante efficacité de la « Technique de Pointe » comme on dit je crois, aux Jeux Olympiques des Savants ( !). C’est cela finalement l’Accident des connaissances qui surpasse actuellement celui des substances : non plus l’échec de l’erreur manifeste, mais l’échec du succès, la catastrophe d’une science « toute puissante » dépourvue non seulement de conscience, mais de sens, depuis sa militarisation industrielle il y a un siècle déjà... « Avions-nous oublié le Mal ? » s’interroge Jean-Pierre Dupuy... c’est toute la question, non pas depuis l’attentat de New York, mais depuis Auschwitz et Hiroshima et Nagasaki. C’est cela l’externalisation des savoirs et des connaissances scientifiques !
thérapie narrative
Prendre soin des conséquences des traumas par Michael White Il y a des manières contemporaines de comprendre la douleur psychologique et la détresse émotionnelle résultant de traumas qui éclipsent les nombreuses complexités et particularités de l'expérience traumatisante vécue par les gens et l'expression de leur expérience. Certaines de ces manières de comprendre relient de façon "naturelle" et linéaire le trauma et la douleur psychologique/détresse émotionnelle, et ceci peut mener à ne pas saisir pleinement les conséquences des conversations thérapeutiques. Les conversations thérapeutiques sous-tendues par ces manières contemporaines de comprendre les choses peuvent contribuer à construire un sentiment de soi sensiblement fragile ou vulnérable, et à laisser les gens avec l'impression vive que leur personne est toujours susceptible d'être offensée d'une manière contre laquelle on les presse justement de se défendre. Ceci ferme les options d'action que les gens pourraient avoir concernant les situations difficiles de leur vie et diminue leur sentiment de savoir se diriger dans la vie en général. D'autres façons de prendre en compte... Il y a d'autres manières de comprendre la douleur psychologique et la détresse émotionnelle résultant de traumas qui prennent en compte ces complexités et particularités, et qui portent l'attention sur la responsabilité qu'ont les thérapeutes à façonner des conversations thérapeutiques qui contribueront à construire un sentiment de soi "robuste" plutôt que "fragile". Il s'agit de développer un sentiment de soi qui : de l'avis des gens, est plus respectueux de leur vie ; ouvre des options d'action pour les gens concernant les situations difficiles de leur vie ; et renforce leur sentiment de savoir se diriger dans la vie en général. 5 points seront évoqués : 1. La douleur comme témoignage 2. La détresse comme hommage 3. La douleur et la détresse comme proclamation de réaction 4. L'expression de la douleur et de la détresse comme mouvement 5. La douleur psychologique et la détresse comme éléments d'héritage 1. La douleur comme témoignage La douleur psychologique permanente résultant d'un trauma dans l'histoire de vie des gens peut être considérée comme un témoignage de l'importance de ce que la personne tenait pour précieux et qui a été violé pendant l'expérience du trauma. Cela peut inclure : des buts de vie chers ; des valeurs et des croyances prisées concernant l'acceptation, la justice et l'équité ; des aspirations, des espoirs et des rêves estimés ; des visions morales de comment les choses pourraient être dans le monde ; des promesses, vœux et engagements importants concernant les attitudes dans la vie, etc. Si la douleur psychologique peut être considérée comme un témoignage de tels buts, valeurs, croyances, espoirs, rêves, visions morales et engagements, alors l'intensité de cette douleur peut être considérée comme un reflet du degré de préciosité de ces états intentionnels chez les gens. Les conversations thérapeutiques offrent un contexte qui permet d'identifier, de ressusciter et de reconnaître richement ces compréhensions. C'est dans ces conversations que les gens ont l'occasion d'expérimenter le fait de faire un avec un éventail de conclusions identitaires positives qui supplantent nombre de "vérités" identitaires négatives dans lesquelles ils s'étaient laissés entraîner en conséquence des traumas qu'ils avaient subis. 2. La détresse comme hommage La détresse émotionnelle quotidienne résultant d'un trauma dans l'histoire des gens peut être considérée comme un hommage à leur capacité à maintenir une relation avec tous ces buts, valeurs, croyances, aspirations, espoirs, rêves, visions et engagements tenus pour précieux -avec leur refus d'abandonner ou d'être séparé de tout ce qui a été si puissamment maltraité et avili dans le contexte du trauma, de ce qu'ils révéraient et continuent de révérer. Si une telle détresse émotionnelle peut être considérée comme un hommage à la détermination des gens à maintenir une relation avec ce qui a été puissamment maltraité et avili dans le contexte du trauma, alors l'intensité de cette détresse peut être considérée comme un reflet du degré de préciosité de ce que la personne a continué à révérer et avec quoi elle a maintenu une relation. Les conversations thérapeutiques offrent aux gens un contexte pour reconnaître leur refus d'abandonner ce qui a été si puissamment maltraité et pour explorer leurs compétences à maintenir une relation avec ces états intentionnels, ce qui peut sensiblement rehausser leur sentiment de qui ils sont et de quoi il est question dans leur vie. 3. La douleur et la détresse comme proclamation de réaction Explorer la description précise de ce témoignage et de cet hommage peut fournir une base pour identifier les réactions des gens au trauma qu'ils ont subi. Les gens réagissent toujours aux crises dans leur vie, même quand ces crises sont le résultat d'un trauma, dans des circonstances où ils sont relativement impuissants à échapper au contexte ou à mettre fin à ce qu'ils sont en train de subir. Ces réactions, que l'on peut considérer comme des actes de réparation façonnés par les états intentionnels des gens, sont rarement repérées et reconnues, et souvent ridiculisées et diminuées dans le contexte du trauma. En conséquence, les gens accordent rarement de valeur ou de sens à ces réactions qu'ils ont amorcées. Cette manière de comprendre les choses peut fournir une base pour explorer dans quelle mesure la douleur et la détresse des gens est aussi une proclamation de leur réaction au trauma qu'ils ont subi. Dans les conversations thérapeutiques, ce que la personne tenait pour précieux et a continué de révérer peut devenir connu, et ceci fournit la base d'un recueil d'information sur ce qui a façonné sa réaction à l'épreuve qu'elle traversait. Ce type de recueil d'information met l'emphase sur les actions que les gens entreprennent et qui reflètent l'exercice de leur influence personnelle en accord avec leurs états intentionnels et c'est parfois, de prime abord, complètement hypothétique. 4. L'expression de la douleur et de la détresse comme mouvement Dans notre monde contemporain, les manières de comprendre l'expression humaine sont invariablement façonnées par une longue tradition de pensée dualiste. Par exemple, les considérations sur l'expression humaine sont systématiquement façonnées par des dualités sensation/signification, affect/cognition, émotion/pensée. Lorsqu'on remet en question cette tradition de pensée, il devient possible d'accueillir l'idée que toutes les expressions de vie sont des unités de sens et d'expérience, et que toutes ces expressions façonnent ou constituent la vie. Les expressions de vie peuvent être considérées comme des mouvements qui transportent la vie, des mouvements par lesquels les gens deviennent autres qu'ils étaient. Quand l'expression de la douleur psychologique et de la détresse émotionnelle est prise dans le type de compréhension dualiste décrite ci-dessus, ces mouvements de vie sont rarement repérés et reconnus et il en résulte qu'ils prennent la forme d'une série « d'à-coups ». Dans ce cas, la possibilité que ces mouvements aient des effets significatifs et durables dans la vie des gens est perdue et il est très probable que les gens vont en tirer un sentiment que leur vie est gelée dans le temps. Quand l'expression de la douleur psychologique et de la détresse émotionnelle peut être comprise comme une unité d'expérience et de sens qui façonne ou constitue la vie, la porte s'ouvre pour un recueil d'information qui identifie et décrit richement le lieu où cette expression amène les gens dans leur mouvement de vie. C'est au moyen de tels recueils d'information que l'aspect « transportant » de cette expression peut être reconnu et que ce qui ne serait autrement qu'une série d'à-coups, peut être introduit dans des thèmes qui ont des effets durables. C'est dans le contexte d'un tel recueil d'information que les gens tirent un sentiment que leur vie se déroule dans le sens de leur direction préférée. 5. La douleur psychologique et la détresse comme éléments d'héritage La douleur psychologique et la détresse émotionnelle peuvent être comprises comme des éléments d'un héritage exprimés par des gens qui, face au manque de réceptivité du monde qui les entoure, restent déterminés à ce que le trauma qu'eux-mêmes et d'autres ont traversé ne soit pas pour rien -les choses doivent changer en raison de ce qu'ils ont traversé. Grâce à cette compréhension, malgré l'absence d'une reconnaissance plus étendue que les choses doivent changer, ces gens deviennent des gardiens qui ne laisseront pas tomber le sujet et qui restent en garde contre des forces visant à atténuer leur expérience et risquant de reproduire le trauma dans la vie d'autres personnes. Dans le contexte des conversations thérapeutiques, et en engageant la participation de témoins extérieurs dans ces conversations, il est possible d'honorer de manière significative l'héritage exprimé par la doubleur psychologique et la détresse émotionnelle et de le partager avec d'autres. La manière dont les gens s'appuient sur leur expérience intérieure du trauma lorsqu'ils reconnaissent ce que d'autres ont traversé et qu'ils leur répondent avec une compassion qui touche leur vie et qui fait émerger un sentiment de solidarité, peut aussi être reconnu de manière significative. De plus, ces conversations thérapeutiques peuvent fournir un contexte pour reconnaître fermement comment ces gens, par l'expression de leur douleur et de leur détresse en relation avec le trauma, invitent les autres à être plus déterminés dans les positions qu'ils prennent vis-à-vis de ce qui est équitable et juste et de ce qui ne l'est pas. Michael White -------------------------------------------------------------------------------- Michael White est, avec David Epston, le créateur de la Thérapie Narrative. La thérapie narrative est le dernier né du courant dit de la troisième vague des thérapies brèves qui inclut également la thérapie orientée vers les solutions. Michael White et David Epston, sont deux psychologues australiens. Bien que pratiquée depuis le début des années 1980, la thérapie narrative n'a été connue publiquement qu' à partir de leur livre "Narratives Means to Therapeutic Ends" publié en 1990. L'essentiel du présent texte est tiré du livre "Narrative Therapy" de Freedman et Combs, deux américains qui ont contribué à vulgariser cette approche en Amérique du Nord
Varela. florilège
Florilège
" La création de sens (…). Si nous posons cette question sur le plan épistémologique, cela équivaut à mettre l'objectivité entre parenthèse. Autrement dit, nous ne pouvons plus supposer que les objets dans l'environnement du système doivent être considérés comme constitutifs ", F. Varela, Autonomie et connaissance, Paris Seuil, 1989, p. 217 (C. Guillaumin, juin 2001) " Je plaide en faveur d'une voie moyenne évitant à la fois Charybde (l'objectivité, postulant un monde donné de traits à représenter) et Scylla (le solipsisme, niant toute relation avec le reste du monde). Nous devons être des navigateurs courageux qui trouvent une route directe vers le point où se produit la co-émergence des unités autonomes et de leurs mondes. Il ne s'agit pas ici d'opposer le système et son monde pour trouver le gagnant. Du point de vue de l'autonomie, le système et son monde émergent en même temps ", F. Varela, Autonomie et connaissance, Paris, Seuil, 1989, pp. 223-224. (S. L'Heudé, juin 2001) " A ce moment précis, les deux niveaux que nous voulions maintenir séparés se révèlent inséparables ; nous perdons notre sens de l'orientation, nous ne savons plus qui repose sur quoi, et nous avons maintenant le sentiment de nous trouver face à un paradoxe ", F.Varela, in P. Watzlawick, L'invention de la réalité, Paris, Seuil, 1992, p. 329 (C. Chavigny, juin 2001) " La liberté ne consiste pas à vivre dans le monde ordinaire conditionné par l'ignorance et la confusion ; elle consiste à y vivre et à y agir en toute réalisation. La liberté ne signifie pas fuir le monde ; elle signifie transformer notre manière d'être tout entière, notre corporéité, au sein du monde vécu lui-même. Cette position n'est facile à comprendre pour personne -ni dans les cultures où le bouddhisme s'est épanoui, ni a fortiori dans le monde moderne. Nous pensons que le déni de fondement ultime équivaut à la négation du fait que notre monde et notre expérience recèlent une vérité ou une qualité ultime (...) ; dans le cas du nihilisme, échouant dans cette recherche, nous nions la possibilité de fonctionner dans notre expérience quotidienne d'une manière libératrice et transformatrice ", F. Varela, E. Thomson, E. Rosch, L'inscription corporelle de l'esprit, Paris, Seuil, 1993, p.316 (F. Lerbet-Sereni, juin 2001) " Dans toutes les traditions contemplatives, les maîtres expriment une instante mise en garde contre les conceptions figées et les concepts pris pour réalité. Nous reconnaissons à cet égard que notre propre projet de promouvoir le concept d'enaction dans les sciences cognitives comporte un danger certain, qui nous donne à réfléchir. Nous ne voudrions en aucun cas échanger la relative humilité de l'objectivisme contre l'orgueil consistant à penser que nous construisons notre monde. Mieux vaut un cognitiviste honnête qu'un théoricien de l'enaction imbu de lui-même et solipsiste " F. Varela, E. Thomson, E. Rosch, L'inscription corporelle de l'esprit, Paris, Seuil, 1993, p.334 (D. Violet, juin 2001)
22 mars 2006
Neuburger approche constructiviste
Approche constructiviste de l’étude de cas. Application au domaine des thérapies familiales. Robert Neuburger*
C’est le point de vue du thérapeute qui nous intéressera ici et non pas l’étude d’un objet qui serait “la famille”. En effet, c’est de moins en moins le patient, en tant qu’objet de la psychiatrie, qui mobilise l’attention, mais plutôt la façon dont les intervenants “créent”, à proprement parler, leur malade, par leur façon même de concevoir la maladie. L’étude de cas donne plus d’information sur l’observateur que sur l’objet observé. L’observation est auto-validée: si un observateur utilise dans son observation un point de vue disons linéaire, à savoir une logique linéaire, le produit de son observation sera bien entendu également linéaire avec toutes les conséquences pragmatiques congruentes avec la réalité ainsi créée. Notre approche du point de vue de l’observateur est constructiviste. Elle se réfère à la théorie développée à partir de 1940 par Heinz Von Foerster, élève de Piaget et qui a participé à l’invention et au développement de la cybernétique . Von Foerster constate que nous n’avons pas accès à la réalité du monde, nous sommes l’objet de sensations qui nous atteignent uniquement sur un mode quantitatif. Les aspects qualitatifs d’une réalité sont le produit d’un processus de computation récursive illimitée. Ce processus complexe fait apparaître une réalité parmi d’autres possibles. Ce qui fait apparaître une réalité est le mode computationnel, soit le “langage” avec lequel on la décrit. Au lieu du langage, on pourrait dire la logique ou le modèle de description. Nous pouvons actuellement proposer une classification des approches de la famille fonction de la lecture, de la logique ou du modèle (ces trois termes sont ici équivalents) utilisé par l’observateur, le produit et les conséquences des études de cas étant chaque fois distinctes. On peut distinguer des observateurs utilisant une modélisation prédictive ou non. • L’observateur prédictif, donnera une description la plus complète possible de l’objet, ici la famille, occupé qu’il est à permettre l’émergence d’hypothèses explicatives. - 1 - L’étude de cas • L’observateur non prédictif, sera plus attentif à prendre en compte dans sa description les processus et la dimension d’autonomie systémique. A-L’observateur prédictif. Il y a principalement deux modèles prédictifs utilisés actuellement dans les observations de cas: 1. Le modèle causal linéaire, où le thérapeute crée son objet “famille” de telle sorte qu’il soit véritablement un objet. Être “objectif”, c’est observer et parcelliser. Ce modèle est dit linéaire parce que du problème (par exemple: quelqu’un est déprimé), on peut inférer la cause, et essayer de l’isoler. En supprimant la cause, on supprimerait l’effet A—B. Exemples: - Cette femme est déprimée parce que son mari se comporte de telle ou telle façon. Il faut donc soigner son mari pour la soigner. - Cet enfant va mal parce que ses parents se comportent de façon anormale ou maladroite. Il conviendrait de changer leurs attitudes éducatives... Ce modèle méconnaît le temps. Le patient est malade, c’est un état, mais cet état serait réversible, pour autant que l’on traite la cause, comme si le temps n’existait pas. L’idéal thérapeutique est d’identifier la cause d’un état, pour le supprimer. Les thérapies familiales ont essayé de se dégager de ce modèle linéaire. 2. Le modèle causal circulaire, fruit de la découverte de la cybernétique (1940) est un modèle récursif, qui permet la maîtrise du futur par anticipation. Ce modèle a été une première révolution épistémologique. Définitions de base: Chaque élément est à la fois cause et effet. Il n’y a pas de causalité liée aux éléments. La causalité est dans la boucle elle-même. Aucun élément ne contient d’information sur la totalité de l’interaction. A B C - 2 - Colloque Interface INSERM/FFP - 15 mars 1996 La théorie de l’information a été créée à partir de ce modèle. Le thérapeute va créer une réalité issue de cette vision: il ne va plus voir les sujets, mais leurs interactions et leurs communications redondantes. On s’aperçoit alors que chacun fait pour le mieux, mais annule ce que fait le précédent. L’ensemble devient redondant, et aboutit parfois à une chronicisation, ou, du moins, induit des répétitions. Exemple 1: Un malade est hospitalisé. Il va mieux. Il rentre à la maison. Il va moins bien. Il est hospitalisé. Dans cet exemple, on voit comment une institution peut faire partie du problème, et contribuer involontairement au processus de chronicisation. Exemple 2: Un adolescent va mal. Sa mère est très inquiète, elle s’occupe beaucoup de lui. Le père ne se sent plus reconnu et s’éloigne. Le couple va mal. L’adolescent est inquiet. L’adolescent va mal. Da capo. Exemple 3: “Notre couple va mal, nous devons changer”, dit l’un -»Oui, notre couple va mal, et c’est toi qui dois changer!», dit l’autre. On a tenté de rompre ces circuits répétitifs: parentectomies, séparations du milieu pathogène, techniques d’action sur les communications pour bloquer les redondances (par exemple Virginia Satir au Canada). B-L’observateur non prédictif. 1. L’observateur systémique I : Crise et changement C’est la deuxième révolution épistémologique. Le modèle a été proposé par Ludwig Von Bertalanffy, dont l’idée principale est que l’évolution d’un système, d’un ensemble d’éléments, ne peut se faire sur un mode linéaire. Elle procède par des crises qui sont prédictibles dans leur survenue (il suffit qu’un élément change pour entraîner la crise du système tout entier) mais imprédictibles quant à leur effet. Par analogie, on peut considérer la famille comme un système. C’est une métaphore. Dans ce modèle le thérapeute voit le groupe comme un ensemble d’éléments évoluant dans le temps. La pathologie est interprétée comme une tentative du groupe pour bloquer le temps. Un groupe familial “normal” évolue dans le temps au travers de crises, et ces crises sont physiologiques. Elles sont soit endogènes (un enfant entre dans l’adolescence), soit exogènes (les grandsparents décèdent, le père perd son emploi, la famille doit émigrer, etc.). Mara Selvini Palazzoli et ses collègues ont inauguré le travail avec ce modèle à Milan. Leur technique d’intervention consiste à provoquer la crise, qui semble redoutée par le système familial: si la crise se produit, la famille n’aura plus besoin du patient désigné. - 3 - L’étude de cas Très souvent, en effet, on observe que “la pathologie” était développée bien longtemps avant l’appel de la famille: elle est “découverte” et devient l’objet d’une demande à l’occasion du risque de crise familiale... Il s’agit d’un modèle non prédictif. La prescription contre-paradoxale selvinienne a pour effet de provoquer la crise dans le système, afin qu’il trouve des solutions, qui seront ses solutions propres. La structure du contre-paradoxe repose sur le postulat de la solidarité du groupe qui ne peut accepter le sacrifice d’un seul de ses membres. Exemple (d’après Selvini) Une famille présente une jeune fille anorexique. Selvini note que la famille a d’abord habité chez la grand-mère maternelle, puis chez les grands-parents paternels. Elle observe que le seul moment où la mère pleure est celui où ce thème est évoqué. Elle ne pleure pas lorsque l’on évoque le fait que sa fille pèse 33 kilos ! Selvini remarque que les troubles de cette fille ont débuté après que son fiancé se soit déculotté un soir dans un café, ce qui avait conduit à son emprisonnement. A cette occasion toute la famille avait fait pression sur la jeune fille pour qu’elle ne voit plus son fiancé. Clairement cette jeune fille est en position d’opposition et de vengeance. Selvini dit ceci: “Il est souhaitable qu’elle ne mange pas parce que sinon elle aurait à nouveau des seins et des fesses. Ayant des seins et des fesses, elle aurait envie de revoir son fiancé et sa grand-mère mourrait de chagrin”. L’effet de ces prescriptions est à rapprocher des premières interprétations de Freud, c’est-à-dire une action fulgurante, mais brève! C’est la première approche non prédictive en thérapie familiale au sens ou ce modèle de description engendre une technique thérapeutique destinée à mettre un système en crise, c’est-à-dire à le confronter à lui-même, à devoir sécréter ses propres solutions sans que le chemin vers ces solutions soit prédéterminé par le thérapeute. Depuis, le modèle selvinien a été repris de manière différente. 2. L’observateur systémique II Cette approche dérive d’une nouvelle théorisation, issue d’une nouvelle logique, celle de l’autoorganisation . Deux Chiliens, Varela et Maturana, sont à l’origine de ce modèle (cf. le Colloque de Cerisy sur l’auto- organisation en 1980. Ed. du Seuil). Il permet de faire apparaître des réalités de la famille, qui peuvent avoir des effets thérapeutiques intéressants. Varela et Maturana ont proposé une théorie de la vie qu’ils ont nommée «autopoïésis». D’après cette théorie, la vie d’une cellule n’est ni dans les éléments qui la constituent, ni dans l’interaction entre ces éléments. Elle gît dans l’interaction entre des mondes d’éléments de types logiques différents. Cette interaction provoque l’apparition d’éléments homologues dans d’autres mondes d’éléments, ce qui a - 4 - Colloque Interface INSERM/FFP - 15 mars 1996 pour effet de différencier un dehors et un dedans et de procurer ainsi une «identité» à la cellule, c’està- dire la possibilité de se différencier du monde extérieur. La vie est la capacité de maintenir une différence. C’est l’hétérogénéité même du système qui lui donne son identité. Dans cette vision, on peut dire que la vie est la capacité de préserver la vie. Application à la thérapie familiale : L’observateur peut voir la famille comme une cellule vivante dotée de capacités auto-organisationnelles et autocuratives, préservant ainsi son identité et celle de ses membres. Quels sont les mondes d’éléments qui sont ici en interaction? (Les éléments ne sont pas les sujets). Il y en a deux: • Ie monde des mythes, • Ie monde des rituels. Dans cette vision, la famille, c’est “l’idée de la famille”. Les membres de la famille ont développé l’idée qu’ils sont une famille à partir d’éléments mythiques: par exemple l’idée, ou les idées, concernant les qualités ou les défauts du groupe qui lui seraient spécifiques; les relations que ce groupe doit entretenir avec le monde extérieur, etc. Les rituels sont complémentaires du mythe. Ce sont toutes les conduites répétitives qui ont pour fonction de renforcer le pôle mythique du groupe, en le faisant transparaître. Tout groupe humain : famille, couple, institution... n’existerait qu’au travers de cette “danse” entre pôle mythique et pôle rituel. La pathologie sera alors interprétée comme une tentative du groupe pour préserver son identité. Conclusion Chacun des modèles présentés (il y en a actuellement d’autres, qu’il serait trop long ici de présenter) produit un thérapeute qui “crée” une pathologie différente de part une observation différente: • Dans la lecture linéaire il peut dire: “Il est malade à cause du comportement de l’un ou de l’autre”. • Dans la lecture circulaire: “Il est malade parce qu’ils ont des problèmes de communications redondantes: ils se parlent, mais ne s’entendent pas”. • Dans la lecture systémique I: “Il est malade parce que le système est bloqué à une phase de son évolution: ils se comportent comme une famille avec un préadolescent”, par exemple. • Dans la lecture systémique II: la définition de la pathologie est nouvelle; son émergence est une solution pour le groupe, elle a pour effet d’augmenter la “densité” de la famille, que l’extérieur comprend de moins en moins bien parce que son mode de fonctionnement devient trop complexe. A partir de cette lecture, on a proposé des techniques d’intervention basées sur des prescriptions de rituels, des renforcements narcissiques du groupe... Ainsi chacun des modèles que nous venons de décrire comporte une formulation de la normalité: - 5 - L’étude de cas • Dans le modèle linéaire, c’est lorsque “il n’y a pas de problème”. • Dans le modèle circulaire, c’est lorsque la communication est “bonne”. • Dans le modèle systémique I, c’est pouvoir changer quand il le faut. • Dans le modèle systémique II, c’est savoir protéger son identité de groupe en même temps que son identité individuelle. L’approche thérapeutique sera donc différente en fonction du modèle auquel la famille paraît aliénée, c’est-à-dire selon le mode de description du cas utilisé par l’observateur. Chaque observateur créé non seulement son objet, son idée de la normalité, son idée de la pathologie, mais aussi ses outils thérapeutiques. * Psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et de famille 95, Bd St Michel - 75005 - Paris Repères bibliographiques DUMOUCHEL (P.), DUPUY (J.P.) (Edit.),L’auto-organisation, de la physique au politique (Colloque de Cerisy 1981), Paris, Seuil, 1983 LEMOIGNE (J.L.), La théorie du système général : théorie de la modélisation, Paris, P.U.F., 1977 La modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, 1990 NEUBURGER (R.), L’autre demande (Psychanalyse et thérapie familiale systémique), Paris, E.S.F., Coll. «Sciences humaines appliquées», 1984 (***) L’irrationnel dans le couple et la famille, Paris, E.S.F., Coll. «Sciences humaines appliquées», 1988 Neuburger R. (1991): “Ethique de changement, éthique du choix: une introduction à la thérapie familiale constructiviste”. In: Système éthique et perspectives en thérapie familiale, sous la direction d’Y. Rey et B. Prieur, E.S.F. Neuburger R.: «le mythe familial», Paris ESF 1995 PIAGET (J.), Le structuralisme, Paris, P.U.F., Coll. «Que sais-Je ?», N°1311, 1968 SEGAL (L.), Le rêve de la réalité, Paris, Seuil, Coll. «La couleur des idées», 1990 SELVINI-PALAZZOLI (M.), BOSCOLO (L.), CECCHIN (G.F.) PRATA (G.),Paradoxe et contre-paradoxe : un nouveau modèle pour la thérapie de la famille à transaction schizophrénique, Paris, E.S.F. Coll. «Sciences humaines appliquées», 1978 (***) VARELA (F.), Autonomie et connaissance, Paris, Seuil, 1989 Connaître les sciences cognitives, tendances et perspectives, Paris, Seuil, 1989 Von Foerster H. (1981): “On constructing a reality”. In: Observing systems, Intersystems Publication. - 6 - Colloque Interface INSERM/FFP - 15 mars 1996 - 7 - L’étude de cas - 8 - Colloque Interface INSERM/FFP - 15 mars 1996