23 février 2006
Interview de Laing
22 février 2006
Von Foerster
Auto-référence et émergence
de l’observateur
Heinz Von Foerster au dernier congrès de bruxelles
émerge lentement apparaissant progressivement derrière le pupitre,
s’élève de plus en plus haut, reste comme suspendu un instant,
redescend lentement, puis s’exprime:
Mesdames et
messieurs :
Comme vous pouvez le constater
j'ai pris le titre de cette session
au sérieux : "auto-référence
et émergence de l'observateur".
Je l'ai pris tellement au sérieux
que j'ai même regardé "émergence"
dans le dictionnaire.
Qu'est-ce que cela signifie?
D'où vient ce mot ? J'ai appris dans le dictionnaire de
l'héritage Américain de la langue anglaise que "émergence"
est une notion secondaire. La notion primaire
est d'être sub-mergé. Cela veut dire, que nous sommes
d'abord dans le terme "merge" duquel nous émergeons.
Maintenant, qu'est-ce que ce "merge" ?
Ceci n'était pas facile à découvrir, mais après une
recherche étymologique approfondie je crois que
nous pouvons dire que le terme "merge" comprend un
état de brouillard indéfini, impersonnel et nébuleux
dans lequel nous sommes tous submergés, et dont
nous devons émerger pour devenir celui que
nous décidons d'être.
Avec ma démonstration introductive de l'émergence
je pense ne pas trop parler de ce processus miraculeux,
étant donné que notre jury comporte les émergéologistes
les plus compétents qui vont nous illuminer
sur ce sujet.
De façon plus technique
bien sûr je devrais parler
de nos orateurs, comme
d'ontogénéticiens, ou
comme ils préfèrent
s'appeler : "de constructivistes",
"des constructivistes
radicaux", "d'accoucheurs",
etc... ; Où
alors, s'ils viennent de
l'école de la pensée de
Prigogine, on pourrait
les appeler ceux "qui
vont l'être ou devenir".
Dans ma version, si on
ne veut pas se prendre pour quelqu'un qui va de soi
comme étant un être humain, mais comme un être
qui devient, c'est à dire un "être devenant".
Ceci est, bien sur, la perspective des existentialistes,
qui sont partis de la signification de la racine
latine "exsistere" : prévenir, survenir, apparaître.
Pour moi, José Ortega y Gasset le dit de façon plus
remarquable:
"L'Homme n'a pas une nature, mais une histoire...
L'Homme n'est pas une chose, mais un drame... Sa
vie est quelque chose qui doit être choisie, inventée
alors qu'il progresse, et un homme est dans ce
choix et cette invention. Chaque homme est son
propre auteur, et bien qu'il puisse choisir entre être
un auteur original et un plagiaire, il ne peut échapper
à ce choix... Il est condamné à être libre".
Effectivement, nous sommes
condamnés à être libre ! Des trois concepts : "autoréférence",
"émergence",
et "observateur" qui
composent le thème de cette session,
permettez moi de traiter maintenant
de celui "d'observateur". Si
nous prenons la perspective existentialiste,
nous comprenons que
quand un observateur émerge finalement,
toute observation est déjà
faite. Donc, nous devons nous
concentrer sur le fait d'observer, et
nous pourrions appeler notre session
"observer l'auto-référence en
émergence". Je pense, que cette
paraphrase du titre original peut
suggérer plus explicitement l'interaction
de nos trois concepts, dont
chacun doit son existence (émergence)
aux deux autres.
Il y a 400 ans le sceptique français
Michel E. De Montaigne avait constaté
que l'essence même de l'observateur
n'était pas tellement servare
(de servir), animadversare
(d'attendre), spectare (de regarder),
contemplare (de contempler),
conservare (de conserver), etc...,
mais est distinguere (de séparer,
de diviser).
Il y a dix ans le logicien anglais G.
Spencer Brown a écrit un petit livre
de grande importance dans lequel
il dit : "le thème de ce livre est que
l'univers nait quand un espace est
séparé ou démonté". Il appela son
livre "Les lois de la forme" et le premier
paragraphe du premier chapitre
"Forme" se lit ainsi :
"Nous prenons comme acquit l'idée
de distinction et l'idée d'indication,
et que nous ne pouvons pas faire
une indication sans faire une distinction.
Nous prenons donc la
forme de distinction pour la forme".
Et la première directive du deuxième
chapitre "les Formes sorties de
la Forme" est :
"Construction
Faites une distinction".
Il est facile de noter qu'ici à nouveau
nous avons une triade de
concepts mutuellement dépendants
quand nous permettons
qu'"observer" s'associe "à distinguer"
et "indiquer", où chaque
concept a besoin des deux autres
pour apparaître.
Francisco Varela a appelé les
développements logiques fascinants
de G. Spencer Brown un
"calcul d'indication". Mais il a aussi
remarqué un aspect encore plus
fascinant de pareilles constellations
de concepts qui ont besoin
les uns des autres pour exister,
notamment que ces constellations
ont besoin elles aussi d'ellesmêmes
pour exister. Aussi, il a
élargi ce "calcul d'indication" à un
"calcul d'auto-référence".
Laissez-moi maintenant dire
quelques mots sur le fait de s'auto-
référencer en tant que composant
inévitable d'observer et, bien
sur, d'émerger.
L'approche orthodoxe
appliquée aux références
qui se ramènent à la référence
est, comme vous le savez
tous, d'éviter une telle référence
comme la peste. Cette phobie se
justifie habituellement par la crainte
que ces réflexions permettent aux
paradoxes d'apparaître. Et je suis
sûr que vous pouvez tous vous rappeler
les dégâts occasionnés par
les propositions paradoxales aux
catégories logiques d'orthodoxie
soigneusement répertoriées. Dans
ce classement, la Vérité et le
Mensonge sont soigneusement
séparés : si nous regardons ces
termes sous l'intutilé "vrai", nous
trouvons le terme "faux", si nous
chercons "faux", nous trouvons
alors "vrai". Rappelez-vous le barbier
du village qui ne rase que les
habitants qui ne se rasent pas euxmêmes
? Et le barbier alors ? Il ne
peut pas se raser, puisqu'il ne rase
que ceux qui ne se rasent pas euxmêmes
; et s'il ne se rase pas il doit
se raser lui-même, car précisément
il fait partit de ceux qui ne se rasent
pas.
Je trouve fascinant que la beauté
des dynamiques créées par les
paradoxes n'ait pas été perçue par
nos plus grands penseurs des 2
700 dernières années, et ce depuis
l'invention par Epiménide de ses
énigmes logiques. Ross Ashby, le
psychiatre cybernéticien, Gregory
<< L’homme n’a pas une nature, mais
une histoire... L’homme n’est pas une
chose qui doit être choisie, inventée alors
qu’il progresse, et un homme est dans ce
choix et cette invention. Chaque homme
est son propre auteur , et bien qu’il puisse
choisir entre être un auteur original ou
un plagiaire, il ne peut échapper à ce
choix ... il est condamné à être libre>>.
José Ortega y Gasset
Bateson, l'anthropologue épistémologue,
et G. Spencer Brown le
logicien poétique furent les premiers,
il y a à peine 30 ans, a attirer
notre attention sur la richesse
d'une logique qui ne contient pas
uniquement des propositions qui
peuvent découler d'autres propositions,
mais également des propositions
qui en engendrent des nouvelles
, c'est à dire, ils ont indiqué
la voie pour un calcul d'ontogénétique,
un calcul de l'émergence.
Ici l'accent est mis sur le processus
et non sur le produit, autrement dit,
sur les processus par lesquels
nous établissons la vérité ou le
mensonge, et non pas les produits
"vrai" ou "faux". Avec cette nouvelle
perspective on ne se demande
pas comment éviter les paradoxies
du "soi", mais on se
demande qu'est-ce qu'e
le "soi" pour qu'il puisse
se référer à lui-même?
Bien sur, la nature régénératrice
de ce processus
ne peut être vu quand
cette machine est arrêtée
par la nominalisation :
quand un verbe es castré
pour devienir un nom, un
objet, une commodité. En
faisant cela on peut parler
de termes comme "je", un
"moi", "ça" ? Et donc éviter
la question "qui parle
?"
Par ailleurs, la nature régénératrice
de ce processus n'est pas très visible,
car contrairement aux propositions
paradoxales, quand on la
comprend d'une façon, par exemple,
par "vrai", donne une autre
façon, à savoir "faux", et vice
versa, on peut comprendre "soi"
comme on veut et il donne une
autre façon. Ceux qui connaissent
les charmes des nouvelles mathématiques
appelés "la théorie
chaos", ont pu reconnaître dans la
nature illusoire de "soi" le personnage
de "l'attracteur chaotique". Je
crains, néanmoins, que ces nouveaux
mathématiciens n'aient pas
réussis à faire apprécier les idées
incroyables à un auditoire de thérapeutes
familiaux.
Je voudrais donc faire appel
à un ami qui, en toute probabilité,
est connu de nous
tous, Ludwig Wittgenstein,
de m'aider à clarifier le point que
souhaite développer.
La proposition 5.631 dans son
Tractatus logico-philosophicus se
lit :"Si j'écrivais un livre intitulé le
monde tel que je l'ai trouvé, je
serais obligé d'inclure un rapport
sur mon corps, et dire quelles parties
étaient subordonnées à ma
volonté, et celles qui ne l'étaient
pas, etc..., ceci étant une méthode
d'isoler le sujet, ou plutôt de montrer
d'une manière notable qu'il n'y
a pas de sujet; car tout seul il ne
pourrait être mentionné dans ce
livre".
Maintenant, si moi,
Heinz Von Foerster,
devait écrire un livre
intitulé le Monde tel
que je l'ai trouvé, je serais aussi
obligé d'inclure un rapport sur
mon corps, etc., etc., mais je
devrais aussi inclure un rapport
sur l'aspect des autres qui me ressemblent
et qui peuplent le
monde tel que je l'ai trouvé. A
cause de ceci je ne peux voir à
travers les yeux des autres. C'est
Victor Frankl, le psychothérapeute
Viennois qui m'a appris cela.
J'ai rencontré le Dr Frankl après la
deuxième guerre mondiale. Il sortait
de l'enfer des camps de
concentration, il était le seul survivant
de sa famille. Dans la Vienne
d'après guerre, conquit par les
Russes, alors occupée par les quatre
puissances Alliés, sa présence
et sa pratique comme thérapeute,
comme guérisseur des expériences
traumatiques avait une importance
vitale. Un jour on lui amena
un homme souffrant d'une grave
dépression. Son épouse et lui
avaient été dans des camps d'extermination
différents, et par miracle
ils avaient survécus et vivaient
alors à Vienne. Seulement après
quelques mois de vie commune,
elle mourrut d'une maladie contractée
dans le camp. L'homme est
devenu dépressif. Il s'arrêta de
manger, il cessa de participer
à la vie autour de lui.
Ses amis l'ont amenés
chez Frankl, et ils parlèrent
pendant longtemps.
Finalement, Frankl lui
demanda : "Supposons
que Dieu veuille me donner
le pouvoir de créer une
femme identique à la vôtre.
Vous ne pourriez constater
ou sentir aucune différence
; l'apparence, le goût, les
conversations, les souvenirs,
tout serait identique à
votre épouse. Me demanderiez-
vous de créer une
telle femme ?" Il y eut un
long silence. Puis l'homme répondit
: "non".
Frankl dit : "Merci"; et l'homme
reparti chez lui et commença à
revivre.
Quand j'ai demandé au docteur
Frankl: "Que s'est-il passé ?
Qu'est-ce que vous avez fait ?" il
répondit : "Toute sa vie, dans l'union
de ces deux êtres humains,
l'homme voyait à travers les yeux
de sa femme. Quand elle mourrut,
il fut aveugle. Mais quand il a vu
qu'il était aveugle, il revoyait ! C'est
pareil pour nous ! Nous voyons à
travers les yeux de l'autre".
Je vous prie d'accepter ceci
comme métaphore du thème de
notre session : "Auto-référence et
émergence de l'observateur".
Chef de file
de l’école stratégique
<<strategic family
therapy>>,
Jay haley est
co-fondateur
et co-directeur
du <<Family Therapy
Institute
of Washington , D.C.
21 février 2006
Klimt
impressionnant ce début de 20 ème siècle
20 février 2006
Faire plus de la même chose
Epouser une athée
La famille de Mulla Nasrudin était consternée parce que la fille qu'il planifiait d'épouser était une athée.
"Nous ne vous laisserons pas épouser une athée," dit sa mère.
"Qu'est-ce que je peux faire ? Je l'aime," dit le jeune Nasrudin. "Bien", dit sa mère,
"si elle vous aime, elle fera tout ce que vous lui demanderez. Vous devriez lui parler de la religion.
Si vous êtes persistants, vous pouvez la convaincre."
Plusieurs semaines passèrent, un matin au petit déjeuner le jeune Mulla paru absolument effondré.
"Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda sa mère.
"J'ai pensé que vous faisiez de bon progrès dans vos explications de la religion avec votre jeune petite amie .
"C'est çà l’ennui dit Nasrudin, J'en ai tant fait, qu'hier dans la nuit elle m’a dit qu’elle était si convaincue,
qu’elle allait étudier pour devenir nonne."
16 février 2006
un bon texte de base (auteur inconnu)
Au début des années 1980, la parution du livre de Paul Watzlawick «L’invention de la réalité », les travaux de Ernst Von Glaserfeld, de Heinz Von Foerster (travaux sur la 2e cybernétique) et de Humbert Maturana et Francisco Varda (travaux sur la perception) apportent une modification de certains aspects de l’épistémologie systémique. On ne voit pas les systèmes humains comme ayant seulement une tendance à l’homéostasie mais aussi comme ayant des potentialités évolutives dans des directions imprévisibles.
C’est le passage théorique de la première cybernétique à la deuxième cybernétique. Les systèmes sont considérés comme étant en évolution, constamment en mouvement, influencés par les autres systèmes avec qui ils sont en interaction. Dans la première cybernétique, le thérapeute était vu comme étant à l’extérieur du système, l’observant de façon neutre. Dans la deuxième cybernétique, il est perçu comme faisant partie de la «réalité observée», comme participant à la «co-construction» de la réalité de ce système : Un nouveau système se forme :« famille et thérapeute ».
Le symptôme n’est plus perçu comme ayant comme fonction de maintenir l’homéostasie dans le système, mais comme indiquant un état de crise et un désir d’évolution.
De cette nouvelle épistémologie naît le constructivisme. Le dictionnaire clinique des thérapies familiales systémiques nous en donne la définition suivante : «Selon cette école de pensée, la réalité sur laquelle se fonde une connaissance (épistémologie) ne préexiste pas à l’observation. Elle est construite par l’observateur sous la forme de modèles, de paradigmes ou de cartes. Ceux-ci entretiennent avec l’environnement un rapport lui-même soumis à une constante évolution. On ne cherche pas ici à connaître la réalité, mais à mieux comprendre comment les modèles se construisent et de quelle manière ils peuvent servir à atteindre des finalités pragmatiques. » (Benoit et col., 1988, p. 81)
Luidgi Onnis parle de circularité constructive entre observateur et système observé. Il voit le rôle du thérapeute comme celui d’introduire dans le système des éléments d’une plus grande complexité, d’introduire de nouvelles informations, de lui apporter d’autres choix possibles, d’autres alternatives, de façon à remettre en marche le processus évolutif. Selon ses dires, la famille créera elle-même les formes et les directions, tout à fait imprévisibles, de son propre changement.
Dans son article « Le renouvellement épistémologique de la thérapie systémique », il souligne la multidimensionnalité du processus mental : la spécificité de l’individu, le système auquel il appartient, ses comportements agis dans l’ici-et-maintenant et son histoire sont des niveaux différents d’une même réalité humaine qui sont complémentaires et en corrélation.
Le thérapeute familial doit apprendre à développer une analyse systémique. En observant le processus interactionnel, il identifiera d’abord la structure des systèmes faite de triangles, de règles et de rôles qui rendent prévisibles les interactions familiales.
Dans cette analyse, il devra tenir compte également des loyautés, des mythes, des secrets et des différents cycles de la vie du système. Un système familial peut en effet vivre différents stades de développement, différents cycles de vie : la formation du couple, la naissance des enfants, la période de l’adolescence, le départ des enfants, le vieillissement... Chaque nouvelle étape demande des changements au sein des relations entre les membres. Des réajustements doivent être faits. Certains systèmes plus rigides vivent difficilement ces périodes de transition et ne trouvent pas une réponse adéquate face à l’exigence de changements. C’est souvent à ce moment que des symptômes peuvent apparaître chez un des membres de la famille.
Afin de nous aider à organiser l’information obtenue sur un système, différents instruments peuvent être utilisés, tels la carte familiale et le génogramme. Le génogramme est un graphique représentant une constellation familiale sur plusieurs niveaux générationnels. Ce génogramme peut donner des informations concernant les noms, les prénoms et la filiation. Il peut également indiquer des dates de naissance, de mariages, de maladies ou de décès (Benoit et coll., 1988, p. 220).
Le thérapeute fera des hypothèses circulaires quant aux différentes fonctions du symptôme. Elles lui permettent de faire un choix de stratégies d’intervention.
Le thérapeute est actif, interventionniste. Il favorise des transformations systémiques en utilisant différentes techniques. Nous en présenterons quelques exemples : la prescription de tâches comportementales à effectuer durant les entrevues ou à la maison, l’utilisation du recadrage et du paradoxe et le questionnement circulaire.
Diverses applications sont possibles à l’intérieur du paradigme de la thérapie systémique. L’approche systémique nous sensibilise à l’importance d’être attentif à l’influence des différents contextes sociaux sur le comportement d’un individu. Pensons par exemple à l’impact du rapport entre la famille de l’enfant et le personnel scolaire sur le comportement du jeune étudiant.
La pensée systémique peut s’appliquer à comprendre des systèmes plus grands tels que l’organisation des différents établissements scolaires, hospitaliers, psychiatriques... Ces systèmes institutionnels ont aussi leur structure, avec des rôles, des règles, des jeux relationnels passés et présents, des finalités, une histoire. Mara Selvini Palazzoli et son équipe fournit plusieurs lectures systémiques de différentes organisations dans ses volumes Le magicien sans magie et Dans les coulisses de l’organisation.
Début de la deuxième cybernétique
Le principe d'incertitude |
Avant d'étudier le sort du noyau de l'étoile, il nous faut faire un petit détour vers la théorie, en l'occurrence la mécanique quantique. Faisons donc connaissance avec l'une des caractéristiques fondamentales de celle-ci : le principe d'incertitude. Position et vitesse d'une particule Imaginons que nous avons à donner une description complète d'un électron, c'est-à-dire à déterminer des grandeurs comme sa position ou sa vitesse. A première vue, cela ne pose pas de problème et nous devons pouvoir mesurer ces quantités avec une précision illimitée. C'est ce que la physique classique prévoit, mais l'avis de la mécanique quantique est différent. Selon elle, toute description d'un phénomène physique doit prendre en compte l'acte d'observation. Ainsi, nous ne pouvons pas nous contenter de dire qu'il n'y a aucune difficulté dans la mesure, mais, au contraire, il nous faut étudier avec soin la façon dont nous allons effectuer celle-ci. Essayons donc de mesurer simultanément la position et la vitesse de l'électron. Le moyen le plus simple est d'utiliser un rayon lumineux. Nous ne sommes pas limités à la lumière visible, nous pouvons avoir recours à toute la gamme des ondes électromagnétiques, depuis le domaine radio jusqu'aux rayons gamma. Commençons avec un faisceau radio, de longueur d'onde un mètre par exemple. Le problème qui se pose est que nous ne pouvons déterminer la position de l'électron qu'avec une précision de l'ordre de la longueur d'onde. Ainsi, avec notre rayonnement radio, nous ne pouvons déterminer la position qu'à un mètre près. Pour augmenter la précision, la solution est simple. Passons de l'autre côté du spectre électromagnétique et utilisons des rayons gamma. Les longueurs d'onde sont maintenant très petites et la position de l'électron peut être mesurée avec une grande précision, par exemple un millionième de milliardième de mètre. Mais un nouveau problème se pose. Les photons qui composent le rayonnement gamma sont très énergétiques. Leur rencontre avec l'électron est violente et le choc perturbe le mouvement de la particule, donc sa vitesse. En conséquence, une grande incertitude affecte maintenant notre détermination de cette dernière. Pour ne pas perturber la particule et pouvoir mesurer avec précision sa vitesse, il faut avoir recours à un rayonnement peu énergétique, donc aux ondes radio. Et nous nous retrouvons finalement dans le cas précédent, avec une grande incertitude sur la position. Werner Heisenberg : Würzburg, 1901 - Munich, 1976. Auteur du principe d'incertitude (ou d'indétermination). Le principe d'incertitude La situation est inextricable et c'est l'un des enseignements de la mécanique quantique, connu sous le nom de principe d'incertitude : il est impossible de connaître, avec précision, à la fois la position et la vitesse d'une particule. La présentation ci-dessus, qui illustre l'importance de l'acte d'observation, pourrait laisser penser qu'il s'agit d'un problème expérimental et que des techniques plus raffinées pourraient surmonter la difficulté. Il n'en est rien. Le principe d'incertitude est une propriété fondamentale de la matière, pas un problème expérimental. La mécanique quantique, dont les prédictions ont été maintes fois vérifiées, indique clairement qu'un électron ne possède pas à la fois une position et une vitesse précises. Les observations ne font que mettre en évidence cette propriété, elles n'en sont pas à l'origine. Mais, me direz-vous, les objets de la vie quotidienne semblent se conduire de façon plus raisonnable. Il est possible de déterminer avec une grande précision la vitesse et la position d'une voiture. Pourquoi ces objets ne sont-ils pas soumis au principe d'incertitude ? En fait, ils le sont également, mais cela n'a pas de réelle conséquence. La raison en est que ces objets ont des masses sans commune mesure avec celle d'une particule élémentaire. Si un photon peut influencer le mouvement d'un électron, dont la masse est extrêmement faible, il lui est impossible de perturber un objet de plusieurs kilogrammes. L'acte d'observation n'a donc pas d'influence. En conséquence, le principe d'incertitude n'a pas d'effet direct sur notre vie de tous les jours. Il est bel et bien possible d'attribuer à tout corps macroscopique une position et une vitesse bien déterminées. Et dans ce cas, ce sont effectivement les possibilités technologiques qui limitent la précision des mesures. |
© Texte Olivier Esslinger 2003-2006 Reproduction du texte à fins non commerciales autorisée moyennant mention de la source |
André Kertész, 1933, Distorsion
hypnose
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Cet article envisage quelques aspects de l'hypnotherapie actuelle : son insertion historique (des origines à Milton Erickson ), ses utilisations cliniques actuelles ( avec quelques exemples ) et décrit la formation d'un hypnothérapeute dans ces perspectives. 2. Utilisations thérapeutiques actuelles La modification de l'état de conscience obtenue permet différentes utilisations:
1. Métaphores: Les ressources inconscientes, citées ci-dessus seront mobilisées par exemple, par des métaphores thérapeutiques dont l'hypnose maximalise l'efficacité. En effet, si le thérapeute peut raconter des métaphores à son patient à l'état de veille, ces récits seront vécus de façon bien plus intenses en état hypnotique en raison de l'implication émotionnelle particulièrement intense pendant la transe. Des signes physiologiques de cette implication sont apparents : larmes, transpiration, sourires, crispations, etc. . Si l'on ajoute que bien souvent une amnésie spontanée ou suggérée suit ce récit, on comprend mieux que l'effet de ce travail c-à-d le changement souvent rapide qui intervient dans la vie du patient étonne celui-ci, qui se demande alors ce qui a pu lui arriver ... Un exemple : une patiente âgée, ayant occupé toute sa vie à l'éducation de ses deux filles, souffrait d'un état dépressif qui nécessitait des soins depuis 25 ans. Très rapidement, elle décrit son sentiment d'infériorité par rapport à son mari plus instruit, ayant fait une carrière dans l'administration. Elle dit son impression d'être "toute petite" à coté de lui un jour où, prostrée au fond de son lit, noyée dans ses pleurs, il est venu lui dire le discours habituel de l'entourage des dépressifs (yaka, tu devrais, tu as tout pour être heureuse, etc. ): la taille de cet homme, debout à coté d'elle, lui donnait littéralement un "point de vue", une image du monde, qui fut utilisée dans une métaphore, celle du géant aux pieds d'argile. Dans celle-ci, un géant, craint par tous, se révèle être fragile, handicapé. Très rapidement, l'image que la patiente avait d'elle-même et des autres se modifia avec toutes les conséquences prévisibles que cela eu sur son état de santé, son couple et son comportement plus général (activités , look ,...). J'ai pût vérifier que 10 ans plus tard, elle se porte toujours aussi bien, ne consomme plus de médicaments , et ...ignore toujours la métaphore qui l'aida à changer . 2. L'interrogation de l'inconscient : que la réponse soit verbale ou idéo-motrice. Ce questionnement permet de retrouver des souvenirs auxquels le conscient n'a plus accès et qui peuvent dès lors être utilement travaillés. Au delà des exemples classiques largement illustrés par FREUD et regroupés sous le terme d' "abréaction", un exemple plus ponctuel et tiré de la vie de tous les jours permettra d'illustrer différemment ce propos : il apparaît que dans les moments de transe spontanée que vous et moi vivons X fois par jour, notre état de conscience est modifié en ce sens que notre niveau de vigilance est bas et notre inconscient ainsi plus exposé à des suggestions, avec moins de défenses conscientes. Dans ces moments, une phrase d'allure banale peut "s'imprimer" aisément ( d'où le terme "imprint ) et à notre insu dans notre esprit et y produire ses effets. Un exemple : Une femme de 42 ans consulte pour une baisse importante et inexpliquée de sa vision, qui a nécessité un changement de verres de ses lunettes . Elle retrouve ,en transe,un souvenir qui date, dit elle, de deux ans. Son oculiste lui aurait alors dit: "votre vue n'a rien, mais je vais quand même vous prescrire des lunettes. Et dans deux ans, il faudra revenir pour changer vos verres " . On sait ce qui en est advenu... Pour accepter de telles suggestions, les suivre jusque dans sa physiologie oculaire, porter des lunettes alors que sa vue est bonne, cette patiente d'un très bon niveau d'intelligence, ne pouvait disposer au moment des faits, de tous ses moyens de défense conscients .... Le travail de ce souvenir et de ses conséquences amena une amélioration rapide de sa vision. Mais comment aurait on pût traiter cette patiente sans employer le même état de conscience modifié qui avait permis au problème de survenir? Autre exemple : Dans les suites d'une intervention chirurgicale qui s'est par ailleurs bien déroulée, une patiente développe un état anxieux important que rien ne parait justifier. En hypnose, elle retrouve le souvenir d'une phrase dite par l'anesthésiste au chirurgien - et combien banale en salle d'op ! - : " dans 2 heures, ce sera fini ." Ce que cette patiente entendit dans un sens différent, celui de sa mort dans deux heures... avec les conséquences que l'on sait! Entre parenthèses, combien de phrases d'allure banale, dénuées de toute intention de nuire, sont prononcées par des soignants qui n'imaginent pas un instant le chemin que ces phrases, ces suggestions, parcourront dans l'esprit ( puis le corps ) de celui ou celle qui les a reçues... 3. Lévitation - catalepsie : Les comportements idéo-moteurs sont des réponses motrices à des idées suggérées : il est classique de développer ainsi des lévitations (du bras, par exemple) ou des catalepsies. Celles ci illustrent l'impact physiologique du travail de l'hypnothérapeute, ratifient l'état hypnotique et permettent d'illustrer comment celui-ci peut affecter d'autres mécanismes physiologiques tels que douleur, spasme (bronchique, digestif, urologique, gynécologique, etc.), l'immunité... On comprend mieux, dès lors, l'intérêt de l'hypnose thérapeutique au niveau corporel, dans les différentes spécialités de la médecine, et pas seulement en psychiatrie . 4. Mémoire : Des modifications de la mémoire sont possibles en état de transe : hypermnésie, amnésie, modification d'un souvenir traumatique (accident, agression, abus sexuel, etc...). Dans le syndrome post-traumatique ( P.T.S.D ) , il est évident que le traumatisme causal (catastrophe, accident, viol,torture, ...) a lui-même provoqué une modification de l'état de conscience telle que la scène est vécue à un niveau qui rendra illusoire tout travail conscient ultérieur : là où le traumatisme a été vécu à un niveau d'impact essentiellement inconscient, la voie royale, "l'autoroute thérapeutique" utilisera aussi la modification de l'état de conscience, mais sur le chemin de la guérison cette fois! Les survivants sains de ces traumatismes ont d'ailleurs utilisé - sciemment ou non - un mécanisme de dissociation hypnotique pour survivre le moins mal possible à ces sévices (voir à ce propos l'article de Gisela PERREN - KLINGER , paru dans la revue médicale de Suisse Romande , IIO , 77 - 8I , I99O . ) 5. La distorsion du temps : Une autre caractéristique de l'état hypnotique : le temps passe très vite quand vous effectuez un trajet en voiture ou en train et que votre attention n'est pas nécessaire, qu'elle peut devenir "flottante ", que vous êtes ailleurs comme on dit... Vous éprouvez dans ces moments non seulement la dissociation hypnotique (être ailleurs) mais aussi une perception du temps discordante par rapport à ce que vous dit votre montre. Le patient qui termine sa première séance d'hypnose découvre ce phénomène avec étonnement ... Le même processus sera utilisé par exemple chez les personnes qui souffrent de douleurs intermittentes (cancéreuses,migraineuses,… ) pour augmenter progressivement leur perception de la durée des périodes moins douloureuses et réduire leur perception de la durée des périodes douloureuses. 6. La modification des perceptions sensorielles: (visuelles, auditives, kinesthétiques) est à la base du travail de la douleur, particulièrement utilisé en clinique : pain clinic, centres des grands brûlés, médecine générale, traumatologie, etc.. Cette liste n'est pas limitative. L'apprentissage de l' AUTOHYPNOSE est aussi riche de possibilités chez les patients motivés. Elle leur permet de poursuivre leur travail hypnotique, quelque soit son objet, en toute autonomie .
3. Pourquoi disons nous que l'hypnose est un phénomène naturel? Les états de conscience modifiés sont spontanément et quotidiennement notre lot à tous. Chaque jour, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, notre état de conscience vigile fluctue de très nombreuses fois dans la journée et nous donne accès à cet état particulier où nous sommes "ailleurs", "dans la lune" ou même davantage... Pendant ces multiples instants, notre fonctionnement inconscient prend le pas sur notre fonctionnement conscient. Ainsi décrit, nous considérons l'état hypnotique comme un état naturel: l'état hypnotique et le travail thérapeutique qu'il permet n'ont rien à voir avec la soumission au soi-disant "pouvoir" de l'hypnotiseur. Le patient connaît bien cet état mais ne le nomme pas, ne le facilite pas délibérément et ne l'utilise pas. Le travail de l'hypnothérapeute consistera donc à lui faire découvrir quelque chose qu'il connaît mal, à lui apprendre à le susciter et à l'utiliser: c'est cela l'apprentissage de l'auto-hypnose ... Aider un patient à entrer en hypnose n'est pas un don: c'est une technique qui s'apprend et s'enseigne. C'est apprendre au patient à retrouve cet état qu'il à tant de fois vécu sans le connaître. C'est lui apprendre à l'approfondir et à l'utiliser. C'est lui donner cet outil personnel si riche qu'est l'auto-hypnose.
4. Comment devient-on hypnothérapeute ? Il existe dans nos pays européens des formations à l'hypnothérapie : une formation sérieuse nécessitera 2OO à 3OO heures de cours réparties sur plusieurs années. Au cours de ces années de formation, un apprentissage clinique progressif se fera au cabinet et fera l'objet d'une supervision . La première étape consistera à donner aux participants la capacité de susciter et de gérer un état hypnotique chez un patient : pré-induction, induction, approfondissement de la transe, réveil. Les étapes suivantes consisteront à affiner leur façon de faire, de manière de plus en plus indirecte et utilisationnelle, en enrichissant leur " boite à outils " thérapeutique. Les moyens de communication propres à l'hypnose et à la suggestion sont décrits : langage descriptif / injonctif, présupposition, double lien, suggestion enrobée, technique de saupoudrage, utilisation de la résistance, techniques de confusion... La structure communicationnelle propre à l'hypnose mais également présente, à des degrés divers, dans d'autres formes de thérapie, mérite également que l'on s'y intéresse . Les applications pratiques aux divers domaines d'intervention sont les sujets de journées à thème inclues dans la formation (créer un lien avec la formation en hypnose thérapeutique, dans les formations cycliques) ou d'ateliers spécifiques ( créer un lien avec « nos ateliers »). La pratique de la réalité hypnotique implique également de clarifier ses propres réactions contre transférentielles, de prendre conscience de ce que suscite en soi le fait de "mettre quelqu'un en transe". Ceci explique que l'apprentissage du métier d'hypnothérapeute nécessite plusieurs années et suppose, au delà de la formation stricto sensu, un travail de supervision et un travail d'évolution personnelle adéquat .
Redécouverte durant ce XX ième siècle, l'hypnose thérapeutique a bénéficié de profonds remaniements dans son sens comme dans ses applications. Quel que soit le champ de la santé ou de la santé mentale où il est impliqué, et quelle que soit sa grille de lecture ou d'intervention préalable , le soignant que nous sommes peut enrichir, diversifier et optimiser ses compétences thérapeutiques, tout en découvrant l'hypnose thérapeutique moderne. Que le but en soit l'utilisation de l'hypnose formelle ( ritualisée ) ou non , cet apprentissage enrichit celui qui le fait d'une expérience originale de la communication humaine, thérapeutique ou non . |
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14 février 2006
pour le plaisir
jeu de l'oie (loi) systemique Yveline Rey
dans la revue Résonnances


